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Idées fausses

 
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  Par François Sivardière
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• Non, les plaques ne sont pas faciles à reconnaître !

• Il n'a pas neigé depuis longtemps donc ça ne craint pas : faux !

• Des avalanches même quand il y a peu de neige !

• Avalanche : même une petite pente peut être dangereuse !

• Avalanches et forêts !
 
• Il y a aussi des avalanches au printemps et en été !

Non, les plaques ne sont pas faciles à reconnaître !

Les avalanches de plaques sont à l’origine d’environ 80 % des accidents d’avalanches. Ces avalanches sont facilement reconnaissables : dans la zone de départ, la cassure de l’avalanche est linéaire. De plus, si vous regardez une avalanche de plaque, vous aurez l’impression qu’un pan entier de montagne se détache d’un coup, et glisse vers la vallée.
Par contre, la plaque elle-même est souvent très difficile à reconnaître. Contrairement à ce que vous avez peut-être déjà entendu, une plaque de neige n’est pas forcément dure, ni de couleur mate, ni ne sonne creux.

Vous avez en effet sans doute déjà entendu parler de plaques friables et de plaques dures. Ces appellations traduisent le fait qu’une plaque de neige peut être constituée de différentes qualités de neige, depuis une neige poudreuse (d’autant plus dangereuse qu’elle est attrayante car agréable à skier) jusqu’à une neige dure. Puisque la qualité de la neige d’une plaque est très variable, on comprendra aisément que les plaques n’aient pas toujours la même dureté, ni la même couleur, ni ne fassent le même " bruit ". De plus, une plaque peut être recouverte par une couche plus ou moins fine de neige fraîche, qui la dissimule du regard. Il ne faut donc pas se fier à l’apparence de la neige de surface pour essayer de détecter une plaque.
Tout au plus peut-on suspecter, dans certains cas, la présence d’une plaque par l’interprétation de certains indices nivo-météorologiques et topographiques. Mais cela nécessite une très bonne expérience, ainsi qu’une excellente connaissance du terrain fréquenté.

Rappelez-vous également que les plaques ne sont pas seulement “à vent” (c’est-à-dire formées par le vent), mais qu’elles peuvent aussi se former en l’absence complète de vent.
Enfin, que ceux qui pensent que les plaques à vent ne se trouvent que sur les versants sous le vent des vents dominants gardent en mémoire que le vent a une fâcheuse tendance à tourbillonner en montagne, et qu’il est même tout à fait possible qu’une plaque à vent se forme sur un versant exposé face au vent dominant.

Il n'a pas neigé depuis longtemps donc ça ne craint pas : faux !
Nous avons déjà vu, que les jours qui suivent des chutes de neige présentaient une activité avalancheuse plus importante. Peut-on pour autant en conclure que le risque d’avalanche est faible s’il n’a pas neigé depuis longtemps ? Eh bien non.

En effet, la neige récente, celle qui vient de tomber, met un certain temps pour se tasser, se stabiliser et se lier à la couche qui est en dessous et, plus il fait froid, plus cela prend de temps. L’instabilité de la neige récente peut ainsi durer quelques jours, une semaine, voire plus. Ce sera particulièrement le cas des pentes qui ne voient pas beaucoup le soleil : celles qui sont exposées au Nord par exemple. La règle des trois jours (" il faut attendre trois jours après une chute de neige avant de sortir ") n’est donc pas à prendre au pied de la lettre. En effet, le tassement de la neige fraîche (qui est un facteur de stabilisation) est ralenti par le froid. Ainsi, si les températures sont très basses il faudra attendre plus de trois jours avant que le manteau neigeux ne se stabilise. Mais il est difficile de prévoir avec certitude combien de temps dure l’instabilité marquée du manteau neigeux après des chutes de neige.

