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Un exemple : le Mont-Blanc du Tacul, voie normale
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Sommaire du dossier

" Présentation

" Avalanches hors-saison : un risque méconnu

" Un exemple : le Mont-Blanc du Tacul ; voie normale

" Ciao Lino ! hommage à Patrick Bérhault

" Avalanches hors-saison : nivologie et météorologie

" Vécu : petite plaque au Râteau, 26 octobre 2006
'

Une des rimaye du Mont-Blanc de Tacul

Première étape de la traversée du Mont-Blanc, le Mont-Blanc du Tacul est
un « 4000 » de proximité, de difficulté modérée, desservi par le téléphérique de l’Aiguille du Midi et le refuge des Cosmiques.
Il est difficile de résister à l’attrait de ce sommet, si proche de la civilisation… ce qui ne l’empêche pas d’être parfois très engagé. La forte fréquentation de la voie normale peut donner un faux sentiment de sécurité. On y compte parfois quatre-vingt personnes à la fois dans la face. La pente y est soutenue et l’itinéraire louvoie entre crevasses et rimayes.
Des avalanches, naturelles ou accidentelles, d’ampleur variable y sont observées une dizaine de fois en moyenne chaque été (de juin à septembre1).
Certaines font des victimes, comme en 2004, 2005 , 2006 ou 2007. Ce phénomène ne doit pas être négligé par les alpinistes.

L’hiver en été

À ces altitudes élevées, il neige quelle que soit la saison, le vent souffle la plupart du temps et les températures sont généralement négatives. Tous les ingrédients sont réunis pour la formation de plaques. On retrouve la structure classique : une couche de neige (plus ou moins) dure reposant sur une couche fragile, parfois composée de grains à faces planes ou, plus souvent, de neige roulée. La formation de celle-ci est liée à des nuages d’orage, de type cumulo-nimbus, beaucoup plus fréquents en été que le reste de l’année. Les accumulations peuvent atteindre plusieurs centimètres et constituent de véritables roulements à bille pour de nouvelles couches. Quel que soit le type de plaque (dure ou friable) et la nature de la couche fragile, l’instabilité peut subsister plusieurs jours. La plaque tend à se stabiliser avec le retour du beau temps, mais le vent peut retarder la consolidation.
Ces avalanches peuvent être accidentelles ou naturelles. Dans le premier cas, il faut rappeler qu’un alpiniste progressant à pied exerce une contrainte ponctuelle plus forte sur le manteau neigeux qu’un skieur, dont le poids est réparti sur une plus grande surface. Le risque de déclenchement accidentel est donc plus important à pied qu’à ski. En outre, le fait d’évoluer à pied exclut toute fuite latérale, comme il est parfois possible de le faire à ski.
Les plaques peuvent aussi partir naturellement, le plus souvent pendant la chute de neige ou lors d’un épisode venteux. Avec le retour du beau temps, le résultat est parfois observable à l’œil nu depuis Chamonix. Ces avalanches sont rarement meurtrières puisqu’elles se produisent pendant la perturbation, alors que la montagne est généralement déserte.

Un autre type spécifique d’avalanche naturelle est à signaler dans le secteur Tacul-Maudit. Les chutes de séracs peuvent être le facteur déclenchant d’une avalanche et ce, quelles que soient les conditions nivologiques du moment. Lorsqu’un sérac de plusieurs dizaines ou plusieurs centaines de tonnes tombe, l’énergie d’impact est telle que l’avalanche part, même si le manteau neigeux est dur sur toute son épaisseur. On peut même observer un aérosol alors que la neige est regelée. Ces chutes se produisent de façon aléatoire, de jour comme de nuit, été comme hiver, et c’est un phénomène complètement imprévisible. La seule manière de s’en prémunir est évidemment d’éviter de passer au-dessous d’une barre de séracs, ou d’y rester le moins longtemps possible.
La partie inférieure du Mont-Blanc du Tacul est dominée par une barre de séracs instables, située sur la gauche du glacier en montant. On reste exposé du pied de la pente jusqu’à la rimaye située à 3 700 mètres environ. Certaines années, une deuxième barre de séracs peut surplomber la partie médiane. Quant à la partie supérieure, elle est relativement épargnée malgré quelques séracs isolés.
La dangerosité de cet itinéraire variant beaucoup d’une année sur l’autre, il est fortement conseillé de se renseigner auprès de l’Office de Haute-Montagne de Chamonix.

Mieux vaut prévenir…

Il faut admettre que les pratiquants de l’alpinisme estival, en particulier sur les itinéraires très populaires du Mont-Blanc, ne sont que peu familiarisés avec les avalanches. Le PGHM de Chamonix, par la voix de son commandant, appelle les pratiquants au respect des règles de sécurité. « Elles participent à plus de sécurité, rappelle Régis Lavergne, mais elles ne garantissent pas la sécurité totale » On ne peut que minimiser les risques. Il recommande donc le port du fameux trio ARVA-pelle-sonde même en été. Ajoutés au matériel d’orientation, ce ne sont que des éléments apportant plus de sécurité, au même titre que le respect des distances de sécurité, le choix de l’itinéraire et la lecture du terrain, la connaissance (et la prise en compte) de la météo passée et à venir, l’expérience, l’entraînement, l’éventuel recours à un professionnel.
David Ravanel, guide de haute-montagne en charge des actions de prévention à Chamonix, pense que, au-delà du matériel, ce sont d’abord un comportement et un état d’esprit qu’il faut adopter. Il faut aborder ces pentes comme une pente en hiver. Après une forte chute de neige, « il faut être capable de patienter avant de se lancer. Ensuite, il est important de respecter un espacement suffisant entre cordées. Le fait de voir d’autres alpinistes traçant la voie normale n’est pas un gage de sécurité. Il faut se faire sa propre idée ».

