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3. La métamorphose de faible gradient (G <
5°C/m)
Au sein dune strate de neige sèche, les effets de rayon
de courbure et de gradient sont simultanés mais antagonistes puisque
lun tend à arrondir les cristaux alors que lautre tend
à les rendre anguleux. Cest la valeur du gradient de température
qui va réguler le type de transformation.
Pour de faibles gradients (G< 5° C/m), leffet de rayon de
courbure lemporte sur leffet de gradient, ce qui provoque
un arrondissement des grains. Si au départ, nous avons de la neige
fraîche ( + ), celle-ci voit ses formes sémousser,
et se transforme peu à peu en particules reconnaissables ( / ),
puis, si le processus persiste, toutes les formes dendritiques disparaissent
laissant la place à des grains aux formes arrondies nommés
grains fins ( ) dont les diamètres sont de lordre
de 0,1 à 0,4 mm (Fig.9). La rapidité
des transformations dépend évidemment de la température
de la neige.
Si le passage de létat de neige
fraîche à létat de particules reconnaissables
est généralement assez rapide (quelques jours), lapparition
des grains fins demande plus de temps. A titre dexemple, avec un gradient
de 3°C/m et une température moyenne de la couche de neige de
- 3,5°C, il faut attendre une dizaine de jours pour obtenir un mélange
particules reconnaissables/grains fins. Dans cette métamorphose,
la disparition des formes dendritiques se traduit par un rapprochement des
grains, et donc par une augmentation du nombre des points de contact autour
desquels le frittage se produit. A léchelle de la strate de
neige, on observe alors un tassement général, avec une augmentation
notable de la masse volumique (qui atteint alors 200 à 300 kg/m3)
et au passage de la cohésion de feutrage (imbrication des dendrites)
à la cohésion de frittage. Si au début de la perte
de cohésion de feutrage, on peut assister sur les pentes les plus
raides à des instabilités à lorigine de purges
spontanées, la prise de cohésion de frittage confère
ensuite à la strate une meilleure stabilité. De plus, cette
cohésion est dautant meilleure que les grains sont petits puisque
les points de contact sont nombreux. Seule ombre au tableau, ce type de
neige manque de plasticité et supporte mal les contraintes.
4. La métamorphose
de moyen gradient (5°C/m < G < 20°C/m)
Dans ce cas, la différence de température, selon la verticale,
entre les grains devient sensible, et chaque grain est plus chaud que
celui qui est au-dessus de lui. Leffet de gradient entre en concurrence
avec leffet de rayon de courbure et lemporte. Les flux de
vapeur liés aux différences de température entre
les grains sont plus importants que ceux liés aux différences
de courbure. La cristallisation de la vapeur deau aux points froids,
caractérisée par lapparition dangulosités,
est plus rapide que la sublimation liée à leffet de
rayon de courbure. Néanmoins, leffet de courbure permet au
début de la métamorphose de provoquer la sublimation des
petits grains et des branches les plus fines. Le résultat global
est lapparition dun type de grain anguleux comportant des
facettes faisant des angles à 120° (cristallisation dans le
système hexagonal), appelé grain à faces planes :
(symbole : ) (Fig.10).
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| Figure 10. Grains à
face planes (les traits verticaux sont espacés de 0,2 mm). (photo E. Pahaut - CEN/ Météo France) |
Cette métamorphose peut affecter avec efficacité la neige
fraîche, les particules reconnaissables et les grains fins. Dans
les deux premiers cas, elle saccompagne dun tassement important
de la couche de neige lié à la disparition rapide des structures
dendritiques. Pour ce qui concerne les grains fins, la variation de densité
est faible. Avec un gradient de 15°C/m, Il faut environ 10 jours pour
quune neige fraîche se transforme en un mélange de
particules reconnaissables et de grains à faces planes. Les grains
à faces planes ont en moyenne des masses volumiques de lordre
de 250 à 350 kg/m3.