Par ailleurs, les plaques à vent, à l’origine de ces fameuses avalanches de plaque si meurtrières, se forment sous l’action du vent. Il n’est donc pas nécessaire qu’il neige pour que ce type de plaques se mette en place : le vent, même modéré, suffit à créer une situation avalancheuse. Enfin, les plaques de neige (à vent ou non) peuvent rester instables longtemps après leur formation.
Souvenez-vous donc qu’il faut rester vigilant, même s’il n’a pas neigé depuis plusieurs jours !
Des avalanches même quand il y a peu de neige !
Lorsqu’il s’agit d’évaluer le risque d’avalanche, on entend souvent dire : "il n’y a pas beaucoup de neige, donc ça ne craint pas !". Attention, ce raisonnement est faux. Le risque d’avalanche ne dépend en effet pas directement de la hauteur de neige qui recouvre le sol de nos montagnes.

Il est beaucoup plus fonction de la solidité des liaisons entre les différentes couches de neige qui constituent le manteau neigeux. Si ces liaisons sont solides, le risque n’est pas important. Mais s’il existe une faiblesse (une " couche fragile ", comme disent les spécialistes) dans l’empilement des couches de neige du manteau neigeux, l’avalanche peut se produire, indépendamment de la hauteur de neige. Attention, donc, à ne pas se laisser influencer par un faible enneigement général : les statistiques montrent même que les hivers faiblement enneigés sont parmi les plus meurtriers.
Les faibles épaisseurs de neige (principalement entre novembre et février) sont en effet favorables à la formation de couches de neige sans cohésion. Celles-ci forment de mauvais ancrages pour la neige qui les recouvre (la liaison entre les deux couches est mauvaise). Les " fondations " du manteau neigeux sont alors fragiles. Elles peuvent donc casser et l’avalanche se produire.
De plus, quand il n’y a pas beaucoup de neige, vous allez la chercher dans les pentes où elle se trouve en plus grande quantité, c’est-à-dire dans des zones d’accumulations de neige transportée par le vent. Or cette neige a une qualité qui la rend propice à un déclenchement d’avalanche. Elle peut également être mal liée à la couche sous-jacente. Elle est donc particulièrement avalancheuse.

Méfiez-vous donc des avalanches, même (voire surtout) quand vous avez l’impression qu’il n’y a pas beaucoup de neige !
Avalanche : même une petite pente peut être dangereuse !
Lorsqu’il s’agit d’évaluer le risque d’avalanche, on entend dans certains cas dire : “c’est bon, c’est une petite pente”. Et même si ce raisonnement n’est pas fait consciemment, la faible taille de la pente que l’on veut descendre ou monter provoque généralement une baisse de notre prudence. Comme si les avalanches ne pouvaient se produire que sur des pentes d’une certaine importance. C’est malheureusement faux, et les rapports d’avalanche sont nombreux qui relatent des accidents sur des pentes aux dimensions réduites : attention, même une petite pente peut être dangereuse !

Prenons par exemple une plaque de neige de 50 m de large, de 10 m de longueur et de 20 cm d’épaisseur. Nous sommes d’accord pour dire que sa taille est faible. Elle représente malgré tout un volume de 100 m3, soit 10 à 30 tonnes de neige, en fonction de la qualité de cette neige. C’est énorme et en tout cas largement suffisant pour recouvrir une personne et l’ensevelir totalement. De plus, on peut décéder par asphyxie ou par hypothermie, même sous une faible épaisseur de neige.

Par ailleurs, même s’il n’y a pas ensevelissement de la victime, cette masse neigeuse en mouvement peut entraîner un skieur, un surfeur ou un randonneur à raquettes et être à l’origine de blessures plus ou moins graves, voire mortelles (chocs contre les blocs de neige, contre des rochers ou des arbres, saut de barres rocheuses, chute dans une crevasse).

Le dicton montagnard “rien qu’une hotte pleine de neige peut vous enlever la vie” prend donc ici tout son sens. Soyez donc attentif et vigilant même si vous voulez monter ou descendre dans une petite pente enneigée.
Avalanches et forêts !
Intéressons-nous ici à l’influence de la forêt sur le risque d’avalanche. Le sentiment de sécurité qu’elle nous procure souvent peut en effet être faux.

La forêt est utilisée comme élément de protection des villages et des habitations en montagne, contre les avalanches depuis longtemps. Mais la protection qu’elle offre au skieur, au snowboarder ou au randonneur est beaucoup moins nette, voire illusoire, à tel point que l’on dit souvent que la seule forêt sûre est la forêt qui est tellement dense qu’il n’est pas possible de skier dedans. Qu’en est-il vraiment ? Les arbres ont en fait une double influence sur la stabilité du manteau neigeux : par leurs branches et par leur tronc.

