Un peu de méthode
Afin de donner une certaine rigueur à
cette étude, il a fallu définir quelques
règles. Cette analyse se base sur
les statistiques tenues par l’ANENA
depuis l’hiver 1971-72 et publiées
chaque année dans la revue « Neige
et Avalanches ».
On n’a retenu que
les accidents réels ayant impliqué des
personnes et entraîné l’intervention de
secours extérieurs. Les incidents dans
lesquels les victimes se sont sorties
d’affaire seules ou avec l’aide de leurs
camarades n’ont pas été pris en compte
puisqu’ils ne sont pas toujours connus.
La période d’étude retenue va du 1er
mai au 15 décembre. Elle correspond
à tout ce qui se situe en dehors de la
saison de ski alpin, c’est-à-dire à la
période pendant laquelle la majeure
partie des stations de ski sont fermées.
Par ailleurs, pendant ces sept mois
et demi, on ne dispose pas des
informations nivologiques détaillées
contenues dans le Bulletin d’estimation
du Risque d’Avalanche (BRA) (on
dispose simplement, mais uniquement
au printemps et à l’automne, d’un
bulletin d’information plus réduit, l’INA,
réactualisé seulement deux fois par
semaine).
Par convention, on définira
cette période comme « hors saison ».
Pour les chutes de séracs, on s’est
conformé à la règle définie par la CISA IKAR
: ne sont prises en considération
que celles provoquant ensuite une
avalanche, à l’exclusion des seules
chutes de blocs de glace.
Pour ne pas alourdir les résultats,
seules deux variables considérées
comme essentielles ont été retenues :
le nombre de personnes emportées
et le nombre de décès.
Les données
relatives aux personnes ensevelies et/
ou blessées n’ont pas été analysées.
Il va de soi que, comme dans toute étude
statistique, il faut se garder d’accorder
aux chiffres plus d’importance qu’ils
n’en ont réellement. Plus qu’aux
valeurs absolues, dont on pourra
toujours contester le bien-fondé, on doit
s’attacher aux tendances de fond.
Quelle est l’importance du
phénomène ?
Il faut d’abord rappeler quelques
données d’ensemble sur les accidents
d’avalanche en France.
Entre 1971 et 2007 (36 années de
référence), il y a eu pratiquement 1 600
accidents recensés, au cours desquels
près de 3 900 personnes ont été
emportées, dont 1 080 sont décédées.
Le bilan moyen d’une saison est de 44
accidents, à l’origine de 30 décès, mais
cette notion moyenne a peu de sens
dans la mesure où il y a de très fortes
variations d’une année à l’autre (valeurs
extrêmes 11 et 57 décès).
En ce qui concerne les avalanches
« hors saison », on totalise sur la
même période 211 accidents, avec
702 personnes emportées, dont 187
décédées. On peut donc considérer en
gros qu’un décès par avalanche sur six
est dû à une avalanche « hors saison ».
(Cf. tableau et graphique 1)
De grosses différences d’une
année à l’autre
Si l’on analyse chacun des pourcentages
annuels de décès imputables à des
avalanches hors saison par rapport à
l’ensemble des accidents d’une année entière, on constate de fortes variations
d’une année à l’autre par rapport à la
moyenne sur les 36 années étudiées,
qui est de 17 %.
À la triste période hors
saison 1974 record (17 victimes sur les
26 de l’année 1973-74, soit plus de 65 %)
s’opposent plusieurs autres périodes
où la proportion a été au contraire
très faible, inférieure à 5 % : 1975-76,
1983-84 ,1986-87, 1989-90 et 2003-04
Les saisons sans le moindre décès hors
saison sont toutefois exceptionnelles :
on en compte seulement trois en 36
ans (1971-72, 1974-75 et 2004-05).
En
raison de ces fluctuations, il est difficile
de définir une tendance générale. Une
statistique par décennie ne met en
évidence d’évolution significative ni
dans un sens ni dans l’autre, seulement
des fluctuations : 21 % des décès pour
la période 1971-1980, 15 % pour la
décennie suivante, un peu plus de
20 % entre 1991 et 2000, et enfin un
peu moins de 10 % pour la période
2000-2007.
Une étude fine des conditions
climatiques et nivo-météorologiques
ayant prévalu durant chaque période
hors saison permettrait probablement
d’expliquer ces importantes variations
inter-annuelles. Cela permettrait peut-être
également de définir éventuellement
des situations à risques.
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| tableau et graphique 1 |
| Nombre de décès par avalanche hors-saison |
Été ou automne ?
Si l’on analyse les résultats par quinzaine
(graphique 2), on remarque qu’il y a
deux périodes critiques, quel que soit
le critère pris en compte (nombre
d’accidents, nombre de personnes
emportées, nombre de décès) : les
deux quinzaines qui encadrent la
saison de ski alpin (1er-15 décembre et
1er-15 mai).
Des deux, c’est la première quinzaine
de mai qui est la plus meurtrière (31
décès) sur la période étudiée. Elle est
donc suivie par la première quinzaine
de décembre (26 décès), puis par la
deuxième quinzaine de juillet (peu
d’accidents, mais très meurtriers,
22 décès).
Ces trois quinzaines
représentent à elles seules pratiquement
la moitié des décès hors saison.
Les dangers d’avalanche ne doivent
cependant pas être négligés en
novembre (14 décès pendant la
première quinzaine, 11 au cours de la
seconde). Les mois au cours desquels
l’occurence d’accident est la plus faible.
sont août (11 décès) et octobre (10
décès).
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| Graphique 2 - Répartition par quinzaine du nombre de victimes d'avalanches hors saison (total cumulé). |
Toutes ces données n’ont évidemment
qu’une valeur relative. Pour qu’elles
prennent tout leur sens, il faudrait
les pondérer en tenant compte de
l’importance de la fréquentation de la
montagne durant la période considérée.
En l’absence d’outils permettant
d’évaluer de façon précise cette
fréquentation, on en est réduit à des
approximations. Les deux quinzaines
encadrant la saison « officielle » de ski
sont aussi celles durant lesquelles il y
a déjà, ou encore, une fréquentation
relativement importante de la montagne
(ski alpin et surtout ski de randonnée),
et les chiffres enregistrés n’ont donc
rien de vraiment surprenant. Le sont
beaucoup plus ceux concernant la
« morte-saison » (aussi bien pour
le ski que pour l’alpinisme) allant du
1er septembre au 30 novembre. En
effet, près d’un décès sur trois par
avalanche « hors saison » en France
se produit durant cette période de faible
fréquentation. Cette saison n’est peut-être
en fait pas aussi « morte » qu’on
le pense.
Qui est touché ?
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