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les avalanches hors-saison : un risque méconnu (suite)
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Sommaire

" Présentation

" un risque méconnu (1° partie)

" Un exemple : le Mont Blanc du Tacul voie normale

" Ciao Lino ! hommage à Patrick Bérhault

" Avalanches hors-saison : nivologie et météorologie

" Vécu : petite plaque au Râteau, 26 octobre 2006
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Qui est touché ?

Ce n’est que depuis 1982 que l’on dispose d’informations sur l’activité des victimes d’avalanche. Celle-ci varie naturellement en fonction de la saison considérée : à l’automne, il s’agit de skieurs de randonnée, impatients de goûter aux premières neiges, puis de skieurs hors-piste (dès l’ouverture partielle de certaines stations d’altitude).

En fin de printemps, on trouve encore des skieurs de randonnée, qui sont peu à peu supplantés par des alpinistes. S’y ajoute un certain nombre d’usagers de la montagne qui semblent a priori moins exposés à ce risque, comme les promeneurs d’été. Les alpinistes arrivent en tête, avec, en 26 ans, 209 personnes emportées, suivis de près par les skieurs de montagne (196). On ne dénombre que 53 skieurs hors-piste, 10 skieurs sur piste et moins d’une vingtaine de personnes diverses (dont 4 sur des voies de communication et 2 sauveteurs).

Des avalanches plus meurtrières

Un accident d’avalanche hors saison fait généralement plus de dégâts qu’une avalanche classique. Le nombre de personnes emportées est supérieur, tout comme le nombre moyen de décès par accident. Sur la période 1971-2007, les avalanches durant la période hivernale (du 16 décembre au 30 avril) emportent en moyenne de 2,2 personnes par accident, dont 0,6 sont tuées ; en ce qui concernent celles qui se produisent hors saison (entre le 1er mai et le 15 décembre), les chiffres sont respectivement de 3,3 et 0,9, supérieurs de 50 % à ceux d’hiver. Ces avalanches hors saison se révèlent donc plus « dangereuses » que celles en saison. Quelques avalanches ont été particulièrement meurtrières, comme celle du 16 juillet 1974 (8 alpinistes entraînés dans une crevasse par une avalanche, tous décédés) ou la seule avalanche enregistrée hors saison sur une piste ouverte, celle du 21 novembre 1992 (10 skieurs emportés, 7 morts).

>>> Quelques accidents d’avalanche hors saison particulièrement dramatiques

• 13.12.1972 : 15 emportés, 3 morts
• 07.05.1974 : 10 emportés, 3 morts
• 12.05.1974 : 19 emportés, un mort
• 16.07.1974 : 8 emportés, 8 morts (alpinistes)
• 28.05.1981 : 11 emportés, 4 morts
• 12.11.1982 : 8 emportés, un mort (hors-piste)
• 05.12.1982 : 6 emportés, 4 morts (hors-piste)
• 04.05.1988 : 40 emportés, un mort (ski-alpinisme, passage du Petit Plateau
                    au Mont-Blanc à 3h45, chute de séracs puis avalanche ?)
• 13.07.1992 : 10 emportés, 2 morts (alpinisme, Mont-Blanc du Tacul)
• 19.07.1992 : 8 emportés, 2 morts (alpinisme, Tour Ronde)
• 21.11.1992 : 10 emportés, 7 morts (ski de piste)
• 28.07.1994 : 9 emportés, 9 morts (alpinisme, Petit Plateau au Mont-Blanc, chute de sérac,)
• 23.06.1996 : 15 emportés (alpinisme)
• 05.09.1996 : 14 emportés, 4 morts (alpinisme, Petite Ciamarella, plaque)
• 14.09.1997 : 9 emportés, 4 morts (alpinisme, Barre des Ecrins, palque)
• 10.08.1998 : 11 emportés (alpinisme)
• 30.05.1999 : 20 emportés, un mort (ski-alpinisme)
• 24.06.2001 : 7 emportés, 2 morts (alpinisme)
• 05.06.2005 : 11 emportés (alpinisme)
• 19.08.2006 : 8 emportés, 2 morts (alpinisme, Mont-Blanc du Tacul)
• 17.06.2007 : 6 emportés, 2 morts (alpinisme, Mont-Blanc du Tacul)

