-- Le point de vue du Club Alpin Français :
par Jean-Paul Zuanon, coordinateur des formations neige-avalanche
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Les actions de formation en nivologie menées au Club alpin français mettent de plus en plus l’accent sur le côté pratique, au détriment d’une nivologie théorique dont l’intérêt n’est pas toujours perçu par les pratiquants.
En particulier, on insiste beaucoup sur ces questions-clés : qu’est-ce que j’ai sous mes skis (ou mes raquettes) ? Est-ce stable ou pas ?

Pour aider les pratiquants à y répondre, on met l'accent sur deux séries de techniques.
• Dans le cadre de stages de sensibilisation, on utilise le classique profil stratigraphique qui est un prétexte pour revenir de façon concrète sur les métamorphoses de la neige.
Si les conditions sont " intéressantes ", c’est-à-dire s’il existe une mauvaise liaison entre couches, on le complète par un coin de glissement.
Cet exercice permet de concrétiser des notions souvent abstraites comme strates fragiles ou plan de glissement, tout en insistant sur l’importance du comportement (skier léger ou faire un virage sauté peut ne pas avoir le même effet sur un manteau instable). Mais on souligne bien les limites de l’art : un profil est représentatif d’une situation donnée à un endroit donné, pas d’un versant ni a fortiori d’un massif.
C’est l’occasion d’insister sur l’hétérogénéité du manteau neigeux (verticalement et dans l’espace). Pour nous, le coin de glissement n’est qu’un outil (précieux) de sensibilisation mais on insiste bien sur le fait que, en aucun cas, il ne peut être utilisé comme moyen de décision.
Ni un test objectif ni une formule mathématique ne répondront jamais à la question de base " y aller ou pas ? ".
Reconnaissons que ces exercices restent lourds et qu'ils demandent du temps. En outre, ils sont rarement réalisés en totalité (pour la partie bloc notamment, la plus parlante) faute de conditions propices.
• On ne s'attarde guère sur des techniques comme les divers tests avec une pelle, sauf pour mémoire et pour en montrer les limites. Le petit bloc de neige que l'on pose sur une pelle en agitant doucement celle-ci pour voir s'il s'effrite ou s'il offre une certaine résistance peut donner des indications intéressantes sur la cohésion de la neige et un éventuel risque de plaque friable mais l'interprétation n'est pas toujours évidente.
En revanche, on insiste sur une autre façon plus simple et naturelle d’approcher la stabilité du manteau neigeux. Elle est basée sur l’observation et, notamment, le toucher de la neige à l’aide des skis et des bâtons. Convenablement utilisés, ceux-ci permettent de se faire une idée de l'état de surface et de la structure des différentes couches (même s’ils ne répondent pas à la question de la qualité de liaison entre ces couches). Ils peuvent aussi fournir des indications sur les variations d’épaisseur du manteau. Ceci peut sembler une évidence. À l’expérience, les choses ne sont pas aussi simples. Le bâton est souvent considéré comme une simple aide technique et sa fonction de " capteur " est rarement perçue.
Plus largement, la notion même d’observation n’est pas toujours ancrée dans les mentalités. On peut regarder, entendre, sentir la neige par le toucher, sans pour autant être sensible aux informations recueillies, sans les mettre en relation et sans pouvoir en déduire un diagnostic.
Plus que de mettre l'accent sur des tests spécifiques de stabilité, c'est une telle approche globale de la montagne enneigée que nous essayons de développer.

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