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Quelles leçons tirer des campagnes d’éducation aux risques pour les formateurs avalanches ?

Comment mieux apprendre aux pratiquants de sports d’hiver à estimer le risque d’avalanche, alors que les campagnes de prévention concernant des risques similaires ont souvent été inefficaces, malgré des moyens parfois très importants ?

Cet article fait référence à diverses études expliquant pourquoi des campagnes américaines d’éducation aux risques ont échoué ou réussi. Il propose quelques pistes de réflexion pour la formation sur les avalanches.

Aux États-Unis, la « Campagne médiatique nationale contre la drogue chez les jeunes » est probablement celle qui a eu le plus de chances de succès. Lancée en 1998, elle relevait d’un effort sans précédent pour réduire la consommation de marijuana chez les adolescents américains.

  Par par Ian McCammon, traduit de l'américain et synthétisé par A. Duclos (ALEA), F. Jarry et F. Sivardière (ANENA)
 
Article paru dans la revue de l'ANENA " Neige et Avalanches " N°112 - décembre 2005
 

Articles associÉs
 

:: « Avalanches et prises de décision, les raccourcis qui tuent »

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Pendant six ans, tous les médias ont été utilisés pour diffuser très largement ses messages. Pourtant, malgré des investissements considérables (plus de deux milliards de dollars) et la participation des meilleurs experts, plusieurs études ont montré qu’elle n’a pas eu le succès escompté.
Pire : elle aurait incité certains adolescents à se droguer. Cet échec est particulièrement troublant : il montre qu’aider les gens à faire de meilleurs choix n’est pas qu’une question de financement et de communication.
Ce cas n’est malheureusement pas unique aux États-Unis.
L’évaluation de l’efficacité des campagnes de prévention est rare. Mais, lorsqu’elle est effectuée, il apparaît que les échecs sont plus fréquents que les succès, et qu’elles aggravent parfois le problème qu’elles devaient traiter. Expliquer pourquoi certaines campagnes ayant pour objectif d’aider les gens à prendre de meilleures décisions face aux risques, réussissent ou échouent, reste difficile.

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Comparer les risques

Nous sommes confrontés à de nombreux risques dans la vie quotidienne. Chacun a ses particularités et l’on dispose de différentes stratégies pour y faire face. Afin de tirer des leçons applicables à la prévention des accidents d’avalanches, il faut étudier des risques comparables. À cette fin, deux caractéristiques du risque d’avalanche sont essentielles :

>> D’une part, l’exposition au risque d’avalanche est souvent volontaire. Les gens sont remarquablement plus tolérants face aux risques pris volontairement que face à ceux subis. Des recherches suggèrent que cette différence est due à la grande confiance que certaines personnes ont dans leur aptitude à analyser une situation. Cette confiance en soi augmente avec l’impression de maîtriser le sujet. Toutefois, au-delà d’un certain niveau de connaissances et de compétences, elle diminue. Puisque la grande majorité des pratiquants n’atteint jamais un tel niveau de savoir dans l’estimation du risque d’avalanche, la plupart d’entre eux surestime sans doute son aptitude à éviter les avalanches.

>> D’autre part, le risque d'avalanche est généralement associé à un loisir particulièrement exaltant. Quand aucune avalanche ne se produit (c'est l'issue la plus fréquente), l'expérience est ressentie comme très positive. Or, quand la réponse affective à une prise de risque est positive (euphorie, hilarité, plaisir), on a tendance à sous-estimer la probabilité d’accident. En revanche, si l'expérience est négative (peur, terreur, horreur), on a tendance à surestimer cette probabilité.

Pour les pratiquants de sports d’hiver, le risque d'avalanche se situe dans la catégorie de risques pour lesquels ils ont l'impression d'avoir un haut niveau de contrôle de la situation, associé à des sensations très positives (cf. tableau ci-dessus). La conséquence est qu’ils sous-estiment la probabilité d'être emporté par une avalanche, tout en étant trop confiants dans leur capacité à évaluer le danger.
Beaucoup d'efforts ont visé les risques de cette catégorie. Malheureusement, les campagnes de prévention se sont souvent montrées inefficaces, avec seulement quelques succès sporadiques. Il faut donc comprendre pourquoi elles ont échoué, afin d’améliorer l'impact des formations sur les avalanches.

