Réglementation -Titre III - Service d'incendie et de secours
Circulaire
du 18 septembre 1992
Relative aux relations entre le service départemental dincendie et de secours et
les établissements publics hospitaliers dans les interventions relevant de la gestion
quotidienne des secours.
Le Ministre de lintérieur et de la sécurité publique et le ministre de la santé et de laction humanitaire à Mesdames et Messieurs les préfets.
La présente circulaire précise les conditions dapplication des textes législatifs et réglementaires visés en annexe pour vous permettre de définir les domaines daction et les relations entre le service départemental dincendie et de secours et lensemble des moyens hospitaliers, dans le cadre de laide médicale urgente.
Elle découle dune réflexion approfondie, menée pendant plusieurs mois, sous légide de la direction générale de la santé et de la direction de la sécurité civile, par des représentants des sapeurs-pompiers et des personnels des services de laide médicale urgente. Elle a été élaborée à partir dune analyse commune es missions, des compétences et des méthodes des services dincendie et de secours et des services de laide médicale urgente. Elle vise à faciliter, dans un souci de rationalisation et de cohérence, les interventions respectives de chacun des deux services.
Les dispositions de ce texte concernent les interventions relevant de la gestion quotidienne des secours et de laide médicale urgente.
Elles sont applicables à lensemble du territoire national, sans préjudice des instructions adressées au préfet de police.
Dans chaque département, une convention devra être signée, dici la fin de lannée 1992, sous voire autorité entre le service départemental dincendie et de secours et le centre hospitalier siège du S.A.M.U. Cette convention aura pour objet dimpliquer formellement les deux services dans la mise en oeuvre des prescriptions de cette circulaire, tout en adaptant celle-ci, si nécessaire, aux spécificités locales, dans le strict respect de ses dispositions générales et de la réglementation en vigueur.
I.- Dispositions générales :
A.- Les services concernés :
1. Le service départemental dincendie et de secours, dans le cadre de ses
activités, doit comporter un centre opérationnel départemental C.O.D.I.S pouvant disposer dun ou de
plusieurs C.T.A (centre de traitement de lalerte)
dotés du numéro dappel 18.
Le C.O.D.I.S. est lorgane de coordination de lactivité opérationnelle des services dincendie et de secours du département. Il est immédiatement informé de toutes les opérations en cours et est, avec régularité, tenu informé de lévolution dune situation jusquà la fin des opérations.
Au sein du service départemental dincendie et de secours, le service de santé et de secours médical effectue des interventions dans le cadre des missions opérationnelles des sapeurs-pompiers. Ce service de santé, en application de larticle 41 du chapitre IV du décret no 88-623 du 6 mai 1988 relatif à lorganisation générale des services dincendie et de secours, dispense des soins durgence aux victimes daccidents et de sinistres de toute nature dans les conditions prévues à larticle 16 de la loi du 22 juillet 1987.
2. Le S.A.M.U., qui comporte un centre
de réception et de régulation des appels (centre 15), conformément à la loi
n° 86-11 du 6 janvier 1986 et à l'article 3 du décret
n° 87-1006 du 16 décembre 1987 :
- assure une écoute médicale permanente ;
- détermine et déclenche dans le délai le plus rapide, la réponse la mieux adaptée à
la nature des appels ;
- sassure de la disponibilité des moyens dhospitalisation publics ou privés
adaptés à létat du patient, compte tenu du respect du libre choix, et fait
préparer son accueil ;
- organise, le cas échéant, le transport dans un établissement public ou privé en
faisant appel à un service public ou à une entreprise privée de transports sanitaires ;
- veille à ladmission du patient ;
- coordonne les interventions des unités mobiles de secours et de soins hospitaliers dont
disposent les services mobiles durgence et de réanimation (S.M.U.R.).
B. - Les relations entre les services :
Chaque service organise ses
propres interventions et assure la maîtrise de ses moyens.
1. Linterconnexion :
Linterconnexion des centres 15 et 18 est la condition indispensable pour que ces
centres se tiennent mutuellement informés des appels qui leur parviennent et des
opérations en cours. A cet effet, les dispositions techniques appropriées devront être
prises par chacun des services.
