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| Les métamorphoses de la neige | |
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par
Claude SERGENT Météo-France - Centre d'Études de
la Neige
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| Article paru dans la revue de l'ANENA "Neige et Avalanches" N° 83 - septembre 1998 | |
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Figure 1 . Coupe d'un manteau neigeux qui fait apparaître les différentes strates qui le compose. |
L'examen dune coupe, réalisée dans un manteau neigeux, montre que celui-ci est constitué dun empilement de strates de neige aux caractéristiques physiques et mécaniques différentes (Fig. 1). Chacune de ces strates sest constituée au cours dun épisode neigeux et les conditions météorologiques au mo-ment de la chute ainsi que celles ayant régné ensuite lui ont conféré ses caractéristiques. Elles continueront dailleurs dévoluer jusquà la fonte finale. Outre les conditions météorologiques proprement dites, lexposition topographique joue un rôle important car elle peut influencer fortement leffet des événements météorologiques. Le manteau neigeux est donc un matériau hétérogène. |
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| Les caractéristiques physiques et mécaniques
dune strate de neige dépendent en grande partie des types de
cristaux de neige qui la composent. A partir de la neige fraîche qui
se dépose, on assiste à des transformations des cristaux initiaux
sous linfluence deffets thermodynamiques et mécaniques.
Ces transformations appelées métamorphoses vont conduire de
la neige fraîche à la fonte par une évolution continue.
Les phases de transition sont caractérisées par des combinaisons
de cristaux (ou grains de neige) à des stades dévolution
différents. La neige est un matériau poreux dont la température est toujours inférieure ou au plus égale à 0°C. Mélange dair et de glace, uniquement à température négative, on dit alors que la neige est sèche. Cependant lair contient de la vapeur deau et leau est alors présente sous deux de ses phases, gazeuse et solide. Lorsquil y a présence deau liquide dans la neige, les trois phases de leau sont en équilibre thermodynamique et cela se traduit par une température de 0°C. Lorsque la neige est sèche, les métamorphoses des grains de neige, se font par lintermédiaire de la phase vapeur, alors que dans le cas de la neige humide, elles se font essentiellement par la phase liquide, la phase gazeuse étant généralement assez réduite. Cest la raison pour laquelle nous distinguerons deux types de métamorphoses : les métamorphoses de la neige sèche et les métamorphoses de la neige humide. Outre ces transformations thermodynamiques, les cristaux de neige peuvent subir des transformations liées à des contraintes mécaniques dues au vent, ou au poids des couches de neige supérieures lorsquils sont enfouis. Il existe donc plusieurs facteurs ou moteurs des métamorphoses. Certains ne concernent que la neige sèche. Dans le cas de neige humide, la présence deau liquide associée à une isothermie à 0°C diminue ou empêche leur action, et ce sont dautres agents qui interviennent alors. |
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| La Neige sèche | |
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1. Les agents des métamorphoses de la neige sèche En labsence deau liquide, les transformations de la neige sont dues soit à des effets mécaniques soit à des phénomènes thermodynamiques où ninterviennent que deux phases de leau, solide et gazeuse. Leffet de rayon de courbureL'air ne peut contenir qu'une quantité limitée de vapeur d'eau (tension maximale de vapeur saturante), cette limite ne dépendant que de la température. Au voisinage d'une surface d'eau liquide ou de glace, cette quantité maximale dépend aussi de la forme de cette surface. Le rayon de courbure d'une surface caractérise la forme de cette surface. Les formes convexes (pointes, bosses) ont de faibles rayons de courbure, la forme plane a un rayon de courbure infini et les formes concaves (creux) ont des rayons de courbure négatifs dont les valeurs absolues sont d'autant plus petites que les creux sont prononcés. A une température donnée, la tension maximale de vapeur saturante est plus élevée au voisinage des convexités qu'à celui des surfaces planes ou concaves. On observe donc globalement plus de vapeur d'eau près des bosses que des creux. Ce déséquilibre ne peut persister, et il s'établit un flux de vapeur des zones convexes vers les zones concaves. Les zones proches des convexités se trouvent alors en sous-saturation, provoquant la sublimation d'une partie de la forme convexe de la glace (passage de l'état de glace à l'état de vapeur d'eau). À l'inverse, les zones proches des zones concaves sont en état de sur-saturation, et il en résulte une condensation solide de la vapeur d'eau en trop dans la concavité (passage de l'état de vapeur d'eau à l'état de glace). La diffusion de vapeur d'eau des zones de forte valeur (convexités) vers les zones de faible valeur (concavités) entretient le phénomène qui conduit à un adoucissement des contours, à la disparition des plus petits grains, et même à un arrondissement des cristaux à l'issue d'un temps assez long (fig. 2) |
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Figure 3. Shéma explicatif du phénomène de frittage. |
Une conséquence importante de l'effet de rayon de courbure est la cohésion de frittage. Lorsque deux grains de neige, que nous supposerons sphériques pour simplifier la démonstration, sont en contact, la zone de contact forme une concavité. La vapeur d'eau a donc naturellement tendance à se condenser autour du point de contact, créant ainsi un pont de glace entre les deux grains. On dit alors qu'il y a cohésion de frittage entre les deux grains. La rapidité de formation et l'importance des ponts de glace sont d'autant plus grandes que les grains de neige sont petits. Chaque fois qu'il y a contact entre les grains de neige, un pont de glace se forme conférant à la neige une certaine cohésion dont la qualité dépend du nombre de ponts de glace. Les neiges sèches constituées de petits grains (< 0,3/0,4 mm) auront donc une bonne cohésion de frittage, tandis que celles constituées de grains plus gros auront une faible cohésion de frittage (Fig.3). |
