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les avalanches hors-saison : un risque méconnu
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Sommaire

" Présentation

" Avalanches hors-saison : un risque méconnu

" Un exemple : le Mont Blanc du Tacul; voie normale

" Ciao Lino ! hommage à Patrick Bérhault

" Avalanches hors-saison : nivologie et météorologie

" Vécu : petite plaque au Râteau, 26 octobre 2006
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Avant de proposer des actions d’information et de prévention ciblées, il faut d’abord répondre à quelques questions :

quelle est l’importance quantitative du phénomène et son poids par rapport à l’ensemble des accidents d’avalanche ?

 ' existe-t-il des périodes « à risques » ?

' quels sont les publics touchés (quelle activité, sportive ou non) ?

>>>> Un accident d'avalanche
hors-saison fait généralement plus de dégâts qu'une avalanche hivernale. Le nombre de personnes entraînées est supérieur, tout comme le nombre moyen de décès par accident.

Un peu de méthode

Afin de donner une certaine rigueur à cette étude, il a fallu définir quelques règles. Cette analyse se base sur les statistiques tenues par l’ANENA depuis l’hiver 1971-72 et publiées chaque année dans la revue « Neige et Avalanches ».
On n’a retenu que les accidents réels ayant impliqué des personnes et entraîné l’intervention de secours extérieurs. Les incidents dans lesquels les victimes se sont sorties d’affaire seules ou avec l’aide de leurs camarades n’ont pas été pris en compte puisqu’ils ne sont pas toujours connus.

La période d’étude retenue va du 1er mai au 15 décembre. Elle correspond à tout ce qui se situe en dehors de la saison de ski alpin, c’est-à-dire à la période pendant laquelle la majeure partie des stations de ski sont fermées. Par ailleurs, pendant ces sept mois et demi, on ne dispose pas des informations nivologiques détaillées contenues dans le Bulletin d’estimation du Risque d’Avalanche (BRA) (on dispose simplement, mais uniquement au printemps et à l’automne, d’un bulletin d’information plus réduit, l’INA, réactualisé seulement deux fois par semaine).

Par convention, on définira cette période comme « hors saison ». Pour les chutes de séracs, on s’est conformé à la règle définie par la CISA IKAR : ne sont prises en considération que celles provoquant ensuite une avalanche, à l’exclusion des seules chutes de blocs de glace. Pour ne pas alourdir les résultats, seules deux variables considérées comme essentielles ont été retenues : le nombre de personnes emportées et le nombre de décès.

Les données relatives aux personnes ensevelies et/ ou blessées n’ont pas été analysées. Il va de soi que, comme dans toute étude statistique, il faut se garder d’accorder aux chiffres plus d’importance qu’ils n’en ont réellement. Plus qu’aux valeurs absolues, dont on pourra toujours contester le bien-fondé, on doit s’attacher aux tendances de fond.

Quelle est l’importance du phénomène ?

Il faut d’abord rappeler quelques données d’ensemble sur les accidents d’avalanche en France. Entre 1971 et 2007 (36 années de référence), il y a eu pratiquement 1 600 accidents recensés, au cours desquels près de 3 900 personnes ont été emportées, dont 1 080 sont décédées.
Le bilan moyen d’une saison est de 44 accidents, à l’origine de 30 décès, mais cette notion moyenne a peu de sens dans la mesure où il y a de très fortes variations d’une année à l’autre (valeurs extrêmes 11 et 57 décès).
En ce qui concerne les avalanches « hors saison », on totalise sur la même période 211 accidents, avec 702 personnes emportées, dont 187 décédées. On peut donc considérer en gros qu’un décès par avalanche sur six est dû à une avalanche « hors saison ». (Cf. tableau et graphique 1)

De grosses différences d’une année à l’autre

Si l’on analyse chacun des pourcentages annuels de décès imputables à des avalanches hors saison par rapport à l’ensemble des accidents d’une année entière, on constate de fortes variations d’une année à l’autre par rapport à la moyenne sur les 36 années étudiées, qui est de 17 %.

À la triste période hors saison 1974 record (17 victimes sur les 26 de l’année 1973-74, soit plus de 65 %) s’opposent plusieurs autres périodes où la proportion a été au contraire très faible, inférieure à 5 % : 1975-76, 1983-84 ,1986-87, 1989-90 et 2003-04 Les saisons sans le moindre décès hors saison sont toutefois exceptionnelles : on en compte seulement trois en 36 ans (1971-72, 1974-75 et 2004-05).
En raison de ces fluctuations, il est difficile de définir une tendance générale. Une statistique par décennie ne met en évidence d’évolution significative ni dans un sens ni dans l’autre, seulement des fluctuations : 21 % des décès pour la période 1971-1980, 15 % pour la décennie suivante, un peu plus de 20 % entre 1991 et 2000, et enfin un peu moins de 10 % pour la période 2000-2007.
Une étude fine des conditions climatiques et nivo-météorologiques ayant prévalu durant chaque période hors saison permettrait probablement d’expliquer ces importantes variations inter-annuelles. Cela permettrait peut-être également de définir éventuellement des situations à risques.

tableau et graphique 1
Nombre de décès par avalanche hors-saison

Été ou automne ?

Si l’on analyse les résultats par quinzaine (graphique 2), on remarque qu’il y a deux périodes critiques, quel que soit le critère pris en compte (nombre d’accidents, nombre de personnes emportées, nombre de décès) : les deux quinzaines qui encadrent la saison de ski alpin (1er-15 décembre et 1er-15 mai). Des deux, c’est la première quinzaine de mai qui est la plus meurtrière (31 décès) sur la période étudiée. Elle est donc suivie par la première quinzaine de décembre (26 décès), puis par la deuxième quinzaine de juillet (peu d’accidents, mais très meurtriers, 22 décès).
Ces trois quinzaines représentent à elles seules pratiquement la moitié des décès hors saison. Les dangers d’avalanche ne doivent cependant pas être négligés en novembre (14 décès pendant la première quinzaine, 11 au cours de la seconde). Les mois au cours desquels l’occurence d’accident est la plus faible. sont août (11 décès) et octobre (10 décès).

 

Graphique 2 - Répartition par quinzaine du nombre de victimes d'avalanches hors saison (total cumulé).



Toutes ces données n’ont évidemment qu’une valeur relative. Pour qu’elles prennent tout leur sens, il faudrait les pondérer en tenant compte de l’importance de la fréquentation de la montagne durant la période considérée. En l’absence d’outils permettant d’évaluer de façon précise cette fréquentation, on en est réduit à des approximations. Les deux quinzaines encadrant la saison « officielle » de ski sont aussi celles durant lesquelles il y a déjà, ou encore, une fréquentation relativement importante de la montagne (ski alpin et surtout ski de randonnée), et les chiffres enregistrés n’ont donc rien de vraiment surprenant. Le sont beaucoup plus ceux concernant la « morte-saison » (aussi bien pour le ski que pour l’alpinisme) allant du 1er septembre au 30 novembre. En effet, près d’un décès sur trois par avalanche « hors saison » en France se produit durant cette période de faible fréquentation. Cette saison n’est peut-être en fait pas aussi « morte » qu’on le pense.

Qui est touché ?

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