En ce qui concerne le ou les types d’avalanche se produisant hors saison, l’analyse des accidents mortels survenus durant ces 18 dernières années montre que la très grande majorité (les deux tiers) des décès sont dus à une avalanche de plaque déclenché accidentellement.
Les avalanches parties spontanément sont, quant à elles, à l’origine de près d’un décès sur cinq ; il s’agit alors le plus souvent d’avalanches de neige humide.
Enfin, celles provoquées par une chute de sérac (sous forme d’avalanche de plaque ou non) sont peu fréquentes (un accident sur quinze), mais proportionnellement très meurtrières (un peu plus d’une victime sur neuf).
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Avalanche de neige humide dans le massif de Belledonne, à la mi-mai. |
Revenons aux avalanches de plaque. Cause quasi-exclusive des accidents mortels durant la saison hivernale, elles sont donc également la première cause de décès par avalanche hors saison. On peut alors se demander s’il existe une différence entre une plaque d’hiver et une plaque d’été. Sur le plan de la nivologie, c’est la même chose : dans les deux cas, le manteau neigeux renferme une structure de plaque, c’est-à-dire qu’une (ou plusieurs) couche de neige sèche présentant une certaine cohésion (de frittage) repose sur une couche plus fragile, constituée de neige sèche également.
Ce constat n’a rien de surprenant : en été, chaque chute de pluie, même en période chaude, se traduit par une chute de neige en haute montagne. Ainsi, dans les Alpes au-dessus de 4 000 m d’altitude, il ne pleut presque jamais. Par conséquent, pendant les jours de mauvais temps estival, les conditions à haute altitude correspondent à celles qui règnent en hiver ou au début du printemps en moyenne montagne. Qui dit chute de neige dit donc risque de formation de plaques, à haute altitude, mais également de départs spontanés d’avalanches sous l’action du très puissant rayonnement solaire d’été, une fois les éclaircies de retour.
La différence entre le risque d’avalanche en été et celui en hiver est la rapidité d’évolution : si, en hiver, un risque de déclenchement d’avalanche de plaque peut perdurer souvent plusieurs jours, et parfois plusieurs semaines en fin et début d’année, la disparition de ces instabilités est en revanche généralement très rapide en été, période de l’année où le soleil s’approche du zénith. Il en est de même avec les purges et avalanches de neige humide, qui se produisent dès le retour du soleil. Il faut toutefois éviter des raccourcis trop rapides : parfois, en plein été, notamment en août quand le soleil commence à décliner, et plus encore en septembre, les conditions météorologiques deviennent suffisamment froides à haute altitude pour ralentir considérablement la transformation de la neige, et maintenir ainsi le danger plus longtemps.
En ce qui concerne le contexte nivo-météorologique, la plupart des accidents d’avalanche de plaque se produisent avec des chutes de neige tombées récemment, la veille ou l’avant-veille. Les quelques exceptions à ce fait correspondent soit à des manteaux neigeux encore hivernaux dans les faces nord d’altitude au printemps, soit à des chutes de neige un peu plus anciennes que datant de 24 ou 48 heures, mais qui se sont très peu transformées, du fait d’un air ambiant particulièrement froid ou bien d’un soleil de fin d’été moins vaillant.
Les massifs dans lesquels sont susceptibles de se produire ces avalanches hors saison ne sont pas tout à fait les mêmes suivant l’époque de l’année. Au printemps et en automne, tous les massifs d’altitude suffisante (dont les points culminants approchent, ou dépassent, les 3 000 m) sont susceptibles d’être le siège d’une avalanche. En revanche, durant la période estivale, c’est-à-dire de juin à septembre, seuls les hauts massifs sont concernés. C’est alors très logiquement le plus haut de ces massifs, celui du Mont-Blanc, qui totalise le plus grand nombre de victimes, avec un peu plus des deux tiers. L’Oisans en comptabilise, pour sa part, près du quart, et les hauts massifs de la Savoie sont le siège des dix pour cent restant.
