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| par
Pierre DURAND, Guide de haute-montagne, PGHM de lIsère |
L'avalanche est certainement laccident type où la rapidité
dintervention peut conditionner les chances de survie. Plus personne
nignore la courbe de survie de Brugger (voir l'article : Chances
de survie pour les victimes davalanche) maintes fois reprise pour
sensibiliser sur la nécessité dêtre rapide et
efficace.
Si la rapidité dépend souvent de paramètres que nous
ne maîtrisons pas entièrement, comme la localisation difficile,
le transport sur les lieux, la météorologie, etc., nous
avons le devoir en tant que professionnels, spécialistes et pratiquants,
dêtre efficaces.
De la localisation au dégagement
Cette efficacité passe par une formation adaptée bien sûr,
mais aussi par une pratique et un entraînement réguliers.
Voici donc quelques pistes pour parfaire cette efficacité et donner
encore plus de chances aux victimes davalanches.
Rappel sur les mesures préliminaires
Larrivée des sauveteurs sur lavalanche ou lintervention
de montagnards présents sur le site ne doit pas se traduire par
une action précipitée et désordonnée, et faire
oublier les règles élémentaires de prudence.
Une analyse sereine de la situation commence par une quête visuelle,
une recherche dindices et une prise de renseignements et de témoignages.
Le ski qui dépasse de la neige à vingt mètres du
sauveteur en train de sexciter sur son Arva et qui part, lil
rivé sur sa diode lumineuse, nest malheureusement pas une
légende.
Ma lucidité initiale ma donc permis de localiser rapidement
la victime. Je me sens tout proche et sur le point daboutir. Encore
faut-il pouvoir la situer précisément et surtout la dégager
!
Le sac est sur le dos, la pelle et la sonde sont à la main dès
le début de la recherche.
Le dégagement
Enfin ma sonde touche au but et il faut creuser. Là encore, il faut
faire preuve de jugement et optimiser les efforts. Bien sûr, la configuration
du terrain peut mimposer une technique de dégagement. Mais
il ne faut pas oublier quune victime au fond dun cône
de plus dun mètre est difficile à gérer.
Je préfère un accès latéral, coordonné
au creusement le long de la sonde que jaurai pris soin de laisser
en place.
Avantages
:
La neige ne retombe pas sur la victime
au fur et à mesure du dégagement.
Les premiers gestes de secours sont
plus faciles à exécuter.
Une plateforme se constitue naturellement
pour travailler sur la victime.
La tranchée et la cavité
de dégagement constituent souvent un abri efficace pour attendre
le médecin.
Le travail sera bien sûr plus facile si au moins deux personnes creusent.
Une fois la jonction faite avec la victime, je creuse afin de dégager
la tête. Cependant une stimulation de la partie découverte
peut déjà renseigner sur létat de conscience
de lenseveli.
Bilan et premiers geste
Lobservation au dégagement de la tête
En dégageant la tête, attention, une observation minutieuse
peut apporter des renseignements majeurs quant à la marche à
suivre médicale (poursuite ou non de la réanimation).
La neige forme-t-elle une cavité
(souvent glacée) devant le visage de la victime ?
Les orifices naturels (bouche, nez)
sont-ils dégagés ou encombrés de neige ?
Quelle est la couleur de la peau (pâle,
bleue).
Quelle heure est-il ?
Bien se souvenir de ces éléments et les fournir à
larrivée du médecin ou des sauveteurs.
Faire le bilan vital
Après ces observations importantes, un bilan des fonctions vitales
est pratiqué sans attendre le dégagement complet. Il sagit
là de la procédure classique de secourisme conforme aux
protocoles enseignés : Conscience/Ventilation/Circulation.
Pour vérifier si la personne est consciente, je lappelle,
lui demande si elle mentend et de réagir à un ordre
simple " Hé ho ! vous mentendez ? Ouvrez les yeux ou
serrez-moi la main ". Je lui serre également la main ou lui
touche la joue.
Si elle ne répond pas, je massure quelle respire. Cest
la chose la plus délicate à faire car souvent cest
peu visible (manque damplitude), pas bruyant et difficilement détectable,
surtout sil fait froid, sil neige, sil vente ou sil
fait nuit. Je conseillerais de ne pas perdre de temps et sans réfléchir
dinsuffler deux fois immédiatement.
Si la personne respirait déjà, elle vous le fera vite savoir
(toux, mouvements dagitation) !
