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Le prévisionniste attache également
beaucoup d'importance au contact direct avec l'observateur. Celui-ci est
bien souvent un pisteur-secouriste ayant reçu une formation spéciale
de la part des services de Météo-France et qui, de par sa
fonction principale, est amené à parcourir sans cesse le domaine
skiable de sa station et ses abords immédiats. De précieux
renseignements "terrain" ne pouvant être intégrés
à l'observation standard sont ainsi échangés entre
observateurs et prévisionnistes et viennent souvent compléter
ou affiner l'information disponible.
Le réseau de stations automatiques "nivôse" fournit
un complément d'informations dans des zones où l'observation
humaine est impossible. Situées entre 1500 et 3000 m, une vingtaine
de stations mesurent en continu la température de l'air, la vitesse
du vent, l'épaisseur de la couche de neige déposée
au sol. Ces données, transmises par satellite, accessibles de nuit
comme de jour, sont particulièrement intéressantes au cours
des épisodes perturbés. Elles permettent au prévisionniste
de disposer en temps quasi réel dinformations précieuses
sur le vent en altitude et les éventuels transports de neige quil
occasionne, ainsi que sur laccroissements ou le tassement du manteau
neigeux. Certaines de ces données sont également disponibles
pour le grand public, sous forme de graphiques, sur le site web de Météo-France
De nouveaux outils : la modélisation
du manteau neigeux
Une des faiblesses du système de surveillance, basé sur
un ensemble dobservations et de mesures, est liée à
la difficulté que peut éprouver le prévisionniste
à suivre l'évolution du manteau neigeux dans toute sa diversité.
Sur un massif donné, les conditions de neige sont très différentes
suivant l'altitude, l'exposition, l'angle de pente.
Les 140 postes
du réseau nivométéorologique laissent supposer que
la densité de points de mesures est forte. Pourtant, si l'on répartit
ces points en fonction de l'altitude et de l'exposition, les mailles du
réseau apparaissent alors très larges. De plus, des mesures
essentielles comme le sondage par battage ne sont faites qu'une fois par
semaine. Dans les cas de situations météorologiques très
changeantes, il devient malaisé de déterminer comment a
pu évoluer le manteau neigeux.
Le prévisionniste doit donc procéder par extrapolations
successives pour connaître, avec une marge d'erreur non négligeable,
l'état de la neige hors des mailles de son réseau.
Comme il est impossible de multiplier à linfini les points
de mesures, il fallait donc développer un outil qui permette au
prévisionniste, en complément des informations issues du
réseau de mesures, de connaître la structure interne du manteau
neigeux dans sa grande variabilité. Cest ce qua réalisé
le Centre dÉtudes de la Neige avec le modèle numérique
"CROCUS". Ce modèle gère lensemble des processus
contrôlant lévolution du manteau neigeux et à
partir de variables purement météorologiques, il simule
l'évolution du manteau neigeux en terme d'accroissement, de tassement,
de densité, de teneur en eau liquide, de stratigraphie et de métamorphose.
Ces simulations sont réalisées sur 6 expositions et par
pas de 300m.
Lutilisation opérationnelle de ce modèle passe par
une alimentation automatique en variables météorologiques
utiles. C'est le rôle du modèle "SAFRAN" qui utilise
les sorties des modèles météorologiques, les données
des réseaux météorologiques et nivométéorologiques,
ainsi que celles de stations automatiques en montagne pour calculer, sur
des pentes types définies par une exposition, une altitude et une
inclinaison, les paramètres pertinents utiles aux simulations CROCUS.
Comment analyser ces données, comment
estimer et prévoir un risque davalanche ?
Cette mission est confiée aux neuf centres météorologiques
spécialisés, chargés de la PRA sur un ou deux départements.
Les prévisionnistes "avalanches" ont, aujourdhui
encore, pour principale source dinformations, les données
issues des réseaux de mesures. Ces données, collectées
par télécopie ou téléphone, sont utilisées
directement par les prévisionnistes mais participent aussi aux
simulations du modèle CROCUS puisquelles contribuent à
lalimentation de SAFRAN en variables nivométéorologiques.
