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-- L’épisode neigeux exceptionnel
de janvier-février 2003 dans les Pyrénées
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par par Dominique Vrécourt,
Centre Départemental de la Météorologie de Tarbes
  Article paru dans la revue de l'ANENA "Neige et Avalanches" N° 105 - mars 2004
 
 

Une grande partie des Pyrénées a connu au cours de l’hiver 2002-2003 un épisode d’une dizaine de jours qui semble se placer parmi les épisodes neigeux les plus importants de ces vingt dernières années. Nous allons essayer de décrire précisément cet épisode et de le comparer à d’autres évènements importants survenus dans un passé récent.

 
-- Faits marquants du début de saison 2002-2003
  L’enneigement des Pyrénées s’est installé suivant la tradition en novembre et s’est terminé par une grosse chute début décembre qui, avec 1 m en moyenne à 1800 m, a donné le signal de départ de la saison d’hiver.
Début janvier, le manteau neigeux qui s’était bien tassé a été recouvert d’une vingtaine de cm de neige. Une semaine de temps froid sur ce manteau neigeux, encore modeste, a amené des gradients de température forts dans les neiges récentes puis au bout de quelques jours une transformation en grains à faces planes, de faible cohésion.
Les 20 à 30 cm de la chute suivante, vers le 20 janvier, ont donné au manteau neigeux une structure de plaque. Telle était la situation avant les grosses chutes de neige.

Situation avalancheuse du 26 au 31 janvier 2003
Du 26 au 31, épaulé par un anti-cyclone de plus de 1050 hPa très haut sur l’Atlantique, le temps perturbé de Nord a installé sur les Pyrénées un courant de Nord-Nord-Ouest de plus en plus fort et froid.

Le chapelet de perturbations a débuté le 26 par un front chaud tellement doux que les pluies, de 20 à 50 mm, sont remontées jusqu’à 3000 m. Ces pluies ont provoqué le déclenchement des plaques fragiles en place.
Les précipitations se sont poursuivies avec des températures de plus en plus froides.
Du 28 au soir au 31 au matin, soit en 60 h, il est tombé de 1 m à 1,5 m de neige. Elle a tenu dans les plus basses vallées dès 500 m d’altitude ; les hauteurs ont atteint 50 cm à 700 m, 70 cm à 1000 m, 80 cm à 1,2 m à 1500 m et 1,5 à 1,8 m à 1800 m. À l’altitude des stations de ski, les hauteurs totales dépassaient alors déjà les hauteurs atteintes au cours des six hivers précédents. Le sud de l’Andorre et des Pyrénées-Orientales avaient des enneigements confortables mais nettement moins inhabituels.

Sur l’ouest de la chaîne, des cumuls de neige de cet ordre sur trois jours sont pratiquement décennaux. Sur le centre-est de la chaîne, la Haute-Ariège, des cumuls de cet ordre n’ont pas été observés depuis 1981.

Pendant toutes ces chutes de neige, la température à 1800 m s’est maintenue entre –5 et –8 degrés et est descendue à –12 degrés le dernier jour. Avec des cumuls importants de neige restée froide, de nombreuses avalanches naturelles se sont produites, la plupart en fin de nuit du 30 au 31, à la fin de l’épisode. Des avalanches ont atteint ou traversé des routes sur le versant français et dans le Val d’Aran espagnol, une cabane refuge dans les Pyrénées-Atlantique a été emportée ; l’avalanche la plus spectaculaire a emporté un chalet et 50 voitures dans la station de ski de La Mongie.

Les déclenchements artificiels des avalanches n’ont pu se faire que progressivement à l’arrêt des chutes de neige le vendredi matin, puis à la réouverture progressive des routes ou aux premières éclaircies le samedi 1er février. De nombreuses avalanches ont été déclenchées, parfois spectaculaires, mais dès le samedi matin, soit 24 h après l’arrêt des chutes de neige, les nombreux héligrenadages effectués étaient en majorité négatifs. Reposant sur des bases saines, le manteau neigeux avait déjà acquis une certaine stabilité.

