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-- Réflexions autour de la trace
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par Sébastien ESCANDE, Guide de haute montagne-Cemagref/ETNA Vincent BAIN, Groupement Toraval
  Article paru dans la revue " Neige et Avalanches " N° 115 - septembre 2006
  Il va de soi que chacun reste libre et responsable de sa pratique. Néanmoins, une attitude réfléchie sur nos choix d’itinéraire lors d’une progression peut être déterminante sur deux points : la sécurité et la gestion de l’effort.
  Pour gérer au mieux leur sécurité, les pratiquants de la montagne hivernale s’enquièrent d’un certain nombre d’informations : bulletin nivo-météorologique, cartes et topos descriptifs d’itinéraires. L’objectif est de choisir le terrain d’évolution qui sera le plus adapté aux conditions du moment et au groupe, d’un point de vue à la fois technique et comportemental.
Ces principes sont assez bien connus de la majorité des pratiquants. Ils risquent toutefois d’être sérieusement mis à mal s’ils ne sont pas relayés sur le terrain par une attention particulière accordée au choix de la trace. Il va de soi que chacun reste libre et responsable de sa pratique. Néanmoins, une attitude réfléchie sur nos choix d’itinéraire lors d’une progression peut être déterminante sur deux points : la sécurité et la gestion de l’effort.

Cet article propose quelques éléments de réflexion, une incitation à porter son regard au-delà de ses spatules, nos sens sans cesse en éveil quant à la perception et la prise en compte de la topographie.
-- Trace et sécurité
 

Le choix de la trace commence avant la sortie, par une préparation minutieuse sur carte (et photos si possible), mais cette analyse se poursuit sur le terrain, tout au long de la sortie. Les contraintes dictant le choix d’un itinéraire sont de trois ordres : la nivo-météorologie, les caractéristiques du groupe et le terrain. C’est ce dernier point que nous abordons ici, en reprenant des aspects théoriques puis en les illustrant d’exemples concrets.

Quelques rappels

" La déclivité ou inclinaison de la pente est à étudier en premier lieu (première priorité de la méthode de réduction, par exemple). Sur ce point, il est primordial d’élargir son questionnement au-delà de la pente à emprunter, des dangers pouvant provenir de pentes dominant l’itinéraire ou d’une exposition particulière (en cas de chute ou d’avalanche).

" La forme de relief est un deuxième niveau d’analyse, déterminant pour deux raisons : celle-ci conditionne le dépôt de la neige par le vent et elle peut constituer pour une raideur donnée un facteur aggravant.
À travers une lecture fine de la carte et du terrain, deux familles d’éléments se distinguent : les formes en creux, endroits privilégiés (mais pas les seuls) pour l’accumulation de neige soufflée, et les points hauts où la neige peut facilement être érodée voire absente. Les formes en creux constituent des zones vulnérables en cas d’avalanche, tandis que les crêtes, plus sûres de ce point de vue, constituent un terrain exposé pour les personnes techniquement peu à l’aise. Si les cols, couloirs, ou arêtes (crêtes) sont des éléments topographiques évidents à percevoir, d’autres demandent une observation de détail. C’est le cas des ravins (sillons d’érosion en général longs et à parois raides), des cuvettes ou parties de terrain concaves (faibles dépressions, rondes ou allongées, dans un terrain plat ou en pente), ou enfin des dos (ou croupes) ou parties de terrain convexes (zones de terrain arrondies et allongées, surélevées par rapport au terrain environnant). Cette observation doit aussi prendre en compte la présence d’éléments particuliers dans le versant, tels que barre rocheuse ou forêt clairsemée. Ils peuvent aggraver les conséquences en cas d’avalanche ou de chute (voir le témoignage d’accident dans ce même numéro de Neige et Avalanches).

" L’orientation du terrain est le troisième facteur de choix :

fleche les pentes à l’ombre sont propices à la constitution de pièges à retardement durant tout l’hiver (couches fragiles en profondeur) ;

fleche celles bien ensoleillées doivent inciter à les franchir à la bonne heure au printemps : avalanches de neige humide s’il est trop tard, glissades en neige dure pour les plus raides abordées trop tôt.

Concrètement, des questionnements permanents doivent aiguiller le pratiquant vers un choix en adéquation avec tous ces paramètres. Au cours d’une sortie, chaque passage peut être analysé en se posant des questions élémentaires.

fleche Ai-je objectivement la possibilité de franchir ce passage avec mon groupe, en cas de doute sur la stabilité du manteau neigeux ?

fleche Existe-t-il des points de regroupement sécuritaires dans le versant ?

fleche Ce passage raide et étroit ne sera-t-il pas trop inconfortable pour un débutant ?

fleche Ai-je moyen d’évoluer à distance des pentes raides qui me dominent ?

  Cas pratiques
Les trois exemples suivants montrent des situations concrètes de choix de trace avec un groupe de huit skieurs, d’un bon niveau technique (à la montée comme à la descente), et aptes à respecter des consignes. La météo est excellente, ce qui facilite la gestion des conditions nivologiques délicates.
       
  Exemple n° 1 Exemple n° 2 Exemple n° 3
       
loupeCliquez sur les
images pour les agrandir
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  Comme les différents exemples l’illustrent, toutes ces questions n’ont pas forcément les mêmes réponses ; le raisonnement est différent selon que l’on évolue à la montée ou à la descente.
À la descente, il est souvent possible d’imaginer des points de ralliement éloignés (en dénivelée) et de n’engager qu’une personne à la fois.
À la montée, la perception du terrain peut être plus fine, car on dispose de davantage de temps pour décider du meilleur passage, mais la gestion d’un grand groupe dans un passage délicat peut prendre beaucoup de temps, des règles évidentes d’espacement peuvent ne pas être respectées.
Ces cas concrets font ressortir la plupart des principes d’une trace sécuritaire. Sont à considérer :

fleche la stabilité du manteau neigeux – évaluation a priori des pentes à emprunter sans risque de rupture (raideur, orientation, degré d’exposition), détection des variations locales (orientations et modelé topographique défavorables), etc. ;

fleche la visibilité – plus ou moins bonne perception de sa propre position par rapport à l’itinéraire général, distances, formes du relief, et plus généralement les conditions météorologiques ;

fleche la prise en compte permanente du facteur humain – taille du groupe autorisant ou non une progression fractionnée, des regroupements, etc., donc un choix de cheminement plus ou moins audacieux ;

fleche l’adaptation de l’itinéraire projeté sur la carte à la topographie locale (surprises fréquentes).
   

 

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