À partir de ces deux sources dinformation, le prévisionniste
est à même de classer la situation nivologique analysée
dans un éventail de situations types : journées avec ou
sans précipitations, périodes de redoux ou de temps froid,
journées avec ou sans transport de neige par le vent, etc. Puis
il sélectionne et hiérarchise les paramètres les
plus pertinents qui lui permettront dapprécier létat
du manteau neigeux et le type dinstabilité existant le jour
J. La deuxième phase de son expertise revient à évaluer
lincidence des conditions météorologiques prévues
dans les 24 heures sur létat initial du manteau neigeux pour
finalement aboutir à lestimation du risque davalanche
la plus réaliste au niveau du massif pour le jour J+1. Paramètres
de surface (quantités de neige fraîche et vent par exemple)
et paramètres internes (état des sous-couches, présence
de couches fragiles) auront plus ou moins dimportance suivant les
situations analysées.
Si lobjectif du prévisionniste est bien de prévoir
lévolution du manteau neigeux à court terme, la connaissance
de lhistorique du manteau neigeux lui est indispensable. Il est
aidé en cela par des applications informatiques qui résument,
sur des périodes allant de la semaine au mois, toutes les informations
utiles à un suivi du manteau neigeux.
Le sondage par battage et le profil stratigraphique restent les mesures
de référence pour estimer la stabilité du manteau
neigeux. Prises isolément, ces investigations ne sont représentatives
quen un lieu et à un instant donnés. Mais, effectuées
régulièrement dans le cadre dun réseau, elles
permettent de suivre les phases de consolidation ou de déstabilisation.
La comparaison des sondages sur un massif peut alerter le prévisionniste.
Un niveau dinstabilité qui apparaît comme une constante
sur lensemble des sondages peut être lindicateur dun
risque davalanche plus général, indécelable
avec les seuls éléments de surface.
Il existe dautres tests permettant dévaluer la stabilité
du manteau neigeux en un point donné, comme le test de la pelle
et surtout celui du bloc glissant (ou rutschblock). Ces tests, pas toujours
faciles à mettre en uvre, quantifient principalement la "réponse"
du manteau neigeux à une surcharge donnée tout en permettant
de détecter certains plans de glissements éventuels et couches
fragiles. Très utilisés dans certains pays voisins comme
la Suisse, ils ne le sont encore que de façon ponctuelle en France.
Cette situation devrait se modifier à lavenir, dans une approche
complémentaire des sondages et profils classiques.
Lesprit de synthèse est une des qualités premières
du prévisionniste. Partant d'un ensemble de données ponctuelles,
il restitue les particularités les plus représentatives
à l'échelle d'un massif. Sa mémoire, parfois secondée
par des modèles basés sur la recherche de journées
analogues, est fortement et constamment sollicitée. Ces modèles
statistiques, qui ne prennent en compte que des paramètres de surface,
consistent à caractériser, sur un poste, la situation nivologique
du jour par une liste de paramètres pertinents et à la comparer
aux situations du passé. Les journées les plus semblables
sont alors sélectionnées et fournissent des indications
sur lactivité avalancheuse observée. Ces modèles
sont plutôt adaptés à une échelle locale, mais
peuvent être utilisés par les prévisionnistes "massif"
qui les activent sur des postes de référence. Le modèle
ASTRAL basé sur ce principe est proposé aux postes du réseau
nivométéorologique qui disposent de séries de données
complètes sur 3 ou 4 hivers.
Il reste cependant que les modèles les plus adaptés à
léchelle de travail "massif" sont indiscutablement
les modèles SAFRAN/CROCUS. Avec les produits graphiques issus de
ces deux modèles, le prévisionniste a la possibilité
de visualiser des paramètres bruts ou élaborés calculés
par SAFRAN ou par CROCUS. Les profils stratigraphiques calculés
par tranche daltitude et sur 6 expositions différentes, lhistorique
du manteau neigeux visualisé depuis le début de lenneigement
offrent des capacités danalyse et de suivi inégalés.
Autre outil daide à lestimation du risque davalanche
mis à la disposition des prévisionnistes, le système
expert MEPRA, a été couplé aux modèles SAFRAN/CROCUS.
MEPRA combine des connaissances expertes, mécaniques et déterministes.
Il sagit dun modèle qui fournit une analyse du risque
davalanche, naturel ou accidentel, par tranche daltitude et
en fonction de lexposition.
La chaîne SAFRAN/CROCUS/MEPRA fonctionne en analyse, à partir
des réseaux de mesure, mais aussi en prévision à
24 ou 48 heures.
Tous les outils, aussi sophistiqués soient-ils, restent des outils
daide à la décision proposés au prévisionniste.
