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| Le déclenchement des avalanches de plaque : une combinaison de quatre mécanismes en série | |
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par
François LOUCHET, Laboratoire de Glaciologie et de Géophysique de l'Environnement et
Alain DUCLOS, ALÉA Sarl
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| Article paru dans la revue de l'ANENA "Neige et Avalanches" N° 113 - mars 2006 | |
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Comment se fait-il que le passage d'un skieur sur une zone déjà skiée quelques instants auparavant, et qui paraissait donc stable, puisse déclencher une avalanche de grande ampleur ? Un éclairage nouveau est apporté sur ce problème, en considérant que l’action du skieur se limite à une amorce de rupture dans la couche fragile, qui peut ensuite se propager spontanément sous le seul effet du poids de la neige. Ces explications sont en excellent accord avec ce que nous observons sur le terrain : elles permettent de comprendre pourquoi certaines avalanches partent de façon jusque là inattendue, mais aussi (c'est la majorité des cas), pourquoi rien ne bouge alors que les conditions nécessaires au départ d'avalanches semblent réunies. Le présent article a pour objectif d'exposer les principes majeurs de cette approche. Les précautions qui pourraient en découler sont discutées. |
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| Quelques concepts de base | |
| On peut distinguer deux types d'avalanches : les avalanches spontanées d'un côté, et les artificielles et accidentelles de l'autre. Nous ne nous intéresserons ici qu'aux secondes, sur la base maintenant classique d'une plaque posée sur une couche fragile. C'est la cohésion de la couche fragile qui retient la plaque dans la pente (résistant ainsi à la force motrice due au poids de la plaque) et la cohésion de la plaque elle-même qui l'empêche de se rompre (ce n'est pas le cas pour de l'eau, qui n'a aucune cohésion, et qui s'écoulerait immédiatement dans la pente). La surcharge d'un skieur (80 kg environ) est extrêmement faible en comparaison du poids de la neige impliquée dans le seul processus de déclenchement (plusieurs milliers de tonnes). Si la déstabilisation se produit, elle ne peut être due à la surcharge, mais plutôt à la diminution de la cohésion de la couche fragile lors du passage du skieur. L'effet de cette perturbation locale cumulée le long du parcours du skieur peut avoir des conséquences à grande échelle. C'est ce que nous allons voir en détail maintenant. Le système peut être schématisé comme sur la figure 1. La plaque est représentée par une série d’éléments reliés par des ressorts, qui peuvent s'allonger ou se comprimer en fonction des efforts auxquels ils sont soumis, ou se rompre si ces efforts excèdent une valeur seuil. D'une façon similaire, la plaque est reliée à la neige plus ancienne par une couche fragile, schématisée par un genre de château de cartes qui peut s'effondrer si l'effort auquel il est soumis est trop élevé. Nous considérons que le château de cartes parvient à retenir la plaque s'il est indemne, et qu'il ne la retient plus s'il s'effondre. Les quatre étapes intervenant dans la chronologie du déclenchement, basées sur les propriétés que nous venons de discuter, sont détaillées ci-après. |
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| Une combinaison de quatre étapes en série | |
Si l’on se base sur les concepts précédents, le mécanisme de déclenchement met en œuvre les quatre étapes suivantes:
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| Figure 2. Les quatre étapes nécessaires au déclenchement d’une plaque. | |
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Sur une pente, la couche fragile est soumise à la fois à la composante de cisaillement (parallèle à la pente) et de compression (perpendiculaire à la pente) du poids de la neige qu'elle supporte. Ces deux composantes augmentent avec l'épaisseur de neige et sa densité.
Le mécanisme d'extension de cette rupture peut être de deux types différents : La condition d'apparition du mode B (propagation spontanée) obéit en effet à une loi de mécanique de la rupture, le critère de Griffith (1920) :
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| Figure 3. (a) la couche fragile peu recouverte de neige ne s’effondre que dans la trace des skis ; (b) la rigidité de la plaque, qui ploie sous les skis, permet un effondrement plus large que la trace des skis ; (c) a partir d’une taille critique, la rupture de la couche fragile se propage rapidement sous le seul effet du poids de la neige. | |
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| Figure 4. Schéma montrant l’effondrement de la couche fragile et sa propagation. Le poids de la plaque provoque l’extension progressive de la rupture dans la couche fragile (d’après Johnson et al., 2000). | |
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| Figure 5. Une zone de rupture sur sol plat peut déclencher une avalanche si elle s'étend jusqu'à une pente voisine et s'y propage. | |
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À mesure que la rupture de la couche fragile s'étend sur la pente, le poids de la plaque qui la surmonte, qui était retenu par la résistance de la couche fragile, est transféré au niveau des bords de la plaque. Ces efforts augmentent évidemment avec le poids de la partie « suspendue » de la plaque, c'est-à-dire avec la taille de la zone de rupture, jusqu'à atteindre le seuil de rupture de la plaque. C'est l'amorce de la fissure sommitale. Le lieu et l'instant d'amorce de la fissure sommitale dépendent en grande partie du mécanisme de propagation de la rupture de la couche fragile (voir ci-dessous figure 6) |
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| Figure 6 : (a) déclenchement en mode A : la zone de départ se limite approximativement à la zone endommagée par le skieur ; (b) déclenchement en mode B : la zone de départ est vaste et la fissure sommitale ne s’ouvre que très loin du skieur, qui se trouve pris au milieu de la plaque. |
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| © ANENA | ||