Rôle de léquipement
dans le dégagement : constat
La localisation dune victime davalanche équipée
dun DVA à laide dun autre DVA nest quune
partie dun secours en avalanche.
Lentraînement se limite trop souvent à un simple exercice
de style, chercher un émetteur protégé dans un gant
ou un sac plastique et placé juste sous la surface de la neige,
au lieu dun être humain enseveli à un mètre
de profondeur (plus représentatif de la réalité).
Cet exercice ne reflète donc pas la réalité. En cas
de recherche réelle, le fait de se limiter à un entraînement
de ce type provoquera des pertes de temps dues à une fastidieuse
recherche de précision.
De plus, il ne met pas en évidence la complémentarité
de la sonde pour la localisation finale. Si un touché de sonde
positif marque définitivement la fin de la recherche DVA, il procure
un soulagement certain au sauveteur (et quelquefois à la victime),
et motive le dégagement que seule une pelle digne de ce nom pourra
optimiser.
Quelles places occupent la sonde et la pelle lors dun dégagement,
et quelles sont les conséquences si on nen possède
pas ?
Les tests
En 1999,
un certain nombre de tests ont pu être réalisés dans
le cadre de raids de cohésion destinés à des cadres
responsables de lorganisation de secours (autres que montagne).
Constitués dadultes motivés, généralement
sportifs, disciplinés et nombreux (120 personnes), ces groupes
étaient encadrés par des guides de haute montagne.
La recherche DVA et le dégagement de victimes davalanches
ont été intégrés comme des épreuves
à part entière, et notés par lencadrement pédagogique
de ces groupes (adaptation à des situations nouvelles, organisation,
leader).
---> Organisation
sur le terrain
La veille de lexercice, une dizaine de minutes a été
consacrée aux explications concernant lutilisation des DVA
et de la sonde (1 guide/60 personnes), suivies de 20 minutes dexercices
par équipe.
Une zone de recherche de 200 m x 300 m a été balisée
sur un terrain pentu. Lentrée des équipes se faisait
par le haut (hors de portée), et le bas de zone nétait
pas visible de lentrée.
Deux émetteurs ont été ensevelis à un mètre
de profondeur en bas de la zone, sous un contreplaqué de 0.64 m2,
et distants de six mètres lun de lautre.
La recherche seffectuait par équipe de 5 personnes qui se
déplaçaient en raquettes.
Équipement
à disposition :
• 6 équipes : DVA, sonde et pelle par personne.
• 6 équipes : DVA, pelle par personne.
• 6 équipes : DVA, sonde par personne.
• 6 équipes : DVA par personne.
Informations données au départ :
" 2 victimes "
• démarrage du chronomètre : dès la réception
du premier signal.
• arrêt temporaire du chronomètre quand la localisation finale
est achevée (juste avant de creuser).
• la phase de dégagement aura lieu hors de la zone de recherche,
dans latelier" carrière ".
Déroulement :
Chaque équipe effectuait sa recherche et sa localisation finale,
laquelle sachevait au touché de sonde (pour ceux qui avaient
une sonde) ou à la décision " je creuse ici "
pour ceux qui nen avaient pas.
Le travail se poursuivait dans une autre zone, la " carrière
" où lon reprenait le travail en localisation finale
(non chronométré). Au touché de sonde ou à
la décision " je creuse ici ", le chronomètre
repartait et une seule personne devait dégager le contreplaqué
(0,80 x 0,80 m à 1 m de profondeur) sous lequel se trouvait lémetteur.
Le chronomètre sarrêtait en même temps que lémetteur.
Conclusions
Ces exercices ne pouvaient tenir compte dune manière réaliste
du déclenchement de lalerte, de la stratégie de recherche
ni des premiers secours.
Par contre, de la réception du premier signal à larrêt
de lémetteur de la victime, ils devraient être assez
représentatifs de la réalité.
Les résultats les plus mauvais ne sont pas intégrés
à ces moyennes (un émetteur non trouvé par exemple).
Notons que lors dune simulation, il fut assez cocasse de voir un
secouriste occasionnel, tête en bas dans un trou, chercher à
laide du DVA de quel coté il allait continuer de creuser
avec
ses mains !
Les résultats
---> Groupes
qui n'avaient que le DVA
La localisation approximative des victimes a été effectuée
en un peu moins de 4 minutes,
à partir de la réception du premier signal. Le dégagement
a alors pu commencer, mais la personne chargée du dégagement
sest encore servie de son ARVA (environ trois minutes), pour savoir
dans quelle direction creuser. En effet, le doute (avec ses méfaits)
a subsisté jusquau moment où lobjectif a été
atteint.
Si lon creuse avec les mains et les raquettes à neige, la
planche en bois a été dégagée en une heure,
et quelquefois plus, après la réception du premier signal.
---> Groupes
équipés de DVA et de pelles
Le scénario est identique à celui du groupe qui ne possédait
que lDVA, pour tout ce qui concerne lutilisation de ce dernier.
Par contre, grâce à lefficacité de la pelle,
la planche est dégagée en 26 minutes au lieu de 1 heure.
---> Groupes
équipés d'DVA et de sondes
Dans ce cas, la recherche DVA a duré un peu plus de 3 minutes.
Le sondage a commencé un peu après 2 minutes, alors que
la localisation finale (DVA) était en cours dachèvement.
Au bout de 5 minutes, un touché de sonde positif marque définitivement
la fin de la phase de localisation et le début du dégagement.
A laide des mains et des raquettes, la planche en bois était
dégagée 50 minutes après réception du premier
signal. Par rapport au premier groupe, la sonde a fait gagner 10 minutes,
abrégeant la recherche DVA et permettant de creuser au bon endroit
sans avoir de doute.
---> Groupes
équipés de DVA sondes et pelles
Recherche et sondage identique au cas précédent. La pelle
a fait le reste : planche dégagée en 16 minutes, soit encore
10 minutes de gagnées, par rapport à la situation DVA et
pelle mais sans sonde.
Remarques :
- Chaque équipe na effectué quune seule recherche.
Les chercheurs nont donc pas bénéficié dun
" effet dentraînement ".
- Les consignes données avaient pour but doptimiser la recherche
(ex : une seule personne fait la localisation finale, pendant que les
autres marquent des repères, sondent et/ou assemblent les pelles).
- Pour les groupes possédant une sonde, il était plus "
rentable " de commencer à sonder pendant que un ou deux chercheurs
affinaient la localisation.
- Quant à ceux qui navaient que le DVA, lutilisation
de ce dernier sest poursuivie lors du dégagement, quand le
doute devenait trop pesant.
- Les appareils utilisés étaient des DVA analogiques, les
méthodes employées (croix et directionnelle) se sont souvent
mélangées.
Conclusion
Bien que ces résultats naient
aucune prétention, ils mettent en évidence trois phases du
secours, aussi importantes lune que lautre :
>>> La localisation globale, avec le DVA.
>>> La localisation finale, avec la
sonde.
>>> Le dégagement, avec la
pelle.
Supprimer un seul maillon de cette chaîne
revient à en limiter lefficacité !
DVA Sonde Pelle = 16 minutes
DVA et pelles = 26 minutes
DVA et sondes = 50 minutes
DVA seul = 1 heure et plus
La sonde fait donc gagner approximativement 10 minutes, et la pelle (dans
le cas dun ensevelissement à un mètre de profondeur)
environ 35 minutes.
Au seul rappel des chances de survie en avalanche (93 % de survivant après
15 minutes densevelissement, 50 % après
30 minutes et 25 %
après 45 minutes), le choix et la répartition du matériel
de détection et de secours ne devrait plus être sujet à
discussions. |