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-- Canada : prévention des accidents d’avalanche
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par François Sivardière, ANENA
 

Article publié dans "Neige et Avalanches" la revue de l'ANENA, N° 106 - juin 2004

Test de compression réalisé par un guide de la compagnie d'héliski CMH. En début de saison, la hauteur de neige est déjà particulièrement importante !

Comme tous les pays comportant des régions montagneuses recouvertes de neige,
le Canada est confronté au risque d’avalanche. Et comme en Europe, les accidents
d’avalanche touchent essentiellement les pratiquants des sports de neige, amateurs ou
professionnels. Quelles sont donc les mesures mises en place pour tenter de les prévenir ?

La neige du Canada est légendaire. Sa légèreté, en particulier, est vantée par tous ceux qui ont, un jour, eu la chance de pouvoir y skier. Mais, comme partout ailleurs, dès qu’elle recouvre une pente suffisamment raide, cette neige peut aussi tuer : 336 décès par accident d’avalanche depuis la saison 1969-70, soit en moyenne 10 morts par an (trois fois moins qu’en France sur la même période).
Ce chiffre n’est cependant pas représentatif de la réalité. En effet, le nombre moyen de décès était de sept par an dans les années soixante-dix et quatre-vingts. Puis il a progressivement augmenté (douze par an dans les années quatre-vingt dix) pour atteindre la valeur de seize sur les cinq dernières saisons, en raison du triste record de la saison 2002-03 (29 décès).
Il est toutefois important de ramener cette forte augmentation du nombre de décès par avalanche à la croissance, plus importante encore, du nombre de personnes fréquentant la montagne canadienne enneigée. C’est particulièrement le cas des conducteurs de motoneige, qui représentent sur les vingt-cinq derniers hivers près du quart des décès par avalanche (près du tiers en 2002-03, plus de 50 % en 2001-02).
Ainsi, ramené au nombre de pratiquants, le nombre de décès par accident d’avalanche au Canada est en baisse, grâce notamment, à " une meilleure information sur les avalanches et une meilleure prise de conscience du public ", comme on peut le lire sur le site web www.avalanche.ca de l’Association Canadienne des Avalanches (ACA). Et c’est bien en particulier à cette association, à but non lucratif, que l’on doit ce bon résultat.

-- L’Association Canadienne des Avalanches

Dans les années cinquante, le Conseil national du Canada pour la recherche (NRC) commence à s’intéresser aux problèmes posés par les avalanches, en la personne de Peter Schaerer, le " père des nivologues canadiens ". Basé à Vancouver, la recherche n’est pas son seul souci, et des formations à destination des professionnels sont, en particulier, progressivement mises en place, en collaboration avec l’Université de Colombie-Britannique.
Nombreuses sont en effet les entreprises confrontées au risque d’avalanche désireuses d’en savoir plus : sociétés d’exploitations forestières et minières, stations de ski et compagnies d’héliski, compagnies d’autoroutes et ferroviaires. L’ACA est créée en 1981, en prévision de la disparition probable des activités nivologiques du NRC (effective en 1991), et pour répondre à une demande de plus en plus pressante des professionnels canadiens en termes de formation mais aussi d’établissement de normes techniques dans le domaine des avalanches.
L’ACA est maintenant l’organisme national canadien de prévention des accidents d’avalanches. Elle rassemble les personnes de tout bord, professionnellement engagées dans la prévention des accidents d’avalanche, pour améliorer les connaissances et la compréhension de ce phénomène naturel, faciliter la communication et les échanges d’expériences et de technologies, promouvoir un haut degré de compétence professionnelle et améliorer l’information et la formation des pratiquants (skieurs, snowboarders, alpinistes, conducteurs de motoneige, etc.).

L’ACA assure ainsi de nombreux services pour améliorer la sécurité en montagne
hivernale :

Des bulletins d’estimation du risque d’avalanche pour le public ;
Des formations et un service d’échange d’informations (InfoexTM) pour les professionnels ;
Des formations de formateurs et la réalisation de leurs supports pédagogiques ;
Des conférences et documents (dépliants, livres, rapports d’étude) pour les professionnels et les amateurs ;
L’établissement de normes techniques.

/L’ACA en quelques chiffres/
-- Le " public avalanche bulletin "

Le Canada est le deuxième plus grand pays du monde par sa superficie (dix millions de km2, soit dix-neuf fois la France). La surface couverte par des montagnes y est cependant beaucoup plus faible. Elle correspond approximativement à la province de Colombie-Britannique (950 000 km2, soit un peu moins de deux fois la France), sur la côte Ouest du Canada, et à une mince bande correspondant à la bordure Est des Montagnes Rocheuses, dans l’Ouest de l’Alberta (voir carte).

