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| Piège n°1 : l'habitude |
Par le mécanisme de l'habitude, se sont nos actions
passées qui guident notre comportement dans les situations familières.
Au lieu de se creuser la tête pour imaginer à chaque fois ce
qui est le plus approprié, on se comporte simplement comme on l'a
fait auparavant pour une situation similaire. La plupart du temps, ce mécanisme
est fiable. Mais quand le danger change alors que la situation reste familière,
l'habitude peut devenir un piège.
Apparemment, il y a une tendance chez les groupes les plus entraînés
à prendre des décisions plus risquées en terrain familier
qu'en terrain nouveau. Une connaissance précise du terrain et des
avalanches passées, ou l'effet des skieurs sur la stabilisation,
ont certainement contribué à conforter cette tendance. Mais,
étant donné le grand nombre d'accidents qui se sont produits
en terrain familier, il apparaît que les groupes avaient largement
surestimé la stabilité d'une pente connue.
En somme, l'habitude semble avoir annulé les bénéfices
tirés de l'apprentissage. |
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| Piège n°2 : l'obstination |
Une fois que l'on a pris une décision initiale à propos de quelque chose, les décisions suivantes sont beaucoup plus faciles à prendre si on reste cohérent avec la première.
Ce mécanisme permet de gagner du temps parce que l'on n’a plus besoin d'examiner toutes les informations pertinentes qui apparaissent au fur et à mesure que les choses avancent. Il suffit de coller à la première décision. La plupart du temps, ce mécanisme est fiable, mais il devient un piège quand notre désir de rester constant supplante l'effet que devrait produire la perception d'informations nouvelles, inhérentes à un danger imminent.
Notre étude montre que les groupes ayant un objectif marqué prenaient plus de risques que ceux moins motivés.
Dans leur livre " Snow Sense ", Jill Fredston et Doug Fesler (1994) exposent les dangers du " syndrome de la vache " (le rush pour rentrer à l'abri) et du syndrome du lion (le rush pour accéder à tel sommet ou à telle pente).
On imagine les résultats de ces deux comportements, avec une exposition aux avalanches qui va croissante lorsque la détermination à rentrer ou à continuer augmente. |
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| Piège n°3 : le désir de séduction |
Le désir de séduction correspond à la tendance à s'engager dans une activité dont on pense qu'elle nous fera remarquer ou accepter par des personnes que l'on aime ou que l'on respecte, ou par des personne dont on aimerait être aimé ou respecté.
Une des formes les plus courantes de ce mécanisme est évidemment la séduction de personnes de l'autre sexe. Pour les hommes, la tentative de séduction se manifeste souvent par des conduites à risques, particulièrement chez l'adolescent et chez le jeune adulte. Plusieurs études ont montré que, dans certaines circonstances, les hommes en présence de femmes se comportent avec plus d'esprit de compétition et d'agressivité, ou s'engagent dans des comportements plus risqués.
De la même façon, notre analyse a montré que les groupes mixtes ayant eu un accident avaient un score d'exposition plus élevé que les autres. Cette différence n'est pas due au fait que les femmes prennent plus de risques que les hommes : sur 1335 personnes impliquées dans des accidents d'avalanches, nous avons montré que les femmes avaient une probabilité plus faible d'être emportées. Il semble que les femmes évitent de participer à des sorties où la probabilité d'accident d'avalanche est forte. |
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| Piège n°4 : l'aura de l'expert |
Dans de nombreuses des sorties, il y a un leader informel qui, pour diverses raisons, finit par prendre les décisions cruciales pour le groupe.
Quelquefois, son ascendant est basé sur de meilleures connaissances ou sur une plus grande expérience de terrain ; d'autres fois il est basé seulement sur le fait d'être plus âgé, d'être un meilleur rider ou d'être plus péremptoire que les autres membres du groupe.
De telles situations sont propices à développer " l'aura de l'expert " : le leader dégage une impression positive qui conduit le groupe à lui attribuer des compétences qu'il n'a peut-être pas.
Notre analyse a montré que, pour les groupes étudiés, les sorties avec un leader identifié avaient un score d'exposition bien plus élevé que les autres (des différences apparaissent aussi avec le niveau de compétences du leader).
Ceci suggère que " l'aura de l'expert " a joué un rôle dans les décisions menant le groupe à l'accident, surtout pour les groupes nombreux et surtout pour les groupes menés par un leader inexpérimenté.
En général, il apparaît que les groupes s'en sortent mieux quand ils utilisent des décisions consensuelles, que quand ils s'appuient sur un leader informel qui manque de compétences. |
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| Piège n°5 : le positionnement social |
Le positionnement social est le mécanisme qui conduit à prendre plus ou moins de risques en fonction du fait que l'on est regardé ou non, et de la confiance que l'on a en ses propres compétences.
En d'autres termes, quand une personne ou un groupe est confiant dans ses compétences, il aura tendance à prendre davantage de risques en utilisant ces compétances quand d'autres personnes sont là, que s'il n'y avait personne pour l'observer. À l'inverse, quand une personne ou un groupe n'a pas confiance en ses compétences, il aura tendance à prendre moins de risque s'il y a d'autres personnes dans les environs. Un exemple bien connu est la tendance de certains " riders " à s'exhiber juste sous les remontées mécaniques : les bons skieurs skient mieux en prenant plus de risques quand ils ont l'impression d'être regardés.
En comparant les scores d'exposition des groupes ayant rencontré d'autres groupes avant l'accident (211 cas) avec des groupes n'ayant rencontré personne (97 cas), je me suis rendu compte de la chose suivante : les groupes avec peu de connaissances sur les avalanches prennent moins de risques après avoir rencontré d'autres groupes, que des groupes similaires n'ayant rencontré personne. En revanche, les groupes ayant la sensation d'avoir un bon niveau prennent plus de risques après avoir rencontré un autre groupe.
Dans l'accident décrit en introduction, le groupe bien entraîné de Steve avait rencontré un autre groupe avant de s'engager dans cette pente classique, mais qui était alors très chargée de neige fraîche. Peut-être que la présence de l'autre groupe a influencé leur décision à travers le piège du " positionnement social ", peut-être que non. |
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| Piège n°6 : la sensation de rareté |
Le mécanisme de la rareté est celui qui conduit à attribuer une valeur d'autant plus grande à une opportunité, que l'on risque de la perdre.
Les habitués de la " fièvre de la poudre " après les grosses chutes de neige ont vu ce mécanisme en action, avec des prises de risques disproportionnées dans le seul but de faire la première trace.
En comparant les scores d'exposition des groupes ayant rencontré d'autres groupes avant l'accident alors que les pentes convoitées sont déjà tracées (180 cas) avec des groupes similaires visant des pentes vierges (31 cas), je me suis rendu compte de la chose suivante : les groupes visant des pentes vierges montraient une tendance nettement plus grande à ignorer des indices évidents de danger.
Il est important de noter que nos décisions induites par le phénomène de rareté sont opposées à ce que dicte la prudence : plus le risque est grand et plus la pente est tentante. |
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