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Conclusions provisoires et pistes de recherche

Les statistiques montrent que des avalanches peuvent se produire en toute saison, été comme hiver. Elles ne sont donc pas l’apanage de la saison de ski, et se révèlent en outre en moyenne plus meurtrières hors saison qu’en hiver. Même si l’on peut émettre des critiques sur l’utilisation et l’interprétation de ces statistiques, les chiffres, dans toute leur froideur, sont là : en moins de 40 ans, plus de 200 avalanches se sont produites à une période de l’année au cours de laquelle, a priori, on ne les attendait pas, et elles ont provoqué la mort de près de 200 personnes.
À partir de ce constat, on peut esquisser trois pistes de réflexion et d’action.


' Peut-on améliorer la prévision et l’information ? Des efforts ont été faits en France dans ce sens : Météo-France fournit depuis l’hiver 1993-94 des informations (réduites) sur la situation nivologique en avant - et arrière-saison (bulletins INA bi-hebdomadaires). On se heurte cependant au problème de la rareté des données durant ces périodes en raison de la fermeture du réseau d’observation nivo-météo. Les stations automatiques, en particulier celles du réseau Nivôse (voir dans ce même numéro l’article de la rubrique Science), sont alors la principale source de renseignements. En cas de situation critique, on pourrait envisager la mise à contribution d’autres réseaux d’information, notamment celui que constituent les gardiens de refuge. Toutefois le caractère soudain et parfois très localisé de certains phénomènes (orage accompagné de chute de grésil par exemple) rend parfois peu pertinente une prévision à l’échelle d’un massif. Des progrès dans ce domaine à court terme, et également à moyen terme, sont à attendre plus dans une densification des réseaux d’observation que dans l’amélioration des modèles numériques de prévision du temps.

' Encore faudrait-il améliorer la perception du danger. Le nombre relativement élevé d’accidents, ainsi que leur caractère généralement plus meurtrier, amène à se poser naturellement la question de la perception du risque d’avalanche hors saison. Parmi les idées fausses qui prospèrent dans la tête de bon nombre de montagnards, il en est une qui dit qu’il n’y a pas d’avalanches en été. Tout se passe comme si avant Noël et après Pâques, le montagnard baissait la garde, attachant alors moins d’importance à l’évolution du manteau neigeux qu’aux autres précautions de sécurité, nécessaires au demeurant (crevasses, chutes de pierres…). à ce propos, le fait pour des alpinistes d’être encordés constitue souvent un facteur aggravant en cas d’avalanche, comme en témoigne le nombre moyen de personnes emportées lors d’un accident, plus important en été qu’en hiver. La cause en est des distances de sécurité difficiles voire impossibles à respecter, ainsi que l’entraînement dans l’avalanche, du fait de l’encordement, d’un plus grand nombre de personnes.


 ' Comment améliorer la prévention et les secours ? On n’a pu se livrer à une étude détaillée sur les moyens de localisation. Si l’on comparait hiver et
hors hiver, on mettrait certainement en évidence le très faible rôle salvateur joué par les arvas en été. Le port de ces appareils est loin d’être entré dans les moeurs des pratiquants de l’alpinisme estival faisant des courses de neige. Cet élément en est un supplémentaire permettant d’expliquer pourquoi les avalanches hors saison sont plus meurtrières.


Terminons par une anecdote, qui aurait pu être dramatique : il y a quelques dizaines d’années, une panne temporaire du téléphérique de l’Aiguille du Midi retarda le départ des alpinistes. Cela les protégea de la grosse avalanche qui balaya la face nord du Mont-Blanc du Tacul en début de matinée…
Ainsi, le jour où chaque pratiquant de la montagne, qu’il soit amateur ou professionnel sera convaincu que, quelle que soit la saison, il peut exister un risque d’avalanche en fonction de certaines conditions et que les précautions de rigueur en hiver (port du trio DVA-pelle-sonde, distances de sécurité, savoir observer et éventuellement renoncer) n’ont rien de ridicule à une autre saison que l’hiver, on aura fait un grand pas en avant sur le chemin de la sécurité et de la lutte contre les accidents d’avalanche.

Jean-Paul ZUANON

 

 

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