Pour informer les pratiquants des sports de neige, amateurs et professionnels, du niveau de risque d’avalanche, l’ACA propose un " public avalanche bulletin " (PAB), semblable aux bulletins d’estimation du risque d’avalanche réalisés par Météo-France. Toutefois, ce PAB ne couvre pas la totalité de la superficie des montagnes de l’Ouest canadien, mais seulement 5 secteurs (South Coast Mountains, North Columbia Mountains, South Columbia Mountains, Kootenay Boundary et South Rocky Mountains), dont le plus petit a une superficie de plus de 10 000 km2 (comparable à celle des deux départements savoyards réunis).

Le PAB est issu de l’un des premiers services de l’ACA : Infoex™. Il s’agit d’un service d’échange d’informations réservé aux professionnels (sociétés d’exploitations de stations de ski et compagnies d’héliski principalement). Ceux-ci envoient quotidiennement aux prévisionnistes de l’ACA leurs observations nivo-météorologiques (standardisées, et qui, comme aux États-Unis, ne comprennent pas le sondage par battage, non pratiqué au Canada à quelques exceptions près). Ils reçoivent, en retour, une synthèse de l’état et de la stabilité à venir du manteau neigeux. " C’est parce que le public a su que nous avions des informations intéressantes sur le risque d’avalanche, qu’il nous a demandé de les mettre à sa disposition ", explique Clair Israelson, le directeur de l’ACA.

Ainsi est né le PAB en 1992. Les informations du réseau Infoex™ (près de 80 sites d’observations, répartis sur la majorité des montagnes " skiées " de Colombie-Britannique et des Montagnes Rocheuses) constituent l’épine dorsale du PAB. Ces informations sont complétées par les observations d’un certain nombre de bénévoles, dans des zones non couvertes par le réseau Infoex™. L’ACA collabore également avec les services de la Météo canadienne qui lui fournit des prévisions météorologiques. Elle utilise enfin gratuitement des données météo de stations automatiques.

Le PAB est diffusé trois fois par semaine (lundi, jeudi et vendredi) vers 15 h. Il est disponible sur le site web de l’ACA, qui constitue le principal mode de consultation (les appels téléphoniques, fax et e-mail ne représentent maintenant qu’une part marginale, en décroissance constante) et connaît un succès grandissant : de 500 consultations lors de l’hiver 1992-93 à 770 000 en 2002-03. L’estimation du risque repose sur une échelle à cinq niveaux, dont les définitions sont semblables à celles utilisées aux États-Unis (voir Neige et Avalanches n° 102, juin 2003).

Échelle canadienne du risque d'avalanche
Niveau de danger Probabilité de déclenchement Comportement recommandé en montagne
Faible (vert) Avalanches naturelles très peu probables. Déclenchements accidentels peu probables. Les déplacements sont généralement sûrs. Précautions normales conseillées.
Moyen (jaune) Avalanches naturelles peu probables. Déclenchements accidentels possibles. Soyez prudents sur les pentes raides de certaines expositions.
Important (orange) Avalanches naturelles possibles. Déclenchements accidentels probables. Soyez de plus en plus prudents sur les pentes raides .
Élevé (rouge) Avalanches naturelles et déclenchements accidentels très probables. Les déplacements en terrain avalancheux ne sont pas recommandés.
Extrème (rouge avec bordure noire) Avalanches naturelles et déclenchements accidentels de grand ampleur certains. Les déplacements en terrain avalancheux devraient être évités et les déplacements limités aux pentes peu raides éloignées des zones d'arrêt des avalanches.


Dans deux régions particulières (North Rockies et Northwest, dans le nord de la Colombie Britannique), il n’est pas possible d’avoir des données suffisamment précises, fiables et régulières. Un bulletin d’estimation du risque n’est donc pas envisageable. En revanche, grâce, malgré tout, à un certain nombre d’observations effectuées par des professionnels et des amateurs, il est possible de donner quelques informations sur l’état du manteau neigeux. L’ACA délivre donc dans ces deux cas, un " rapport hebdomadaire d’information avalanche ", qui, à la différence du PAB, ne donne pas de prévision, mais seulement une description à un moment donné du manteau neigeux et de sa stabilité : en aucun cas un " rapport d’information avalanche " n’indique comment le manteau neigeux est susceptible d’évoluer.

La prévision du risque d’avalanche n’est pas, au Canada, le seul fait de l’ACA qui n’est donc pas le seul organisme à émettre des bulletins d’estimation du risque d’avalanche.
Les parcs nationaux de Banff-Kootenay-Yoho, Jasper, Glacier et Waterton, la région de Kananaskis et celle de North Shore ainsi que la station de ski de Whistler-Blackcomb émettent de tels bulletins. Les surfaces couvertes sont alors beaucoup plus faibles (on pourrait parler de prévision locale), et dans certains cas, les bulletins sont quotidiens.

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