Dans le premier cas, il faut distinguer les forêts d’arbres qui gardent leurs feuilles en hiver, des forêts d’autres arbres. En effet, les branches des épicéas et des sapins, qui gardent leurs aiguilles même pendant l’hiver, interceptent la neige pendant sa chute. Lorsque que la quantité de neige qui se trouve sur les branches devient trop lourde, les branches ploient sous le poids de cette neige, et la laissent tomber sur le sol. Si la température n’est pas trop basse, ce sont donc généralement des paquets de neige lourde, déjà transformée, qui viennent s’accumuler et se tasser sous l’arbre. Cette neige est donc le plus souvent relativement bien stabilisée. Par contre, les feuillus et les mélèzes perdent leurs feuilles et aiguilles pendant l’hiver. L’interception de la neige pendant sa chute est donc quasiment nulle, et le manteau neigeux qui se trouve sous de tels arbres est très semblable à celui qui se dépose en terrain découvert.
Les troncs quant à eux, sont réputés servir d’ancrage au manteau neigeux : comme s’ils "clouaient" la neige sur le sol. Ce manteau neigeux s’appuierait aussi sur les troncs, qui l’empêcheraient donc de descendre plus bas. Ces effets dépendent en fait de la densité de troncs. Si la forêt est très dense, cela peut fonctionner, mais il n’est alors plus possible de skier entre les arbres.

La forêt n’empêche donc pas systématiquement le départ d’une avalanche, ni n’arrête une avalanche partie de plus haut. De plus, être pris dans une avalanche en forêt est beaucoup plus grave que sur un terrain non boisé, à cause des chocs contre les arbres, qui peuvent être mortels. Enfin, dans une forêt, il peut y avoir des clairières, qui ne sont pas sous l’influence éventuellement bénéfique des arbres et qui peuvent donc être avalancheuses. Mais bien souvent, la vigilance a diminué et l’on fait moins attention qu’en forêt.

N’oubliez donc pas qu’une avalanche peut avoir lieu même en forêt, surtout si elle est clairsemée !
Il y a aussi des avalanches au printemps et en été !
Ça y est, la saison des sports d’hiver est maintenant presque terminée, sauf pour les randonneurs qui vont la prolonger quelques semaines encore. Avec l’été vont venir d’autres formes de pratique de la montagne : la randonnée à pied et l’alpinisme, en particulier. Mais au gré de la météo et de l’altitude à laquelle vous vous promènerez, vous pourrez encore rencontrer de la neige. N’oubliez donc pas ce que nous avons vu ensemble tout au long de cet hiver, à l’occasion de ces chroniques.

En effet, il y a aussi des avalanches au printemps et en été. Même si elles sont moins présentes dans nos esprits, il faut se rappeler qu’elles ne dépendent pas de la saison. Il suffit qu’il y ait de la neige sur une pente, pour qu’un risque d’avalanche existe. Il sera évidemment plus ou moins fort en fonctions des conditions nivo-météorologiques et de la topographie, comme vous, fidèles lecteurs, le savez.
Deux études (Zuanon, 1995, et Jarry, Sivardière, 2000) ont effectivement montré que la période considérée “hors-saison” (du 1er mai au 15 décembre) connaît malheureusement un certain nombre d’accidents d’avalanche. Ainsi, s’il y a chaque année, en moyenne, trente décès par accident d’avalanche en France, on en déplore environ vingt pour-cent pendant la période précitée. Il ne s’agit donc pas d’un phénomène marginal, mais d’une réalité dont on ne peut pas contester l’importance. Par exemple, en 1997, ce sont même 8 personnes qui ont trouvé la mort dans une avalanche entre juillet et septembre, soit le tiers des décédés dans l’année.

Conservez donc vos bonnes habitudes hivernales : informez-vous avant de partir, soyez équipés de l’ensemble ARVA-pelle-sonde, soyez vigilant sur le terrain, et n’hésitez pas à faire demi-tour en cas de doute.
 

 

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