2. Communication avec les moyens
engagés:
Les moyens engagés communiquent exclusivement avec les centres de coordination ou de
régulation dont ils dépendent. Ainsi, le C.R.R.A. 15 du S.A.M.U. ne peut avoir de
liaisons radiotéléphoniques, ni en réception, ni en émission, avec les moyens engagés
par le S.D.I.S. Il en est de même pour le C.O.D.I.S.
vis-à-vis de tous les moyens engagés par les services hospitaliers.
La seule exception à ce principe est la procédure des bilans explicitée ci-dessous.
Les bilans secouristes, établis en cours dopération par les équipes
dintervention du S.D.I.S., ainsi que les messages médicaux des officiers du
S.S.S.M. parviennent simultanément au C.O.D.I.S. et au C.R.R.A. 15 du S.A.M.U.
Un, dialogue direct peut ainsi sétablir entre lintervenant du S.D.I.S. et le
médecin régulateur du S.A.M.U. Ce dialogue est facilité par la mise en place du réseau
radio commun secours et soins durgence dont les dispositions sont prévues par la
circulaire Santé/DGS n° 91-52 et NOR : INTE9200265C du 18 septembre 1992.
Cette procédure permet au C.R.R.A. 15 du S.A.M.U. de prendre éventuellement la décision
dengager des moyens médicaux hospitaliers et de prévoir lorientation des
victimes.
3. Linformation
opérationnelle :
Linformation réciproque sur les interventions intéressant les deux services est un
facteur très important pour la conduite des secours. Elle ne se limite pas à la simple
retransmission initiale des données de lalerte, mais concerne les opérations de
leur déclenchement à leur aboutissement. Chacun des deux services doit communiquer
systématiquement à lautre, au fur et à mesure, tout ce qui peut lui être
nécessaire à laccomplissement de sa tâche. Lorsque lun des services prend
seul en charge une intervention dont lalerte lui a été retransmise par
lautre, il linforme en retour de la suite donnée.
4. La régulation médicale :
La régulation médicale relève du C.R.R.A. 15 du S.A.M.U. Cette mission est exercée par
le médecin régulateur. La régulation médicale a pour but dapporter la réponse
médicale appropriée à toutes les demandes de soins, de veiller à ce que les soins
nécessités par létat dun patient lui soient délivrés efficacement dans le
souci de la meilleure utilisation possible des ressources disponibles.
La régulation médicale sera effectuée en tenant compte de tous les intervenants
possibles, sans exclusive, et, pour ce qui concerne les moyens hospitaliers et ceux du
S.D.I.S. et de son S.S.S.M., dans le respect des dispositions du présent document.
Cette action suppose linformation la plus complète du médecin régulateur et
lharmonisation des principes daction des services publiques de secours. Elle
tend à une meilleure gestion de tous les intervenants dans laide médicale urgente
avec notamment pour effet de préserver lhôpital dune sollicitation abusive
et inadaptée.
II. - Procédures applicables aux interventions relevant de la gestion quotidienne des secours :
A.- La retransmission initiale des appels de demandes daide durgence. Il sagit de la retransmission initiale entre le C.R.R.A. 15 et le C.O.D.I.S. du S.D.I.S. ou de toute autre structure désignée par le S.D.I.S.
1. La transmission des
informations :
Deux catégories dinformations doivent être retransmises en priorité : les
renseignements obtenus lors de lappel et la composition des moyens déjà engagés.
La retransmission des appels entre le C.R.R.A. et le C.O.D.I.S. est immédiate et
réciproque. Elle se poursuit au fur et à mesure de larrivée des informations
complémentaires. Cette retransmission seffectue à laide des moyens de
télécommunications disponibles, dans lattente de la généralisation de la
conférence téléphonique.
2. Pour la voie publique et les lieux fréquentés par le public, la retransmission initiale est systématique entre les deux services.
3. Pour les domiciles et les
lieux privés, la retransmission initiale est systématique du C.O.D.I.S. vers le C.R.R.A.
15 du S.A.M.U.