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| Les caractéristiques physiques et mécaniques d'une strate de neige dépendent en grande partie des types de cristaux qui la composent. | |
| Le gradient vertical
de température Le gradient vertical de température dune couche de neige caractérise la répartition verticale de la température dans cette couche. Dune façon générale, la base du manteau neigeux est à une température proche de 0°C, alors quen surface, lorsque la neige est sèche, la température peut être assez basse avec des valeurs atteignant parfois -20 à -30°C. Le gradient vertical de température est exprimé par le rapport entre la différence de température entre deux niveaux et la distance verticale qui sépare ces deux niveaux (Fig. 4). Il est lié à la qualité disolant de la neige, fonction de la quantité dair quelle contient, et donc de sa masse volumique. Cest donc en général dans les couches de surface, généralement constituées de neiges récentes et peu épaisses, que lon pourra rencontrer les forts gradients alors que, plus en profondeur, les neiges étant plus denses, ils seront moins importants. Lorsquune couche de neige est humide, la présence deau liquide implique une température uniforme de 0°C, et par conséquent un gradient nul (voir § La neige humide). |
Figure 4. Principe du calcul du gradient vertical de température dans une couche de neige. |
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![]() Figure 5. Schéma du processus de transfert de masse, par la phase vapeur dû au gradient de température. |
Dans une couche de neige sèche soumise à un gradient vertical non négligeable, chaque grain de neige est plus chaud que celui qui est au-dessus de lui. A son voisinage immédiat, lair qui est à la même température, peut contenir plus de vapeur deau que celui du grain supérieur. Le déséquilibre local des pressions de vapeur saturante, entraîne alors un transfert de vapeur du grain le plus chaud vers le grain le plus froid. Pour combler la perte de vapeur deau à son voisinage, le grain le plus chaud se sublime donc en partie, tandis quau dessus, le grain plus froid élimine le trop plein de vapeur deau à son voisinage en subissant une con-densation solide de ce trop plein, caractérisé par lapparition dangulosités (cristallisation dans le système hexagonal). On dit aussi que ce dernier subit un givrage (Fig. 5). On peut observer quil y a transfert de masse de grain à grain par lintermédiaire de la phase vapeur. |
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La température Le vent |
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| 2. Les métamorphoses
pendant la chute de neige
Lors dune chute de neige par température négative
(altitude du manteau neigeux situé au-dessus de lisotherme
0°C), les cristaux souvent agglomérés en flocons peuvent
être soumis à laction mécanique du vent qui
a pour conséquence de briser, plus ou moins, suivant sa vitesse,
les structures dendritiques fragiles. |
Figure 6. Différents types de cristaux de neige fraîche.
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Figure 9 .Grains fins obtenus par métamorphose de faible gradient. |
Avec des températures assez basses (<-10/-8°C) leffet de rayon de courbure est peu efficace et la neige qui se dépose est généralement composée de cristaux peu transformés de neige fraîche ( + ) (Fig.9). En fait, aux altitudes moyennes (1800/2000 m), les chutes de neige sont souvent accompagnées de vent plus ou moins forts et sous des températures de lordre de -3 à -6 °C. Dans ces conditions, la neige qui se dépose est constituée dun mélange de fragments dendritiques et de cristaux aux contours adoucis, le tout étant souvent plus ou moins givré par les gouttelettes deau surfondues captées pendant la chute. | ||
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Avec la réduction des structures dendritiques, la neige déposée voit ses distances inter granulaires diminuer, et ceci a pour conséquence laugmentation de sa masse volumique. Ainsi une neige tombée sans vent à une température assez basse de lordre de -15°C a en moyenne une masse volumique de lordre de 20 à 50 kg/m3, alors quavec un vent de lordre de 10 m/s et une température de -5°C, elle peut atteindre des valeurs de 150 à 200 kg/m3. Mais on constate quen moyenne, au moment de la précipitation, la neige a une masse volumique de lordre de 100 kg/m3, ce qui a en outre lavantage de permettre d'appliquer la correspondance : 10 cm de neige/10 mm deau. Autre conséquence de la diminution des distances inter granulaires, le nombre des points de contact, autour desquels se produit le frittage, augmente et la cohésion aussi. Ainsi donc, plus les transformations seront importantes pendant la chute (vent fort, température proche de 0°C), plus la neige déposée aura une forte densité et un forte cohésion de frittage. Il faut garder à la mémoire que plusieurs jours après une chute de neige tombée sans vent et restée légère du fait de températures assez basses, le vent peut se lever et effectuer une reprise de cette neige pour la transporter parfois sur de longues distances et la déposer dans les endroits où il se calme. On assiste alors au même phénomène que lors des chutes de neige ventées avec le risque de surcharges locales pouvant donner lieu à des départs spontanés davalanche. |
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| Les métamorphoses de la neige (suite) | |
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