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Ciao Lino : À Patrick
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Sommaire du dossier

" Présentation

" Avalanches hors-saison : un risque méconnu

" Un exemple : le Mont-Blanc du Tacul ; voie normale

" Ciao Lino ! hommage à Patrick Bérhault

" Avalanches hors-saison : nivologie et météorologie

" Vécu : petite plaque au Râteau, 26 octobre 2006
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Hommage à Patrick Berhault par un de ses compagnons de cordée le plus proche : Pierre Brizzi.
Cet émouvant témoignage raconte le piège qui s’est refermé sur les deux alpinistes de très haut niveau : La non prise en compte de la dernière pente sommitale, assez raide pour se purger naturellement aux heures tardives de l’été leur vaudra une participation à l’un des plus grands dévissages de l’histoire de l’alpinisme, à la fin miraculeusement heureuse.
À Patrick.

" Le jour où j’ai appris la chute de Patrick Berhault, mon ami de longue date, je rentrais d’un encadrement escalade. Mon esprit s’était alors mis à vagabonder, à remonter dans le passé. Je me suis souvenu qu’un jour du mois de juillet 1978, nous avions fait tous les deux une chute mémorable, et j’étais persuadé qu’une fois encore il allait s’en sortir.

Ce matin-là de juillet 1978 donc, les yeux embués par une courte nuit pendant laquelle nous avons effectué une course dans la face de la Pointe Puiseux au Pelvoux, nous parlons de la goulotte que nous avions repérée la veille en redescendant du glacier des Violettes.
Le temps étant au beau fixe, nous décidons d’aller bivouaquer au pied de notre projet. Nous préparons nos sacs, et partons pour le névé Pélissier qui se trouve sous notre convoitise. Étant en bonne forme, nous l’atteignons rapidement. Nous examinons la face, afin d’y tracer le meilleur itinéraire conduisant à la goulotte sommitale. Une courte discussion et nous décidons, au lieu de bivouaquer comme prévu, de monter un peu, puisqu’il est relativement tôt.

La première partie étant mixte et n’excédant pas les 55°, nous montons chacun en solo pendant les cinq cents premiers mètres et faisons halte, au pied de la goulotte. Nous nous concertons et, au vu de notre célérité, nous pensons que nous pouvons enchaîner la partie technique et, au pire, sortir de nuit pour rejoindre la voie de descente que nous connaissons bien, l’ayant parcourue la veille.
Nous nous encordons, puis partons à l’assaut de la goulotte. Les quelques longueurs en glace raide nécessaires à son franchissement nous conduisent sur une pente de faible inclinai>son, sur laquelle nous nous déplaçons ensemble afin de pouvoir installer un relais au pied du mur sommital."

Patrick est à ma gauche et dans l’axe du couloir lorsque j’entends un énorme bruit. Je lève la tête et je vois, s’écoulant sur nous à grande vitesse, une avalanche de neige. Patrick est emporté, tandis que j’ancre par réflexe mes deux piolets. La corde se tend soudain et je suis arraché comme un poisson que l’on sort de l’eau. Je n’ai pas le temps de penser à quoi que ce soit, un choc sur la tête et je perds connaissance.

Je me réveille sur la neige, partiellement amnésique. Patrick, également dans la même situation que moi, m’appelle et, sentant qu’il a des blessures qui l’empêchent de se déplacer, me demande d’aller chercher les secours. J’essaie de me relever, en vain. Nous décidons d’essayer de sortir du névé pour passer la nuit au mieux derrière la moraine où se trouvent souvent de gros blocs pouvant faire abri. Nous rampons sur quelques dizaines de mètres pour franchir la crête de la moraine et là, nous nous trouvons face à deux alpinistes en train d’installer leur bivouac en vue d’une course le lendemain. Pendant que l’un d’eux s’occupe immédiatement de nous, l’autre part chercher les secours.
Une équipe pédestre de CRS de montagne arrive sur les lieux vers 2 h 30 du matin et nous prodigue les premiers soins. Dans la nuit, je perds plusieurs fois connaissance. L’hélico me prend en charge le premier, à 5 h 10, puis repart immédiatement récupérer Patrick.

La conclusion de cet accident met en exergue notre grosse imprudence d’avoir abordé si tard une course à dominante glaciaire. La chance que nous avons eue de survivre à une chute de plus de 800 mètres est due à plusieurs facteurs :
• Le premier est le gros enneigement qu’il y avait à cette époque, alors qu’aujourd’hui au mois de juillet, cette face est plutôt à dominante rocheuse.
• Le second est que si cette neige nous a entraînés, elle nous a fait par contre un matelas qui nous a protégés des chocs.
• Et enfin, à l’arrêt, nous nous trouvions dessus et non dessous l’avalanche.

Comme je le faisais chaque fois que nous nous séparions, Patrick, je te dis une dernière fois « ciao, Lino !

 

 

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