Le C.R.R.A. 15 informe le C.O.D.I.S. lorsque le médecin régulateur requiers les moyens
sapeurs-pompiers (moyens secouristes et/ou S.S.S.M.).
Le C.R.R.A. 15 du S.A.M.U. informe le C.O.D.I.S. de lindisponibilité de
léquipe hospitalière, à toutes fins utiles.
4. En cas de sinistre, qui se
définit comme étant un accident ne comportant a priori que des dommages matériels sans
notion de victime et dont lampleur laisse craindre des risques pour les équipes
dintervention ou les populations environnantes et/ou impliquées, les services
dincendie et de secours interviennent immédiatement. Lorsque le C.R.R.A. 15 du
S.A.M.U. reçoit lappel, il le retransmet systématiquement vers le C.O.D.I.S.
Le . C.O.D.I.S. tient informé le C.R.R.A. 15 du S.A.M.U. des opérations de secours
importantes et/ou susceptibles de comporter des victimes. Le S.A.M.U. peut alors
apprécier la situation et éventuellement anticiper sur son évolution.
B. - Le déclenchement :
1. Pour la voie publique, lintervention du S.D.I.S. est automatique. Le S.A.M.U. déclenche les moyens quil juge nécessaires au regard des informations en sa possession, notamment celles concernant les moyens déjà engagés par le S.D.I.S. et la participation de son S.S.S.M.
2. Pour les lieux fréquentés par le public, les deux services se concertent préalablement au déclenchement des moyens pour fixer les modalités de lintervention.
3. Pour les domiciles et les lieux privés, toutes les demandes font lobjet dune régulation médicale par le C.R.R.A. 15 du S.A.M.U., préalablement à tout engagement de moyens. Le S.D.I.S. nintervient quà la demande expresse du C.R.R.A. 15 du S.A.M.U.
4. Le prompt secours : la seule
dérogation aux règles énoncées aux points 2 et 3 se situe dans le cadre du prompt
secours. On entend par prompt secours laction de secouristes agissant en équipes et
qui vise à prendre en charge sans délai des détresses vitales ou à pratiquer des
gestes de secourisme. Il est assuré par des personnels formés et équipés. Son
intérêt réside dans son caractère réflexe, il ne doit pas conduire à des actions
relevant de la compétence des médecins généralistes (médecin traitant ou médecin de
garde) et/ou des ambulanciers privés, voire du simple conseil.
Lorsque le C.T.A. 18 reçoit un appel provenant dun domicile et quil existe un
risque vital imminent (détresse vitale avérée ou potentielle), le stationnaire
sapeur-pompier peut déclencher demblée les moyens des services dincendie et
de secours. Il transmet immédiatement linformation au médecin régulateur du
C.R.R.A. 15 du S.A.M.U. qui peut, après information et régulation, interrompre
lintervention des moyens du S.D.I.S. qui ont été engagés.
La procédure applicable au prompt secours, qui ne doit en aucun cas transgresser les
règles générales relatives à la régulation médicale, peut être précisée
localement par le C.O.D.A.M.U. dans le respect des dispositions qui précèdent.
5. Les sinistres :
Lintervention des moyens du S.D.I.S. est automatique, avec notamment son S.S.S.M.
pour assurer le soutien sanitaire de ses équipes.
Le S.A.M.U. nintervient pas systématiquement, mais il garde la possibilité
danticiper sur lévolution possible en fonction des informations reçues.
Dans lappréciation des besoins et des ressources daide médicale urgente, le
médecin régulateur du S.A.M.U. tient compte du S.S.S.M. du S.D.I.S.
6. Décisions itératives :
Le C.R.R.A. 15 du S.A.M.U. et le C.O.D.I.S. conservent après la phase initiale,
cest-à-dire la décision de première intervention, la possibilité de prendre des
décisions (exemple : décisions de renfort) en fonction de lévolution des
opérations.
C. - Orientation du patient et conduite de lintervention :
1. Orientation du patient :
En fonction notamment des informations transmises et des bilans reçus, le médecin
régulateur du C.R.R.A. 15 détermine lorientation du patient.