Quant aux situations météorologiques associées à ces accidents d’avalanche hors saison, il est possible de regrouper dans deux familles bien distinctes d’une part toutes celles qui correspondent à des avalanches de neige humide, d’autre part toutes celles liées à des avalanches de plaque (voir chacune des deux cartes météo).
La première correspond à des situations qui donnent sur nos massifs du beau temps chaud ou très chaud. Ce sont des avalanches de neige humide qui peuvent alors se produire. Lors de telles situations, si, à haute altitude, il avait neigé la veille ou l’avant-veille, ces avalanches sont constituées de neige récente humide ; le temps est alors bien sûr chaud, mais pas nécessairement très chaud : le thermomètre se cantonne le plus souvent sous les 30° dans les vallées, et l’altitude de l’isotherme 0° est voisine de 3 500 m. En revanche, si la neige en place est plus ancienne, des avalanches de neige humide surviennent quand il fait vraiment très chaud : le thermomètre atteint ou dépasse les 30°C en fond de vallée et l’isotherme 0°C est très haute, vers 4 000 m, ou un peu plus.
La seconde famille, qui contribue pour environ deux fois plus aux accidents d’avalanche hors saison que la première, regroupe les différents types de temps perturbés qui occasionnent précipitations et vents forts (en altitude), et, en conséquence, la formation de plaques dans certaines pentes d’altitude suffisante (en général supérieure ou égale à celle de l’isotherme 0°C). Dans cette famille, aucun régime perturbé n’est privilégié : il peut en effet s’agir aussi bien d’un flux de sud que d’ouest ou de nord, voire d’est («retours d’est»). Sous nos climats, ces situations de mauvais temps peuvent affecter nos massifs n’importe quand. Seule la probabilité que cela arrive varie selon l’époque de l’année : assez faible durant l’été, elle est plus élevée de l’automne au milieu du printemps.
En montagne, cela se traduit ainsi : si une telle situation se produit durant l’hiver, le risque d’avalanches, essentiellement de plaque, peut affecter une vaste plage d’altitudes, souvent jusqu’en moyenne montagne ; si c’est au printemps ou en automne, les altitudes concernées sont plus élevées, généralement à partir de 2 200 à
2 800 m, correspondant à la zone des alpages ainsi que plus haut ; enfin, si elle survient en été, la haute montagne, à des altitudes supérieures ou égales à 3 500 m environ, est, à de rares exceptions près, la seule affectée.
Quant aux situations météorologiques associées aux avalanches causées par une chute de sérac, on peut difficilement essayer de les regrouper au sein d’une même famille, car le nombre d’évènements recensés est trop restreint. Les quelques cas disponibles ne semblent pas constituer une famille aussi homogène que celles correspondant aux deux autres types d’avalanches hors saison. Ceci concorderait avec le fait que les chutes de séracs ont la réputation de pouvoir se produire n’importe quand. Il faudrait disposer d’un nombre de cas nettement plus élevé pour tenter de tirer de véritables conclusions.
Sur le plan de l’information, on ne dispose pas, en période hors saison, du Bulletin quotidien d’estimation du Risque d’Avalanche (BRA). Néanmoins, la survenue de situations météorologiques qui font augmenter de façon très importante le risque d’avalanches sera signalée dans le bulletin météo « montagne ». De plus, entre le 1er mai et le 15 juin ou bien entre le 1er novembre et le 15 décembre, une information (réduite) concernant la neige et avalanches sera également disponible au moins deux fois par semaine (en principe le lundi et le jeudi), via le bulletin d’Information Neige et Avalanches (INA).

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Exemples de carte météo (pression au niveau de la mer, centres d’action et fronts perturbés) pour chacune des deux familles de situations météorologiques associées aux avalanches hors saison :
ci-dessus : famille « beau temps très chaud » ; c i-dessous : famille « temps perturbé » |
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Daniel Goetz : Météo-France / Centre d'Études de la Neige
Gilles Brunot : Météo-France / CDM Chamonix
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