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Ce qui ne marche pas

• Information seule

Il est généralement admis que les gens se droguent, contractent des MST ou meurent dans une avalanche, tout simplement parce qu'ils ne comprennent pas le danger. En d'autres termes, une fois que l'on a compris les processus physiques et les conséquences d'un risque, on choisit de l'éviter.

De nombreux programmes d’éducation sexuelle en milieu scolaire, par exemple, sont basés sur ce principe. Les cours organisent et présentent l'information de telle sorte que la compréhension et la mémorisation soient maximales. Aussi, en termes d'acquisition de connaissances, de telles formations sont probablement performantes. Cependant, les changements de comportement attendus ne se sont pas produits : la diminution du nombre des grossesses non désirées ou du taux de transmission des MST chez les adolescents n’est pas significative.

Au-delà de cet exemple, d'autres formations ayant tenté de modifier des comportements à risques (drogue, sécurité routière, Sida, etc.) à l'aide de campagnes basées uniquement sur l’information, se sont aussi soldées par des résultats médiocres, voire des échecs.

En bref, si le but des formations sur les avalanches est de réduire le nombre de morts en modifiant les comportements sur le terrain, une approche par l'information seule semble avoir peu de chances de réussir.

• Information et compétences techniques

On pense également souvent que les gens se droguent ou meurent dans une avalanche parce qu'il leur manque un certain bagage technique. En d'autres termes, si l'on veut réduire le taux d'accidents d'avalanches, est-il suffisant de se focaliser simplement sur les techniques telles que recherche d'itinéraires, évaluation de la stabilité ou recherche Arva ?

Une étude sur l’apprentissage de la conduite automobile menée pendant quatre ans sur 16 000 jeunes a montré que le groupe le plus entraîné avait un taux d'accidents significativement plus élevé que les autres. Le chercheur canadien G. Wilde explique de tels résultats en avançant que les apprentis conducteurs ont perçu leurs nouvelles compétences comme une garantie de réduction de leur probabilité d'accident, et ont donc pris davantage de risques. Quoiqu'il en soit, l'entraînement technique dispensé au cours de cette étude n'a permis ni de réduire le taux d'accidents, ni d'améliorer le comportement des conducteurs.

Des résultats similaires ont été obtenus avec d'autres études (toujours dans le domaine de la sécurité routière) qui concluent aussi que l'acquisition d'un bon bagage technique n’améliore pas automatiquement la sécurité routière et peut conduire à davantage d'accidents.

Les mêmes schémas interviennent pour les accidents d'avalanches concernant des pratiquants formés théoriquement et techniquement. Sans que l'on connaisse les chiffres exacts, on sait qu'entre un tiers et la moitié des victimes d'avalanches avait suivi une formation structurée avant leur accident (chiffres relatifs aux États-Unis, ndlt). Cette proportion élevée peut s'expliquer en partie par le fait que les pratiquants formés passent plus de temps en montagne que ceux sans formation. Pourtant, ceci n'explique pas pourquoi ces pratiquants meurent la plupart du temps dans des conditions que n'importe quel néophyte aurait reconnues comme étant dangereuses 1.

Ceci n'explique pas non plus pourquoi les professionnels de la montagne, qui passent beaucoup plus de temps en terrain avalancheux que les autres, se font prendre beaucoup moins souvent que les pratiquants entraînés.
Il n'est donc pas possible de conclure qu'un entraînement technique permet de réduire les comportements à risques en montagne. Aussi, enseigner seulement des connaissances sur la neige et des techniques pour évoluer en terrain avalancheux ne semble pas suffisant pour réduire les accidents d'avalanches. Afin de comprendre pourquoi, il faut étudier plus profondément les hypothèses de base concernant l’utilisation des connaissances et des compétences face à un danger.

• Choix rationnel

L'un des non-dits de notre société est de penser que l'on agit toujours de manière plus ou moins rationnelle. Face à la tentation de se droguer par exemple, ou de traverser une pente avalancheuse, il est rassurant de penser que chacun va évaluer les risques de son action et le bénéfice retiré, puis faire ce qui est dans son propre intérêt ou celui de la société.

L'objectif des formations sur la santé et sur la sécurité pourrait donc être d'éliminer les biais et les émotions qui gênent les raisonnements rationnels et objectifs.