Lorsquun médecin est présent sur les lieux, lorientation du patient est
décidée par le médecin régulateur en concertation avec le médecin qui se trouve
auprès du malade.
Lorientation du patient est effectuée, dans le respect de son libre choix, dans les
conditions suivantes.
Il peut :
- soit être laissé sur place, aux soins de son médecin traitant ou du médecin
généraliste de garde ;
- soit être confié à un établissement de soins ;
- soit attendre sur place un moyen de renfort ;
- soit être pris en charge par une ambulance à la suite dune jonction avec un
autre moyen mobile, selon la technique dite du " rendez-vous ".
2. Conduite de
lintervention :
Lorsque les moyens secouristes ou médicaux du S.D.I.S. sont intervenus en premier, la
conduite de lintervention daide médicale urgente est transférée au moment
où le patient peut être pris en charge médicalement, après régulation, par une unité
de soins hospitalière (unité dhospitalisation, unité de diagnostic, unité
daccueil ou unité mobile).
Dans le cas où une unité mobile hospitalière se présente sur les lieux dune
intervention nimpliquant pas le S.S.S.M., elle prend médicalement en charge le (ou
les) patient(s). Le responsable des services dincendie et de secours lui transmet
alors tous les éléments dinformation dont il dispose.
Si un médecin du S.S.S.M. est présent sur les lieux, il confie le maladie au médecin de
lunité mobile hospitalière dans les conditions prévues par le code de
déontologie médicale.
D. - Evacuation - Transport :
Le médecin régulateur, en fonction de lorientation du patient qui a été
déterminée et des moyens disponibles, organise le transport du ou des blessés ou
malades.
1. Voie publique et lieux
fréquentés par le public : lévacuation des patients ou leur transport sanitaire
à partir de la voie publique sont effectués, après régulation médicale.
En règle générale, un patient déjà installé dans un V.S.A.B. avant larrivée
dune équipe hospitalière ne sera pas changé de véhicule, sauf raison
impérative. De même une victime déjà installée dans un véhicule de transport
sanitaire privé ne sera pas transférée dans un V.S.A.B., sauf raison impérative.
Léquipe de lunité mobile hospitalière, lorsquelle assure elle-même
la surveillance dun patient dont les soins sont effectués à lintérieur
dun V.S.A.B., bénéficie du concours du personnel du S.D. I.S. Sur le plan
matériel, les V.S.A.B. sont aménagés de telle façon que léquipe hospitalière
puisse utiliser son propre équipement médical.
2. Domiciles et lieux privés :
le transport dun patient à partir dun domicile est réalisé, après
régulation médicale, en règle générale par une ambulance privée. Exceptionnellement,
il peut être effectué par une ambulance de réanimation hospitalière ou un V.S.A.B.,
médicalisé ou non.
Pour mettre en oeuvre et adapter les dispositions de la présente circulaire aux
spécificités locales, une convention devra être signée, sous votre autorité, entre le
centre hospitalier siège du S.A.M.U. et le service départemental dincendie et de
secours.
Je vous demande de veiller à ce que, dans cette convention, figurent des dispositions
particulières relatives aux modalités dévaluation. Cette évaluation devra porter
tout particulièrement sur les points suivants :
- exercice du prompt secours ;
- relations entre le C.R.R.A. 15 et le C.O.D.I.S.-C.T.A. 18 ;
- modalités de mise en oeuvre effective de linterconnexion.
Vous transmettrez, sous ce double timbre, deux exemplaires de cette convention, et rendrez
compte, le cas échéant, de toute difficulté rencontrée dans la mise en oeuvre de cette
circulaire.
Lefficacité des secours durgence dépend en grande partie de la
complémentarité des interventions des différents services compétents, laquelle est
fonction de la coopération qui doit sétablir entre eux, préalablement aux
interventions et au cours de celles-ci. La mise au point dune organisation adaptée
et efficace dans chaque département est de nature à faciliter ce travail en commun
indispensable.
Vous voudrez bien prendre dans les meilleurs délais, et en tout état de cause avant la fin de lannée 1992, toutes les mesures nécessaires pour que les dispositions qui précèdent soient effectivement appliquées, en y associant les services et les personnels concernés.