Si elle ne respire pas ou ne réagit pas aux deux insufflations,
cest le dégagement rapide du thorax (si ce nest déjà
fait) et lattaque dun massage cardiaque. Il est préférable
davoir déjà vu ces gestes largement enseignés
dans de multiples formations.
Si nous sommes plusieurs, parallèlement, certains prendront soin
de parfaire le dégagement, délargir la plate-forme
autour de la victime et de lui retirer skis, bâtons, surf, raquettes
et autre sac à dos.
Si aucun risque de sur-accident nest à craindre, jévite
de déplacer la victime et jaméliore lentrée
du trou pour quelle bénéficie dun abri acceptable.
Ouf ! elle respire
Elle respire mais est inconsciente. Je maintiens le plus possible laxe
tête-cou-tronc et je la place sur le coté afin quelle
ne sétouffe pas en cas de vomissement (Position Latérale
de Sécurité).
Je lisole au mieux du froid (tapis de sac, corde, skis, couvertures
de survie, vêtements) et la surveille attentivement en attendant
larrivée des secours.
Si la victime est consciente, cest encore mieux. Limportant
cest quelle le reste. Pour ne pas aggraver son état,
je ne loblige pas à se lever ou à se mouvoir inutilement.
Je maintiens le mieux possible laxe tête-cou-tronc, lisole
du froid et tente de la réchauffer.
Il est important de pouvoir lallonger.
Un bilan lésionnel complémentaire est alors fait pour identifier
les éventuels autres traumatismes (plaies, fractures, autres douleurs).
La prise du pouls et de la fréquence respiratoire à intervalles
réguliers intéresseront le médecin à son arrivée.
Sil se fait attendre, ces informations pourront être données
par radio ou téléphone et aideront certainement dans le
choix de la stratégie thérapeutique.
Quel que soit létat de la victime, je suspecte toujours un
traumatisme grave (colonne, crâne, hémorragie interne). Jobserve
tout comportement particulier comme lagitation, labattement
et lévolution dans le temps.
Lhypothermie
Tout blessé en montagne va se refroidir, a fortiori sil est
enseveli. Chez une victime indemne, lhypothermie va donner des manifestations
de frissons, de troubles neurologiques et de la conscience.
Chez lavalanché, tous ces signes peuvent être dus également
à dautres causes.
Sur une victime inconsciente, je suspecte systématiquement une hypothermie
grave ou profonde (- de 28°). La priorité est dempêcher
la chute de température. Je lisole alors le mieux possible
du froid. Je sais quil est illusoire de la réchauffer en dehors
du milieu hospitalier, mais je fais le maximum car, même dégagée,
la victime continue à se refroidir.
Si la victime est consciente, lhypothermie est généralement
moyenne ou légère (+ de 30°). Un réchauffement
est possible si jen ai les moyens (locaux chauffés, chaufferettes).
La consommation de boissons et daliments chauds est réservée
aux victimes conscientes qui ne pourraient pas être évacuées
rapidement (évacuation terrestre par moyens de fortune). Lobservation
reste de rigueur : pâleur, arrêt des frissonnements, abattement
sont des signes daggravation de lhypothermie. Je considère
que tout avalanché est hypotherme et le traite comme tel. Lexistence de blessures peut aggraver le refroidissement.

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Confronté à plusieurs
victimes
Aïe ! Cest le pire des scénarios, surtout
si je suis seul à pouvoir intervenir. Il ny a là aucune
recette miracle, tout au plus quelques idées et aides à la
décision.
Le plus important et qui nous fait le plus défaut dans une situation
à fort stress, cest une bonne dose de bon sens.
Analysons une situation type :
Mon Arva capte plusieurs signaux et me conduit rapidement à proximité
du premier enseveli. Le sondage mindique une profondeur minime (±1
mètre). Je creuse, dégage partiellement et procède
au bilan vital.
• Il est conscient : je dégage ses
membres supérieurs, le rassure et recherche la victime suivante.
• Il respire mais est inconscient : je dégage
son torse et recherche la victime suivante.
• Il ne respire pas et ne réagit
pas à mes deux insufflations :
• quid du massage cardiaque ?
- je continue la réanimation en hypothéquant
les chances de survie des autres ensevelis ?
- ou jabandonne et grève peut-être ses propres chances
? Cest la difficile question !
Une analyse méticuleuse et une réflexion teintée de
bon sens pourront toutefois maider dans mes choix.