Mais, la gestion rationnelle des risques a tendance à être ennuyeuse et exigeante d'un point de vue intellectuel. De plus, qui a le temps de réfléchir face aux centaines de situations à risques (plus ou moins importantes mais complexes) rencontrées chaque jour ? Il ne fait pas de doute que l'on peut traiter de façon rationnelle certains risques, mais il n'est pas réaliste de croire que nous devrions le faire pour tous. Les chercheurs pensent maintenant que l'essentiel de notre gestion des risques se fait à partir de raisonnements heuristiques 2 et de l'expérience de chacun, deux mécanismes largement inconscients, rapides, faciles et souvent justes.

La grande majorité de nos pensées, apprentissages et prises de décisions, s'opèrent sous le niveau de la conscience. Les chercheurs en sciences cognitives estiment que près de 95 % de nos processus mentaux sont inconscients. Les formations basées uniquement sur l'enseignement de connaissances et/ou sur l'acquisition de techniques visent généralement la partie rationnelle et consciente de notre esprit.

L'enseignement de connaissances nécessite de la part du débutant le traitement d'une grande quantité de données nouvelles, opération typiquement lente et laborieuse. Au moment de l'application, quand le temps est limité ou qu'il y a des sources de distraction, un traitement rationnel est facilement éclipsé en faveur des processus inconscients, plus faciles et plus rapides mais moins justes. Si l’approche basée sur la seule information aboutit à des résultats ambigus (ce dont se plaignent souvent les stagiaires), le passage vers les processus inconscients est encore facilité. Il semble évident que c'est précisément ce qui se produit lors de la plupart des accidents d'avalanches.

Dès lors, si l'essentiel de notre apprentissage et de notre gestion du risque se produit dans l'inconscient, pourquoi ne pas s'adresser directement à lui ?

• La publicité

La publicité vise les processus de l'inconscient qui prennent le pas lorsque nous sommes fatigués, que nous avons faim ou que nous sommes impatients de faire la première trace. Tout un mouvement pour l'éducation sur la santé et la sécurité a misé sur la puissance de la publicité, considérée comme digne de confiance pour manipuler l'inconscient et produire les actions désirées.
Mais la publicité a-t-elle tant de pouvoir pour changer des comportements à risque ? La « campagne médiatique nationale contre la drogue chez les jeunes » y a cru. Elle a pourtant échoué. Malgré les rituels contemporains du marketing, 80 % des nouveaux produits et services ne passent pas le cap des six premiers mois.
Bien qu’elle soit omniprésente dans la culture moderne, les mécanismes de la publicité pour influencer les comportements restent mal compris. Les principes de base sont bien connus et il y a de nombreuses recherches sur la psychologie des consommateurs, mais la mise en œuvre d'une campagne de prévention de risques relève toujours autant de l'art que de la science.

Qu'est-ce qui marche ?

Toutes les formations pour une meilleure gestion d'un risque similaire au risque d'avalanche n'ont pas échoué. Les réussites sont rares, mais elles ont entre elles des points communs.

• Des objectifs clairs

L'une des caractéristiques communes des formations aux risques qui ont réussi est la formalisation d'un objectif clair et précis. Bien que cela semble évident en apparence, le fait de préciser un objectif pour une formation oblige ses concepteurs à faire des choix sur la méthode à mettre en œuvre.
Si l'objectif de la campagne est de réduire le taux d'incidents en définissant un comportement adapté, il faudrait alors recourir à des méthodes qui visent un apprentissage inconscient car l'essentiel de nos comportements résulte justement de processus inconscients. De telles méthodes sont disponibles, mais elles ne sont pas très bien comprises, nécessitent des ressources importantes et posent un certain nombre de problèmes éthiques.

Au contraire, les formations dont l'objectif est de modifier les perceptions peuvent davantage être orientées vers des acquisitions conscientes de connaissances. Elles sont généralement plus faciles à concevoir. Dans ce cas, la perception ne concerne pas seulement celle du danger par les stagiaires, mais aussi celle de leur réaction pratique par rapport au danger. Il faut alors distinguer l'évaluation du risque d'une part, et la réduction du risque d'autre part.

• Les échelles d'évaluation de risque

L'une des pierres angulaires de la communication moderne sur les risques est l'échelle de risque. Cet outil, souvent présenté sous forme de graphique à 3 ou 5 niveaux, donne la probabilité d'occurrence d'un événement. Les échelles de risques sont bien accueillies par le public, et elles donnent une indication simple sur les risques correspondant à des circonstances données. Une conséquence importante des échelles de risques est que l'on s'attache davantage à la valeur relative de l'indice qu'à la probabilité proprement dite de survenue de l'événement.

