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-- Snowgripper : une nouvelle technique au service du génie paravalanche
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Par François Sivardière, directeur de l'ANENA
 

Article publié dans la revue de l'ANENA, " Neige et Avalanches " N° 107 - septembre 2004

ERRATUM
<< Courrier d'un lecteur suite à la parution de cet article >>
 

Une des techniques employées dans la lutte contre les avalanches consiste à fixer artificiellement le manteau neigeux dans leur zone de départ. Claies, râteliers et filets sont les ouvrages les plus connus, utilisés depuis longtemps. Mais, depuis deux ans, ils ne sont plus les seuls.

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  Si la quasi-totalité des victimes d’avalanches sont maintenant des pratiquants de sports de neige touchés pendant l’exercice de leur loisir favori, il n’en a pas toujours été ainsi. Au cours des derniers siècles, de nombreux villages ont été touchés par des avalanches, parfois très meurtrières. C’est donc historiquement d’abord pour protéger leurs habitations que les montagnards ont cherché à se protéger des avalanches. Ils ont, pour cela, développé différentes stratégies :

La défense permanente, qui consiste à mettre en œuvre des techniques opérationnelles sans intervention humaine, le plus souvent par l’installation d’ouvrages pérennes.
La défense temporaire, qui consiste à ne prendre des mesures de protection que lorsque les conditions nivo-météorologiques sont jugées dangereuses pour la sécurité des populations.
La défense active, qui a pour but d’intervenir sur le déclenchement de l’avalanche (en essayant de l’empêcher ou au contraire en le provoquant). Elle concerne donc les zones de départ des avalanches.
La défense passive, qui a pour but d’empêcher l’avalanche d’atteindre l’objectif à protéger et qui s’intéresse par conséquent aux zones d’écoulement et d’arrêt des avalanches.

Les premières mesures paravalanches datent, en France, de 1860 : le génie militaire tenta de recréer l’action d’une forêt en plantant verticalement des pieux dans les pentes dominant le village de Barèges (Hautes-Pyrénées), régulièrement touché par des avalanches.
Il s’agissait donc de mesures de défense permanente active : fixer le manteau neigeux dans la zone de départ de l’avalanche pour ainsi en empêcher le déclenchement, par l’installation d’aménagements permanents. Le succès de cette première expérience ne fut pas à la hauteur des espoirs de ses concepteurs, mais le ton était donné. Par la suite, d’autres techniques de défense permanente active furent utilisées. Les plus connues sont les claies, râteliers et filets, dont l’action est de retenir la neige, en supportant son poids.

L’objectif du Snowgripper est identique : retenir la neige dans les zones de départ des avalanches. Il a été développé par une société autrichienne en 2001-2002, et après deux hivers d’utilisation, il semble qu’il donne satisfaction à ceux qui l’ont mis en œuvre, en Autriche et en Allemagne. Il est également maintenant autorisé dans les directives suisses relatives aux ouvrages de protection contre les avalanches.

Le Snowgripper est une construction métallique de forme prismatique, d’un mètre à un mètre cinquante de hauteur et d’environ un mètre de largeur et de profondeur, pour un poids de 16 à 24 kg, selon le modèle (il en existe trois). Il est destiné à être installé selon un réseau maillé, avec un écartement le plus souvent de 5 mètres, conformément aux dispositions suisses (voir l'erratum).

Le principe de fonctionnement du Snowgripper est double :

Mécanique : il augmente la rugosité du sol et constitue ainsi un ancrage artificiel pour le manteau neigeux. De plus, grâce à sa forme brevetée, il modifie la répartition spatiale des contraintes dans le manteau neigeux, en créant des zones de pressions différentes " auto-stables ". Enfin, il peut éventuellement être à l’origine d’une inégale répartition de la neige en cas de transport de neige par le vent, par la turbulence qu’il crée dans l’écoulement du vent.

Thermodynamique : la structure métallique conductrice de chaleur modifie localement le gradient de température, donc les métamorphoses et par conséquent les propriétés (en particulier mécaniques) de la neige. Le Snowgripper introduit ainsi des hétérogénéités dans la structure verticale du manteau neigeux, qui s’opposent à la propagation d’une cassure.

 

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Le Snowgripper n’est pas conçu pour remplacer systématiquement les claies, râteliers et filets, mais il peut leur être associé afin d’en optimiser l’efficacité paravalanche. Il sera, le plus souvent, installé sur de grandes surfaces dont on veut stabiliser le manteau neigeux. Par ailleurs, le Snowgripper peut également être installé temporairement, associé à un reboisement, le temps que les jeunes arbres atteignent une taille et un diamètre suffisants pour s’opposer au glissement de la neige, avant d’être démonté.
Le prix d’un élément Snowgripper est de 300 €, sans compter la pause.

 

Les avantages de ce nouveau système, avancés par l’entreprise qui le commercialise, sont les suivants :

Adaptation à un très grand nombre de sites (y compris des sites déjà équipés d’autres ouvrages paravalanches, ou boisés).
Installation simple et rapide, sans technique particulière. En particulier, absence d’ancrage massif et coûteux.
Adaptation à presque tous les systèmes d’ancrage au sol courants.
Bonne résistance aux chutes de pierre.
Faible impact visuel ; il peut même être démonté en été tout en laissant les ancrages au sol, invisibles, pour être remis en place en début d’hiver.
Facilité de stockage (les éléments sont empilables) et de transport (faible poids).
Faible impact sur la faune : liberté de circulation des animaux entre les Snowgrippers.

Le Snowgripper apparaît donc comme une alternative aux ouvrages paravalanches classiques que sont les claies, râteliers et filets. En fonction des sites et de leurs contraintes topographiques, géologiques, nivométéorologiques, économiques et écologiques, il pourra leur être, ou non, préféré.
Actuellement, seuls quelques sites en Autriche et en Allemagne sont équipés de Snowgripper. Aucun ne l’est en France. Par ailleurs, le nombre d’hivers pendant lesquels ils ont été utilisés est faible. Il est donc difficile de se prononcer sur l’efficacité réelle du système, faute d’un recul suffisant. Les prochains hivers devraient cependant nous permettre d’en savoir plus et de voir quelle place ce nouvel outil va se faire parmi la panoplie des ouvrages paravalanches.


Notes


Toutes les informations sur le Snowgripper sont issues de la plaquette de présentation du système, réalisée par la société Oberhofer Stahlbau GesmbH qui le commercialise, et du site web www.snowgripper.at.
En France, le Snowgripper est distribué par GEOP (Veyrier-du-Lac, 74) : www.geop.fr.


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