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-- L’avalanche et le monde des alpages
dans les Alpes françaises
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Par Charles Gardelle

  Article paru dans la revue de l'ANENA "Neige et Avalanches", N° 105 - mars 2004.
  L'avalanche provoque bien des malheurs dans les zones pastorales d’altitude mais elle peut avoir, parfois, quelques avantages. Ainsi, en amoncelant la neige en fin de course, elle entretient, l’été, quelques filets d’eau bien utiles. Exceptionnellement, elle facilite la traversée d’un torrent.
 

Ainsi, dans le haut Valgaudemar, au-dessous du hameau du Rif du Sap, aujourd’hui déserté l’hiver, l’avalanche précipite dans la Séveraisse une masse de neige qui peut perdurer tout l’été. Ce pont de neige permet le passage des transhumants en route vers la cabane de la Lavine. Le berger veille à ce que les bêtes passent une à une sur ce pont fragile.
Mais, avant tout, l’avalanche est redoutée. Au printemps, elle peut encore dévaler sur des zones déjà pâturées et tuer des bêtes. Ainsi, le 25 avril 1911, vers midi, une avalanche tua quatre chèvres dans le quartier des Ruppes, à Vallorcine (Haute Savoie). Le petit berger eut le temps de s’abriter derrière un rocher.

Lors des étés humides et frais, elle peut décimer le bétail. Ainsi, le 20 août 1948, une avalanche partie du Bas des Cavales, à la crête frontière entre Savoie et Valais, ensevelit 117 brebis dans la cuvette du Vieux Emosson. En Oisans, à Vaujany, une coulée entraîna tout un troupeau bovin encore à l’alpage, le 16 septembre 1922. Mais ces catastrophes sont exceptionnelles et habituellement évitées car, en cas de chute de neige en fin d’été, les bergers redescendent les troupeaux vers des zones moins dangereuses. Ils évitent ainsi les risques et, surtout, l’interruption de la pâture.

 
  Les montagnards ont eu davantage de soucis lorsqu’ils avaient à choisir l’emplacement des chalets en dehors du trajet d’une avalanche. Choix difficile car ils connaissaient peu le paysage en hiver. Ils n’y montaient qu’en deux occasions pendant la mauvaise saison : pour descendre le foin et pour amener du bétail qui le mangeait sur place.

Dans certaines régions, les éleveurs, après avoir fauché leurs prairies dans le fond de la vallée, poursuivaient, plus haut, la saison des foins, souvent jusqu’au bas des alpages. L’herbe est courte, difficile à couper mais excellente. Quelquefois, le foin était redescendu aussitôt à dos d’homme. Mais, si cela était possible, il était entassé dans une " fenière " (fenil), au niveau supérieur du chalet et descendu pendant l’hiver, période d’inactivité.
La neige permettait le transport sur des luges.
Généralement, cette corvée était pratiquée collectivement. Ainsi la trace n’était ouverte qu’une fois et, en cas d’incident, on pouvait s’entraider. Un jour de beau temps, sans risque d’avalanche, était choisi.
Quelquefois, pour éviter cette descente pénible et dangereuse, une partie de la famille remontait avec le bétail pour utiliser sur place le foin engrangé. Mais on risquait, alors, d’être menacé par l’avalanche.
Ainsi, en janvier 1912, au-dessus de Valmeinier, une énorme avalanche écrasa le chalet de l’Hémiraz, tuant ses occupants et une partie du bétail.

 

 

La connaissance des zones d’avalanches dans les alpages est bien plus imprécise que dans la vallée. Le choix du site s’est donc parfois révélé peu judicieux. Nous retiendrons un exemple à Vallorcine, en Haute-Savoie.
Les vallorcins connaissaient bien les avalanches dans la vallée où ils vivaient. Celles-ci n’avaient tué aucun habitant depuis la fin du XVIIIe siècle. En 1908, le conseil municipal vendit des communaux pour permettre la construction de la voie ferrée. Grâce à la somme importante tirée de cette vente, il décida la construction d’un chalet-hôtel sur l’itinéraire du Buet. Une commission décida d’implanter le bâtiment dans le vallon de Bérard, alors rarement fréquenté l’hiver. Le site retenu se trouvait à l’extrémité d’un épaulement étroit. Le raisonnement était correct. Sur cette échine l’avalanche aurait dû se partager sur les deux versants et épargner la construction. Cependant, en 1952, une avalanche parcourut toute la ligne de faîte de cet épaulement et rasa complètement le chalet-hôtel.

L’emplacement des bâtiments d’alpage est choisi en fonction des particularités du relief qui semblent protéger de l’avalanche . Il faut aussi tenir compte d’autres critères : position sur le pâturage, approvisionnement en eau, surtout s’il s’agit d’estiver des vaches laitières.
Les sites les meilleurs en fonction de la topographie sont évidemment des plateaux tel celui d’Emparis entre La Grave et Besse. Un versant en faible pente est déjà moins sûr, mais il est souvent utilisé. Ainsi, les chalets de Balme, tout au fond de la vallée de Chamonix, n’ont jamais souffert de l’avalanche. Une butte, souvent d’origine morainique, est une position idéale, par exemple l’alpe du Petit Môle, commune de Marignier en Haute-Savoie. André Allix considère d’ailleurs qu’en Oisans " les bergeries et chalets des hauts alpages sont perchés sur des croupes arrondies ".

En revanche, le rebord aval d’un replat peut être un choix plus risqué. Il est illusoire de penser qu’un replat amortira le parcours de l’avalanche. Tel est le cas de l’Alpe de Pécleret, commune de Chamonix. Les chalets furent plusieurs fois atteints par l’avalanche.
En amont du site, la topographie assure parfois une totale protection : moraine, barre rocheuse ou même rocher isolé. Le rocher isolé ne protège qu’un espace restreint .
Les bâtiments s’allongent alors dans le sens de la pente comme à l’alpage de Commune, à Sixt dans le Haut Giffre .
   
 

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