• Je regarde la profondeur densevelissement
: creuser à plus dun mètre peut savérer
long et hypothéquer les chances de tous les ensevelis (parfois plus
de 40 minutes pour sortir une personne ensevelie à 1,50 m).
• Jobserve lexistence dune
cavité devant le visage laissant penser que la victime a respiré
un certain temps avant son dégagement.
• Je repère le teint livide, les
grosses déformations de laxe tête-cou-tronc et éventuellement
la présence dune mydriase(dilatation (agrandissement) du diamètre de la pupille) bilatérale (signe dasphyxie
lors densevelissement de courte durée).
De toute façon je dois faire un choix et ne pas trop me poser de
questions. Les facteurs affectifs et psychologiques se chargeront de me
compliquer la tâche (cest ma femme, mon frère, mon ami).
Dans le cas où des victimes sont trouvées partiellement dégagées
et conscientes, je sais que celles qui font le plus de bruit ne sont pas
forcément les plus urgentes à traiter.
Évacuation par des moyens
de fortune
La situation nest pas désespérée, mais il faut
toutefois redescendre notre victime. Une simple fracture ou entorse du genou
peut devenir dramatique si elle oblige une nuit à la belle étoile
par -30° ou en pleine tempête. Heureusement, le sac du professionnel
ou du montagnard averti que je suis, regorge de cordes, cordelettes, sangles
et autres mousquetons, de quoi bricoler un traîneau, un brancard ou
un cacolet de fortune. Avec un peu dastuce, jaurai vite fait
de confectionner une attelle, une minerve ou un pansement.
Dailleurs avant de partir, jai pris
soin de rajouter dans mon fond de sac  |
une
attelle préformable (de type Sam Splint)
une
thermos de boisson chaude (en cas dévacuation longue et pour
le reste du groupe)
des
couvertures de survie
des
vêtements de rechange chauds
une
veste en duvet
gants,
bonnet, lunettes : souvent perdus dans lavalanche !
une
pharmacie pour les petits bobos : traitement des plaies, dermabrasions,
coupures,
des
bandes de contention (cohéban®),
éventuellement un anti-douleur
(di-antalvic)
Se préparer à
larrivée des sauveteurs
Préparation de la victime
Jai fait tout ce que jai pu pour la préserver médicalement.
Il me reste à la préparer à sa médicalisation
et à son évacuation.
Je lhabille chaudement et la
prépare au souffle de lhélicoptère (explications,
masque). Je fixe solidement les vêtements et couvertures de survie.
Jélargis la plate-forme
pour faciliter le travail des sauveteurs et du médecin.
Jeffectue une dernière
prise du pouls et de la fréquence respiratoire pour la communiquer
aux sauveteurs dès leur arrivée.
Préparation du reste
du groupe
Le reste du groupe nest pas à négliger. |
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Certaines personnes peuvent être choquées et seront à
prendre en charge par les sauveteurs. Je surveille tout particulièrement
les proches (famille) des victimes.
> Je regroupe personnes et matériels.
> Je veille à tout ce qui peut
senvoler.
> Je fais plier les sondes et coucher
skis et bâtons.À larrivée de léquipe
de secours
À lapproche de lhélicoptère, je signale
ma présence (bras en Y, fusée).
Dès larrivée des sauveteurs :
• Je me présente.
• Jénonce les évènements
chronologiquement : nombre et état des victimes, heure de lavalanche,
durée densevelissement, gestes effectués, évolution
de létat de santé
• Je propose mes services (mais ne les
impose pas).
Réflexions
Je peux métonner dêtre mis sur la
touche par léquipe des sauveteurs à leur arrivée.
Certes, je suis fatigué, choqué aussi, mais après tout
ce que je viens de faire, jai du mal à passer le relais. Jai
un peu un sentiment
presque de culpabilité, surtout de responsabilité.
Je me sens responsable des évènements, des démarches,
des gestes entrepris et des conséquences qui en découlent.
Jai du mal à comprendre et à accepter la lenteur des
secours, la froideur des sauveteurs, cette neutralité dont jaurais
pourtant aimé marmer lors de mon intervention.
Je sais pourtant quil faut cette réflexion, ce recul et ce
sang-froid pour gérer le secours avec efficacité, sérieux
et rigueur.
Il en va de la sauvegarde de tous, pratiquants et sauveteurs. |
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