Les échelles de risques apparaissent souvent dans les campagnes de prévention réussies, habituellement sous forme de listes de facteurs de risques ou de comportements dangereux. Ces échelles permettent aux utilisateurs d'estimer le risque relatif correspondant à une situation donnée, et les aident à déterminer si ce niveau d'exposition leur convient.
Une caractéristique importante des échelles de risques est qu'elles traduisent des connaissances expertes ou statistiques sur le danger sous forme d'un outil simple. La personne qui utilise l'échelle de risque n'est pas chargée de la tâche fastidieuse d'analyse de données brutes. Au lieu de cela, l'utilisateur se réfère simplement à quelques indications qui le positionnent sur l'échelle. Le processus n'est pas à l'abri de l'influence de l'inconscient décrit plus haut, mais il y est moins sujet car les observations à traiter de façon consciente sont en nombre réduit.

Pour être un outil d'estimation efficace, les niveaux de l'échelle de risque doivent être très bien corrélés au niveau de danger. L'évaluation sur des larges échelles (cas des bulletins « avalanches ») est essentiellement faite par un expert. Mais pour des estimations locales (spécifiques à une personne ou un groupe et susceptibles de changer rapidement), l'évaluation du niveau de risque provient des corrélations statistiques entre les facteurs de risques et les conséquences redoutées. Heureusement, de telles informations statistiques existent pour les avalanches et ont déjà été intégrées dans diverses échelles destinées aux pratiquants (Nivotest et méthode de réduction par exemple).
Mais être seulement capable d'évaluer le risque n'est pas suffisant. L'autre clé pour une gestion individuelle du risque est l'aptitude à réduire le danger.

• Les précautions simples

L'une des composantes communes des formations destinées à éviter les grossesses non désirées et la transmission des MST est une discussion sur la contraception. Mis à part les références à la morale, dès que les étudiants comprennent quelles précautions réduisent les risques, ils font des choix plus raisonnables. Au lieu d'essayer de changer les comportements, ces programmes essayent de changer la perception des jeunes sur ce qu'ils peuvent faire pour réduire le risque, sans pour autant s'abstenir.
Traditionnellement, les formations avalanches ont fait « du bon boulot » en enseignant les techniques de réduction du risque. Les précautions telles que le port des équipements de secours, le fait de ne pas partir seul et de n'exposer qu'une seule personne à la fois font partie des recommandations standard. Mais pour être vraiment utiles en tant qu'outils de gestion du risque d’avalanche, les pratiquants doivent comprendre jusqu'à quel point ces précautions permettent de réduire le risque. Il se peut que l'on mette trop (ou trop peu) de confiance dans ces précautions.
Des investigations ont commencé pour tenter d'évaluer l'impact réel des précautions habituelles sur la réduction du risque en terrain avalancheux. Plus ces évaluations seront fiables, plus les décisions pour la gestion du risque seront sûres.

Conclusions

En tant que formateurs « avalanches », quelles leçons pouvons-nous tirer des nombreux échecs et des quelques succès des programmes d’éducation aux risques semblables au risque d’avalanche ?

En premier lieu, il ne semble pas raisonnable de penser que les formations traditionnelles sur les avalanches relativement courtes (2 ou 3 jours) changeront suffisamment le comportement des pratiquants pour réduire substantiellement le taux d’accidents à court terme. Nous avons vu que les changements de comportement ne résultent sans doute pas de l’acquisition de connaissances ou de compétences, ni de stratégies de décisions rationnelles. Ainsi, les stages sur les avalanches traitant de nivologie, de choix de la trace et de secours peuvent atteindre beaucoup d’objectifs, mais probablement pas celui de réduire le taux d’accidents 1.

Un objectif beaucoup plus réaliste est de modifier la perception qu’ont les stagiaires de la façon dont ils gèrent le risque. Une manière pratique d’y parvenir est de leur donner des « règles de calcul » et des mesures simple de réduction du risque. Les « règles de calcul », sous forme d’échelles quantitatives, existent déjà en Europe pour les pratiquants, et des efforts sont actuellement réalisés pour développer des outils similaires en Amérique du Nord. La force de ces outils réside dans leur capacité à permettre une estimation du risque sur place. De telles estimations ne seront pas parfaites, mais elles permettront sans doute de meilleures prises de décisions, même de la part de pratiquants déjà formés.