 
 

Situation avalancheuse du 3 au 5 février 2003
Après deux jours de calme relatif, le temps à nouveau perturbé de Nord-Ouest a fait tomber en 48 h, du lundi 3 au soir au mercredi 5 soir, jusqu’à 1 m de neige supplémentaire à 1800 m. Au cours des premières précipitations, dans la nuit du 3 au 4, les pluies sont remontées jusque vers 1800 m. Avec 30 mm au cours de cette première nuit, de nombreuses coulées de boue, de neige et de rochers sont arrivées jusqu’aux routes.
L’une d’elles a bousculé un pylône Edf haute tension en vallée d’Aure (65).
Ensuite, pendant 36 h, les chutes de neige se sont poursuivies sans discontinuer. Avec le froid revenu, la neige a tenu à partir de 800 m et les coulées de boue et de neige humide de basse altitude ont été remplacées par des risques d’avalanches de neige récente en altitude.

Certaines avalanches se sont en effet produites en altitude, connues par témoignages, par les perturbations ou par les dégâts qu’elles ont causés : sur la commune de Cauterets (65), une avalanche partie de 2400 m a fait une saignée de quelques centaines de mètres en forêt jusqu’à 1000 m d’altitude ; à Super-Barèges (65) une avalanche en aérosol est passée par-dessus les bâtiments d’altitude solides et occupés ; une autre très grosse s’est produite au bas de la station d’Ascou (09), la RN20 d’accès à l’Andorre a été coupée.

En moins de 10 jours, du 28 janvier au 5 février, il est tombé à 1800 m entre 2 m et 2,5 m. Ces cumuls ont rarement été atteints depuis 25 ans. Ils ont été dépassés une première fois en intensité en janvier 1986, où il était tombé en deux jours plus de 1,5 m d’une neige très légère, retombée ensuite comme un soufflé, puis une deuxième fois en avril 94 où des cumuls légèrement supérieurs sont tombés à une époque de l’année où la neige évolue et se stabilise rapidement. Dans ces deux cas, l’activité avalancheuse a été importante mais moindre que cette année.

Deux facteurs ont cependant limité les conséquences avalancheuses de ces cumuls importants : d’abord la pluie qui a précédé les chutes de neige, purgé et en partie consolidé les neiges sans cohésion qui s’étaient formées et en second lieu l’intermède de relative douceur humide qui a séparé ces deux épisodes de grosses chutes et permis une première une prise de cohésion.
Les hauteurs de neige mesurées à toutes altitudes ont été exceptionnelles : 4 m à 2500 m, 1,5 à 2 m dès 1500 m, régulièrement réparties sur tout le versant nord des Pyrénées. Sur l’ouest de la chaîne, ces hauteurs n’ont été dépassées depuis 1980 qu’en 1986.
En revanche, au cours de la décennie 70 bien enneigée, trois hivers ont connu des hauteurs de neige supérieures. Sur le centre-est de la chaîne, la haute Ariège et le Puymorens, les hauteurs de neige atteintes début février 2003 sont les plus élevées depuis le début des années 70.

L’évolution de cet épais manteau neigeux
Après ces chutes de neige, un temps ensoleillé et froid s’est installé pour durer une quinzaine de jours. Les deux premiers jours, les déclenchements artificiels ont donné des résultats positifs parfois sous forme de grosses avalanches. La neige s’est tassée par endroits de 20 cm la première journée. L’activité avalancheuse et le tassement ont ensuite fortement diminué pour devenir quasiment nuls. Le manteau neigeux s’est avéré relativement sain durant cette période. Les neiges fragiles formées avant les grosses chutes de neige ont encore été retrouvées par les sondages de battage, enfouies sous les grosses épaisseurs de neige récentes denses et solides.
À partir du 20 février, le temps s’est radouci. Venté et nuageux, il a fait évoluer la neige ; le tassement a repris et de nouvelles avalanches se sont déclenchées. Les avalanches ont rapidement concerné l’ensemble de la grosse chute de neige. Elles se produisaient à un rythme quotidien, en dessous de 2000 m, et emportaient alors une grosse partie du manteau neigeux. L’une d’elles, particulièrement grosse a à nouveau coupé l’accès à l’Andorre depuis l’Ariège.

Les deux accidents mortels de la saison se sont produits pendant cette période vers
1600 m à peine. Cette période a duré deux semaines et s’est terminée par de fortes pluies jusque 2500 m d’altitude qui ont d’un coup purgé de la totalité de la grosse chute de neige, la totalité des pentes sensibles en dessous de 2500 m.
Ensuite, en haute montagne, durant les mois d’avril et mai, les grosses accumulations ont fondu sans que ne soit signalée aucune des grosses avalanches habituelles des fins de saison même moins enneigées.
 
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