ANENA
l'ANENA Tout savoir Jurisque avalanche Métiers et formation
infos
--
-- Réflexions autour de la trace
suite et fin
--
--
par Sébastien ESCANDE, Guide de haute montagne-Cemagref/ETNA Vincent BAIN, Groupement Toraval
-- Trace à la montée et effort
 

Toutes ces contraintes intégrées, le raisonnement sur le meilleur itinéraire autorise le plus souvent différentes options. Évacuées les préoccupations strictement liées à la sécurité, on pourra opposer aux auteurs que les choix relèvent alors du niveau technique et physique du groupe, de partis pris qui ne se discutent pas, etc. et que l’on entre par conséquent dans un discours subjectif.
Toutefois, nous tentons ici de mettre en avant, à travers des exemples concrets, quelques-unes de nos réflexions et observations, en souhaitant que le lecteur pourra y trouver un support d’évaluation de ses propres pratiques.
Il s’agit d’adapter l’itinéraire général à certaines exigences locales, dont la prise en compte fera qu’une trace sera plus ou moins pertinente.

" Régularité

Du seul point de vue de l’effort, on comprend qu’une trace est d’autant plus aisée à suivre que sa raideur est constante. Si le principe est facile à concevoir, sa mise en application demande, sinon une certaine habitude, du moins un minimum d’attention. La personne qui trace doit être capable :

fleche d’évaluer en permanence la raideur de sa trace au vu de l’effort produit ; c’est particulièrement difficile, mais utile par visibilité réduite (jour blanc, faible luminosité, absence de points de repère),
fleche d’anticiper le contournement d’obstacles entravant sa trajectoire ; il s’agira de porter son regard suffisamment loin pour éviter un rocher, optimiser son cheminement entre les arbres, viser l’accès direct à un col ou une épaule (sans être forcé de redescendre ou d’effectuer une conversion superflue, voir figure 5), etc.,
fleche d’adapter son cheminement aux formes locales du relief (voir figure 6) ; sur une surface irrégulière (talwegs, croupes, replats) la ligne droite pour rallier un point à un autre a peu de chances d’être le chemin le plus économe !

 

loupeCliquez sur les
images pour les agrandir

fig5
   
  Figure 5 -
   
  fig6
   
  Figure 6 -
  Exemple n° 4 Exemple n° 5
     
loupeCliquez sur les
images pour les agrandir
fig7 fig8
   
  Comme les différents exemples l’illustrent, toutes ces questions n’ont pas forcément les mêmes réponses ; le raisonnement est différent selon que l’on évolue à la montée ou à la descente.
À la descente, il est souvent possible d’imaginer des points de ralliement éloignés (en dénivelée) et de n’engager qu’une personne à la fois.
À la montée, la perception du terrain peut être plus fine, car on dispose de davantage de temps pour décider du meilleur passage, mais la gestion d’un grand groupe dans un passage délicat peut prendre beaucoup de temps, des règles évidentes d’espacement peuvent ne pas être respectées.
Ces cas concrets font ressortir la plupart des principes d’une trace sécuritaire. Sont à considérer :

fleche la stabilité du manteau neigeux – évaluation a priori des pentes à emprunter sans risque de rupture (raideur, orientation, degré d’exposition), détection des variations locales (orientations et modelé topographique défavorables), etc. ;

fleche la visibilité – plus ou moins bonne perception de sa propre position par rapport à l’itinéraire général, distances, formes du relief, et plus généralement les conditions météorologiques ;

fleche la prise en compte permanente du facteur humain – taille du groupe autorisant ou non une progression fractionnée, des regroupements, etc., donc un choix de cheminement plus ou moins audacieux ;

fleche l’adaptation de l’itinéraire projeté sur la carte à la topographie locale (surprises fréquentes).
   

 

 

" Raideur et conversions

S’il est un point éminemment discuté, c’est bien celui de la raideur de la trace. Les avis sont très partagés. Ils nous semblent assez vains à départager tant ils sont liés étroitement à la condition physique des pratiquants, à l’usage ou non des cales de montée, à la qualité des peaux autocollantes, au type de neige, etc. On peut toutefois admettre quelques « vérités » :
fleche une trace raide peut devenir rapidement un facteur aggravant de la fatigue d’un groupe de personnes peu entraînées ;
fleche dans une configuration étroite du terrain, moins la trace est raide et plus nombreuses sont les conversions ;
fleche une trace trop raide et/ou l’usage systématique des cales peuvent induire des traumatismes (voir encart oeil Rando et kiné ).

D’une manière générale la stratégie adoptée, en dehors de toute considération sécuritaire, devrait chercher à limiter le nombre de conversions, c’est-à-dire occuper au mieux l’espace disponible pour évoluer. Dans un groupe, il est rare que toutes les personnes maîtrisent le geste de la conversion permettant de minimiser l’effort fourni, de sorte que les moins expérimentées seront précisément les plus pénalisées par chaque conversion superflue.

  * Exemple n° 5 (voir figure 8) Randonnée au Glacier de Bron (Mont-Blanc), printemps 2005
   

 

 

" Contraintes liées à la neige

En conditions particulières, la qualité de la neige est un paramètre qui peut devenir prépondérant dans le choix de l’itinéraire, et tout ce qui a été énoncé plus haut devenir caduc : pour éviter de botter, on n’hésitera pas à cantonner sa trace dans les zones restées froides à l’ombre ; pour éviter de glisser de manière intempestive, on évitera une zone ventée à la neige vitrifiée ; il en va de même pour les zones croûtées cassantes, etc. La recherche du confort et de l’économie sera alors principalement dictée par le souci d’éviter ces zones difficiles.

Trace et sécurité, trace et effort : au terme de ce rapide survol de la question, on voit bien qu’une multitude de circonstances particulières dictent chacune des traces imprimées sur les versants. Et il est bon de se rappeler que l’on ne connaît pas forcément ces circonstances quand certains cheminements nous inspirent moquerie ou agacement... Chacun reste libre et responsable de ses choix, y compris de sortir d’une trace qui ne lui convient pas.
C’est donc sur un conseil de tolérance que l’on se doit de clore cet article.

   

 

-- Pour clore le débat...
 

Trace et sécurité, trace et effort : au terme de ce rapide survol de la question, on voit bien qu’une multitude de circonstances particulières dictent chacune des traces imprimées sur les versants. Et il est bon de se rappeler que l’on ne connaît pas forcément ces circonstances quand certains cheminements nous inspirent moquerie ou agacement... Chacun reste libre et responsable de ses choix, y compris de sortir d’une trace qui ne lui convient pas.
C’est donc sur un conseil de tolérance que l’on se doit de clore cet article.

   

 

----
aide-- hautaccueilretour © ANENA