Conclusion

Le Mont-Blanc du Tacul n’est pas le seul « point chaud » du massif. Le Mont-Maudit est son alter ego : même orientation, même degré de pente, mêmes séracs menaçants, mais les accidents s’y révèlent plus rares, sans doute à cause d’une fréquentation moindre. Quant au Petit Plateau sur l’itinéraire des Grands Mulets au Mont-Blanc, il présente un cheminement exposé à des chutes de séracs spectaculaires, mais il est peu fréquenté l’été.
Partant du constat que les accidents de ces dernières années ont eu lieu après d’importantes chutes de neige, la patience devient une vertu indispensable pour tenter l’ascension du Mont-Blanc du Tacul avec le maximum de sécurité : il faut attendre de bonnes conditions.

>>> En cas de doute, souvenez-vous : il vaut mieux regretter une course que l’on n’a pas faite plutôt qu’une course qu’on a faite et qui s’est mal terminée...

Les accidents mortels par avalanche sur la voie normale du Mont-Blanc du Tacul restent un phénomène relativement rare malgré la forte fréquentation de la voie normale. L’Anena a recensé, hors saison, de
1989-90 à 2006-07, 6 accidents mortels à l’origine de 12 décès sur la voie normale du Mont-Blanc du Tacul, et 2 accidents mortels à l’origine de 3 décès sur la face Nord du Mont-Maudit.
Ces chiffres sont à mettre en rapport avec la centaine de décès survenus chaque année dans le massif.
Ces accidents sont survenus après d’importantes chutes de neige.
La plupart des décès sont d’origine traumatique, plus rarement par asphyxie, ce qui tranche avec les avalanches classiques d’hiver.

Secours en avalanche sur glacier

Les avalanches en terrain glaciaire ne sont pas tout à fait comme les autres. Il s’y ajoute la présence de crevasses, parfois largement ouvertes, dans lesquelles une cordée, emportée par une coulée même modeste, peut être précipitée. Les victimes se trouvent alors bien souvent ensevelies sous plusieurs mètres de neige.
La zone de dépôt est confinée à une petite surface malgré la grande quantité de neige. L’auto-sauvetage ou le secours apporté par des cordées voisines reste bien souvent illusoires. à la complexité technique de descendre dans la crevasse s’ajoute la difficulté de creuser et d’évacuer la neige très dense accumulée au fond du trou.
Il faut reconnaître là la limite des « moyens du bord » et la nécessité de faire appel aux secours organisés.

Trois techniques permettant de creuser rapidement avec un effectif réduit sont possibles. Elles sont le résultat de discussions et d’échanges entre les secouristes professionnels du Triangle, qui rassemble les professionnels de Suisse, Italie et France :

découpe à la tronçonneuse de blocs de neige, évacués par un réseau de gouttières,

' utilisation d’une petite fraise à neige pour creuser et concasser la neige dense, pour l’évacuer ensuite par des gouttières,

' injection d’un liquide déglaçant qui permet de faire fondre à grande vitesse la neige recouvrant les victimes. En raison des quantités importantes de neige à faire fondre, ce système reste dans ce cas précis peu adapté.
En tout état de cause, la localisation préalable de la victime à la sonde est nécessaire afin de positionner le matériel au bon endroit, par souci d’efficacité et pour éviter de blesser la victime.

Exercice de la " Triangulaire du Secours en Montagne " - Essai de de la fraise à neige.
 
Exercice de la " Triangulaire du Secours en Montagne " - Découpe de blocs de neige à la tronçonneuse.



« Ces opérations sont à haut risque » précise le commandant Lavergne qui dirige le PGHM de Chamonix. Le risque de suravalanche est un danger permanent pour les secouristes, d’autant que pendant les recherches, la voie normale continue à être fréquentée. Le risque qu’une cordée déclenche une nouvelle plaque en amont des sauveteurs est à prendre en compte. Pour limiter ce risque, le PGHM installe un barrage oblique faisant étrave, pour canaliser une éventuelle nouvelle coulée loin de la zone de travail.

Christophe BOLOYAN
Guide de Haute-Montagne

Informations

Office de haute-montagne de Chamonix : 04 50 53 22 08
 ' Refuge des Cosmiques : 04 50 54 40 16
' Compagnie des guides de Chamonix : 04 50 53 00 88 www.chamonix-guides.com
c Club Alpin de Chamonix : 04 50 53 16 03
c Téléphérique de l’Aiguille du Midi : 04 50 54 04 73 www.compagniedumontblanc.fr
c Secours, PGHM de Chamonix : 04 50 53 16 89
c Montagne info : www.montagneinfo.net
c Pour la météo, il n’y a plus de BRA après le 30 avril, seulement une information nivologique réduite entre le 1er mai et le 15 juin (puis du 1er novembre au 15 décembre). Toutefois, les bulletins départementaux, établis trois fois par jour, émettent des avertissements en cas de fortes chutes de neige en altitude. Ces bulletins sont consultables aux départs des remontées mécaniques, à l’OHM et dans les refuges.

Web : www.meteofrance.com
www.chamonix-meteo.com
Téléphone : 08 92 68 02 74 (répondeur vocal)

 

 

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