En outre, et cela est sans doute le fait le plus important, leurs tailles
sont sensiblement plus élevées que celles des grains fins,
pouvant aller en moyenne de 0,4 à 0,6 mm de diamètre. Ceci
a pour conséquence la diminution du nombre de points de contact,
et donc de la cohésion de frittage. Nous avons donc avec cette
métamorphose une perte de cohésion de la strate de neige,
source dinstabilité lorsquelle est recouverte par dautres
chutes de neige. La présence dune telle strate, dite couche
fragile, est souvent observée comme plan de glissement dans les
avalanches, notamment de type déclenchement accidentel.
Cependant, lorsquune couche de grains à faces planes est
soumise à un faible gradient, leffet de rayon de courbure
peut alors provoquer un retour vers des formes arrondies, et sils
sont encore assez petits, la cohésion de frittage peut à
nouveau consolider la strate.
5. La métamorphose de fort gradient (G >
20°C/m)
Dans ce cas, la différence de température entre les grains
suivant la verticale est très marquée, et les flux de vapeur
sont plus intenses. Le premier stade de transformation se caractérise
par lapparition rapide de grains à faces planes accompagnée
d'un tassement notable pour ce qui concerne la neige récente (
+ ou / ). Puis, peu à peu, chaque grain voit sa base croître
par condensation de la vapeur deau provenant du grain inférieur.
En raison de lintensité du flux de vapeur, cette condensation
se fait sous la forme de marches de glace. Par ailleurs, sa partie supérieure
est le siège de sublimation qui va lui donner un aspect plus arrondi
et plus lisse (Fig. 11). Dans sa forme finale,
le grain prend généralement une forme pyramidale striée
très caractéristique. Communément appelé "gobelet"
(symbole : ^ ) (Fig. 12), ce grain a des
dimensions importantes (0,6 à 2 mm, et peuvent atteindre parfois
4 mm et plus). A léchelle de la strate de neige, ces grains
de grande dimension impliquent une très faible cohésion
de frittage, les points de contact étant peu nombreux. Cette neige
se comporte de façon caractéristique, comme du gros sel,
et coule dans la main quand on essaye de la manipuler. Sa masse volumique,
peu différente de celle des faces planes varie entre 250 et 400
kg/m3. Cest évidemment une neige qui, enfouie au sein du
manteau neigeux, induit une instabilité latente importante. Surmontée
dune strate plus dure, elle est à lorigine de nombreux
départs davalanches suite à des surcharges naturelles
ou accidentelles. La croissance des gobelets nécessite des échanges
de vapeur deau de grain à grain ainsi que de lespace
pour se développer. Aussi, la densité de la neige initiale,
pour permettre ceci ne doit pas être trop élevée.
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Figure 11. Shéma de formation des gobelets.
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| Figure 12. Gobelets ou givre de profondeur. (photo E. Pahaut - CEN/ Météo France) |
Dans des conditions naturelles, les neiges dont
les densités excèdent 350 kg/m3 ont peu de chance dévoluer
en gobelets, tout au plus en grains à faces planes. Il faut noter
que même avec le rétablissement dun faible gradient,
les gobelets ne peuvent plus être transformés et la strate
gardera sa faible cohésion. Seule une humidification notable pourra
les transformer. Lexpérience montre quune couche de neige
constituée de grains fins, dune densité de 260 kg/m3,
et soumise à un gradient de lordre de 55°C/m se transforme
en couche de gobelets dont les tailles atteignent en moyenne 2 mm au bout
de 26 jours. Un très fort gradient peut en quelques jours transformer
une neige récente en grains à faces planes. Un exemple assez
classique est celui dune faible chute de neige (10 cm) qui se dépose
sur un manteau neigeux humidifié, cette chute étant suivie
dun refroidissement sensible avec des températures de surface
de lordre de -10°C. Le gradient subi est alors de lordre
de 100°C/m (base de la couche à 0°C). En deux jours, des
grains à faces planes peuvent apparaître et, avec le tassement,
constituer une couche fragile de lordre de quelques centimètres
très dangereuse pour lavenir.
