En cette fin octobre, nous décidons de monter au Râteau Ouest (3769 m) par le pilier Candau. Il a neigé à haute altitude durant les jours précédents, et nous pouvons observer pendant la montée au refuge de la Selle les faces nord alentour bien blanchies. La météo prévoit du beau temps, avec toutefois un fort vent de sud.
Le lendemain, le vent se fait effectivement bien sentir, et les nuages passent à vive allure au-dessus de nos têtes. Malgré le soleil et l’orientation sud de notre itinéraire, l’impression de froid est vive. Durant l’escalade, nous remarquons qu’une grande plaque s’est détachée sous la Tête Sud du Replat.
Nous mettons un peu plus de temps que prévu pour effectuer l’ascension, et le soleil n’est pas loin de se coucher lorsque nous débouchons sur l’arête sommitale. Le vent y souffle avec encore plus de violence et provoque une forte chasse-neige, malgré le peu de neige transportable en versant sud. Nous décidons de descendre corde tendue l’arête menant au col de la Girose. Mon compagnon de cordée commence la descente, tandis que je l’assure à l’épaule le temps que la corde se déroule. Au moment où il traverse le haut d’un petit couloir enneigé en forme d’entonnoir et orienté nord, une plaque se détache et le déstabilise. Étant assis, avec déjà une bonne distance de corde déroulée, je n’ai aucun mal à le retenir, tandis que la coulée file vers le bas et saute des barres au-dessus du glacier de la Girose…
Nous poursuivons notre descente et rentrerons au refuge sans autre souci.
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| "…nous remarquons qu’une grande plaque s’est détachée sous la Tête Sud du Replat. " |
La plaque qui s’est décrochée était petite (une trentaine de centimètres d’épaisseur au maximum, sur cinq à huit mètres de large), mais suffisante pour déséquilibrer une personne et provoquer sa chute. Si nous nous n’étions pas encordés, cette petite plaque aurait pu avoir de graves conséquences. La configuration du couloir, très raide et surplombant des barres rocheuses, constituait en effet ici un facteur aggravant des conséquences de cette mini avalanche.
Luc Daniel. |