Un bon travail de formation des étudiants concernant les mesures de prévention est déjà réalisé. Puisque émergent davantage d’études quantifiant la réelle réduction du risque entraînée par ces mesures, ces dernières deviendront des outils plus efficaces pour la gestion du risque.
Dans les futurs stages avalanche, les formateurs auront certainement le choix entre deux voies.

>> Dans la première, les novices apprendront les concepts et les compétences qui sont scientifiquement corrects mais difficiles à utiliser. Leur prise de décision s’appuiera sur l’analyse ennuyeuse d’une grande quantité d’informations relatives au manteau neigeux, au terrain et à la météo… aboutissant à une réponse ambiguë. La plupart d’entre eux sera rapidement lassée de cette approche et basera bientôt ses choix sur des processus inconscients ou des intuitions infondées. Ils utiliseront leurs connaissances sur les avalanches plus souvent pour justifier leurs décisions que pour y aboutir. Pendant plusieurs saisons, ils se déplaceront en terrain enneigé en utilisant cette stratégie, croyant leur prise de décision solide. Quand ils seront finalement emportés, et sans doute tués, ce sera dans des conditions d’avalanche tellement évidentes qu’un novice les aurait reconnues 1.
La nivologie avancera, modifiant les informations enseignées dans les stages avalanches. Mais les circonstances des accidents demeureront les mêmes, se répétant encore et encore, années après années.

>> Dans la seconde voie, les stagiaires seront formés à estimer leur exposition au risque d’avalanche en utilisant un simple outil numérique d’aide à la décision. L’instrument sera facile à apprendre et à utiliser. Il ne prédira pas toutes les conditions d’avalanche possibles, seulement les 95 % environ qui se produisent dans des conditions évidentes. Les stagiaires apprendront également de quelle manière ils réduisent leur risque en portant un Arva, en se déplaçant un par un et en ne skiant pas seul. En utilisant ces outils, leur prise de décision en terrain avalancheux sera relativement rapide, et ils se rendront compte des pièges de l'inconscient. Lorsque des accidents surviendront, ce sera dans des conditions inhabituelles, ou lorsque des individus auront choisi en toute connaissance de cause d’accepter un haut niveau de risque. Le temps passant, ces accidents apparaîtront dans les statistiques, et de nouveaux outils d’aide à la décision émergeront. Surtout, les victimes d’accidents ne décèderont plus en vain, les leçons de leur mort seront transmises à la génération de montagnards suivante.

Cet article a présenté des arguments selon lesquels les éléments de la première voie ont été utilisés dans l’éducation traditionnelle sur les avalanches. Les éléments de la seconde voie émergent, conduits par des pratiquants désirant de meilleurs outils d’aide à la décision et par des concepteurs désirant réduire le nombre de décès en avalanche.

Comme pour l’éducation contre la drogue, l’éducation sexuelle et d’autres programmes, les intentions des deux voies sont bonnes. Mais la question demeure : en tant que formateurs, dans quelle mesure souhaitons-nous que notre formation soit efficace ?

Notes

Cet article a été présenté dans son intégralité lors du congrès nord-américain ISSW en septembre 2004 à Jackson Hole (Wyoming, États-Unis) : Sex, drugs and the white death, lessons for avalanches eductors from health and safety campaigns, Ian McCammon (National Outdoor Leadership School, Lander, WY).

1. Des lecteurs pourront être surpris par la teneur de certains propos (relatifs à l’expérience de Ian McCammon aux États-Unis). La rédaction de Neige et Avalanches tient à rappeler que les opinions émises dans la revue de l’ANENA n’expriment pas nécessairement le point de vue de l’association. Cet article, parfois un peu excessif voire provocateur, n’a été publié que dans le but de présenter un point de vue particulier, de nature à susciter la réflexion sur un sujet peu débattu en France. Les colonnes de Neige et Avalanches sont naturellement ouvertes à toute personne souhaitant faire part de son point de vue sur ce sujet.

2. Voir « Avalanches et prises de décision, les raccourcis qui tuent », I. McCammon, traduit et résumé par A. Duclos, Neige et Avalanches n° 109, mars 2005, p 6-10.

 

 

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