La Neige humide
Lorsque de l’eau liquide est présente dans la neige, on dit qu’elle est humide, et la température d’équilibre entre les trois phases de l’eau (solide, liquide et gazeuse) est nécessairement de 0°C. Si ceci est vrai à l’échelle de la strate de neige humide, il n’en est pas de même à l’échelle des grains de neige pour lesquels les températures d’équilibre ou température de fusion de la glace vont être légèrement inférieures ou même parfois supérieures à 0°C (entre quelques millièmes et quelques dix millièmes de degré) suivant leurs formes (convexité ou concavité) ou leur grosseur. Ces très petites variations ainsi que la quantité d’eau liquide présente permettent d’expliquer les métamorphoses observées.
On peut distinguer deux régimes de transformation liés à la quantité d’eau liquide présente ou teneur en eau liquide (TEL).
1. Les régimes de la métamorphose de la neige humide
• Le régime des faibles TEL
Dans le cas où la quantité d’eau liquide est faible (TEL massique < 2%), celle-ci, sous l’effet des forces de capillarité, se loge autour des points de contact, formant ainsi des ménisques d’eau entre les grains, ainsi que dans les creux des grains (Fig. 13). Dans cette configuration, les diamètres des grains et surtout, les forces capillaires exercées entre les grains vont avoir pour effet d’abaisser la température d’équilibre ou point de fusion de la glace. Plus la quantité d’eau est faible et plus les forces capillaires sont importantes et abaissent la température de fusion (de l’ordre du millième de degré au-dessous de 0°C). Dans cette neige, les grains dont les ménisques sont les plus petits en volume, auront donc tendance à fondre les premiers. Ce phénomène conduit à une harmonisation des quantités en eau des liaisons inter granulaires. Pour ce qui concerne les grains, l’abaissement de la température du point de fusion est inversement proportionnel à leur diamètre.
En conséquence les grains les plus petits auront tendance à fondre les premiers ainsi que les parties les plus convexes (leurs petits rayons de courbure les assimilent à des grains de petit diamètre). Dans les deux cas, l’eau liquide ainsi libérée migre par capillarité vers les grains restants, ainsi que vers les zones concaves et provoque ainsi leur arrondissement et leur grossissement en regelant. Ces passages de l’état solide à l’état liquide, et inversement, induisent respectivement absorption et libération de chaleur qui entretiennent la métamorphose. La présence d’air freine les flux de chaleur entre les grains, et ceux-ci se font principalement par les liaisons eau/glace. Si la TEL augmente, la métamorphose devient plus rapide en donnant de plus en plus la prédominance à l’influence du diamètre des grains. Ainsi dans le cas des faibles TEL, le grossissement des grains est assez lent du fait de la présence d’interfaces glace/air, mais devient plus rapide lorsque la TEL augmente. Cependant, même si la transformation est lente, à l’échelle de la strate de neige, on observe un arrondissement ainsi qu’un grossissement global des grains. Par ailleurs, la présence de fortes pressions capillaires entre les grains maintient une assez bonne cohésion d’ensemble.
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| Figure 13. Schéma de répartition des trois phases de l'eau dans le cas des faibles TEL. |
Figure 14. Schéma de répartition des trois phases de l'eau dans le cas des fortes TEL. |
• Le régime des fortes TEL
Lorsque la TEL devient importante (>12% en masse), c’est-à-dire lorsque la phase liquide devient continue, les interfaces glace/air n’existent plus ou très peu (Fig. 14). Dans ce cas, la pression capillaire est faible, et seul le rayon de courbure des grains a un effet sur la modification de la température du point de fusion de la glace (de l’ordre du dix millièmes de degré au-dessous de 0°C). Les grains les plus petit fondent alors au profit des plus gros sur lesquels il y a regel puisque la température de fusion y est plus élevée. De la même façon les parties les plus convexes fondent aussi au profit de celles qui le sont moins et notamment des parties concaves. Dans ce cas, les transformations sont plus efficaces parce que les flux de chaleurs dus aux changements de phase se font facilement entre les grains par la phase liquide, sa conduction thermique étant nettement supérieure à celle de l’air. En outre, la contrainte exercée aux points de contact entre les grains, si elle est assez forte (à la base d'un manteau neigeux épais), a pour conséquence d’abaisser la température du point de fusion à cet endroit. On observe alors une fusion et un élargissement des contacts. Cet effet est important puisque le point de fusion peut être de l’ordre du millième ou du centième de degré au-dessous de 0°C. Dans ce régime de métamorphose, à l’échelle de la strate de neige, on assiste a une densification rapide avec arrondissement et grossissement des grains, mais d’un point de vue mécanique la disparition des liaisons entre les grains diminue fortement la cohésion globale.
2. La métamorphose de la neige humide
L’humidification de la neige peut se faire de deux façons. Par fusion de surface du manteau neigeux sous l’effet d’un bilan énergétique positif des échanges neige/atmosphère (air chaud, fort rayonnement solaire, etc.), ou par l’apport direct d’eau liquide qu’est la pluie. L’humidification des strates de neige se fait essentiellement par la surface du manteau neigeux. Que ce soit l’eau de pluie, ou l’eau de fusion de surface, sa pénétration en profondeur ne se fait pas de façon homogène, mais par des cheminements préférentiels ou chemins de percolation. On peut donc trouver dans une couche de neige humide des TEL variables, voire sur un même niveau horizontal des zones humides et des zones sèches. Cependant, pour une couche de neige dont la base ne repose pas sur une surface imperméable, il y a le plus souvent drainage de l’eau liquide dès que sa capacité de rétention en eau est dépassée. La valeur de rétention en eau de la neige dépend de sa densité avant humidification et varie entre 12% en masse pour des densités de l’ordre de 250 kg/m3 et 7% pour des densités de l’ordre de 500 kg/m3.
Dans ces conditions, la métamorphose implique un arrondissement des grains assez rapide, et on peut observer l’apparition de grains ronds (symbole : O ) (Fig. 15). Quant au grossissement, très lent pour les basses TEL, il devient plus rapide avec les TEL proches de la valeur de rétention. L’expérience montre qu’une neige récente soumise à une humidification pendant 16 jours, se transforme en neige de grains ronds dont les diamètres atteignent environ 0,2 mm avec une TEL massique de l’ordre de 2%, et 0,6 mm si la TEL est de 10%.
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| Figure 15. Grains ronds. |
Plus généralement, les tailles des grains ronds sont généralement comprises entre 0,2 et 2 mm. À l’échelle de la strate de neige, on constate une augmentation progressive de la densité (jusqu’à 500 kg/m3), et la cohésion assez bonne aux faibles valeurs de TEL tend à diminuer si celle-ci augmente.
Lorsqu’une strate de neige s’humidifiant repose sur une surface imperméable, ou sur une couche de neige dans laquelle l’eau ne peut pas s’écouler (grains plus gros ou neige moins dense), une couche saturée peut se former.
Dans ces conditions, la métamorphose se produit en régime de très forte TEL.
D'une part, le grossissement des grains ronds est rapide et d’autre part, les liaisons de glace ainsi que capillaires entre les grains disparaissent. À l’échelle de la strate, la densification est importante, mais la cohésion devient très faible.
On peut alors assister à des déclenchements d’avalanches de neige humide ou avalanches de fonte.
Lorsque les neiges humides subissent un refroidissement, l’eau liquide présente gèle progressivement créant de solides liaisons de glace entre les grains ronds avec formation d’agglomérats de plusieurs mm, et parfois de croûtes de glace. La neige acquiert alors une excellente cohésion dite de regel. C’est ce que l’on peut observer fréquemment au printemps avec l’alternance de réchauffements diurnes suivis de refroidissements nocturnes.
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Tous les types de neige peuvent être transformés par humidification en grains ronds, et c’est d’ailleurs la seule transformation que peuvent subir des grains tels que les gobelets et la neige roulée.
Au coeur de l’hiver, un fort réchauffement accompagné de pluie peut donc être salutaire pour l’avenir d’un manteau neigeux fragilisé par la présence de telles strates. Il ne faut cependant pas négliger dans ce cas les risques de crue avalancheuse au moment du réchauffement. |
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