Celui-ci doit confronter en permanence la réalité du terrain
avec les résultats des différents modèles qui lui
sont proposés. Le prévisionniste doit garder un esprit critique
et, notamment, tenir compte des faiblesses actuelles de la modélisation
: précipitations réputées homogènes sur un
massif, pentes typiques caractérisées uniquement par une
déclivité, une exposition et une tranche daltitude
donnée, prise en compte limitée de leffet du vent.
Le Centre détude de la neige travaille actuellement pour
améliorer tous ces points faibles, notamment dans la perspective
de travailler à une échelle spatiale plus fine que le massif
et de mieux prendre en compte les phénomènes de transport
de neige par le vent.
Comment sinformer auprès
des services de Météo-France ?
Météo-France met à la disposition des usagers de
la montagne un ensemble dinformations concernant la neige et le
risque davalanches, dont lélément principal
est le BRA (Bulletin dEstimation du Risque dAvalanches).
Ces bulletins sont disponibles du 15/12 au 30/4 par téléphone
(08 36 68 10 20), sur minitel (36 15 Météo) et sur le web
: www.meteo.fr.
Ils sont élaborés par les 9 centres départementaux
"montagne" évoqués précédemment
et couvrent lensemble des massifs des Alpes, des Pyrénées
et de la Corse.
Les prévisionnistes-nivologues de Météo-France ont
en permanence le souci dexprimer le résultat de leur expertise
dans un texte clair, concis et dont la durée d'écoute reste
dans des limites acceptables. Il est nécessaire que l'usager ait
un accès facile et rapide à l'information.
Les BRA contiennent, outre lestimation du risque davalanche
par massif en référence à léchelle européenne,
des informations de "confort" comme les conditions denneigement,
la qualité de la neige et un aperçu météorologique
pour les 24h à venir, et des informations de "sécurité"
comme la stabilité du manteau neigeux et la tendance ultérieure
du risque.
BRA - Mode demploi
Le BRA doit être considéré, non pas comme un feu
vert ou un feu rouge, mais comme un outil daide à la décision
permettant à tous ceux qui vont hors des pistes balisées
et ouvertes dadapter leur comportement aux conditions de neige et
aux risques prévus.
Il est recommandé :
- de ne pas se fixer un seuil chiffré pour unique critère
de décision, du type "en risque 2, je vais partout, en risque
4 je ne sors pas !"
Lenseignement à tirer du BRA dépend du niveau dexpérience
de chaque utilisateur, de la composition du groupe amené à
faire une sortie. Par exemple, en cas de risque très élevé,
les moins expérimentés seront incités à revoir
complètement leurs projets, tandis que les plus chevronnés
seront à même de choisir litinéraire le mieux
adapté aux conditions.
- de prendre connaissance de lintégralité du bulletin
et de ne pas sen tenir à lindice chiffré.
Si le niveau de risque davalanches est estimé à léchelle
dun massif, la rubrique "stabilité" du BRA sattache
à donner le plus dinformations possibles quant aux altitudes
et aux orientations des pentes où les conditions sont estimées
les plus douteuses (ou les plus sures), ainsi quà lévolution
du risque en cours de journée.
La consultation des BRA nempêche pas, bien au contraire, de
se renseigner aussi quand cest possible auprès de professionnels
de la montagne ni de confronter en permanence, une fois sur le terrain,
les informations nivologiques avec ses propres observations ou sensations.
Autres types de bulletins disponibles
Le bulletin de synthèse hebdomadaire (BSH), résume les
phénomènes marquants de la semaine écoulée,
avec notamment les épisodes de vent fort, les fluctuations de lisotherme
0°, le cumul des chutes de neige. Sans être un bulletin destimation
du risque davalanche, il sadresse particulièrement
aux randonneurs et aux professionnels qui ont besoin de connaître
les conditions nivométéorologiques des jours précédents.
Ce bulletin est disponible actuellement sur répondeur et sur minitel
du jeudi au dimanche, de la mi-décembre et la fin avril. Une diffusion
sur le site internet de Météo-France est également
envisagée à court terme.
Les informations neige et avalanche (INA) sont disponibles en début
et fin de saison, chaque vendredi, ou avec une fréquence plus importante
si la situation lexige, pour répondre aux besoins des skieurs
de montagne. Leur contenu plus succinct que les BRA, comme leur diffusion
moins fréquente, est dû à la diminution très
importante des observations dont peuvent se servir les prévisionnistes.
Néanmoins, grâce aux stations automatiques Nivôse,
aux renseignements collectés auprès des refuges ou au cours
de sorties terrain et aux résultats de la chaîne SAFRAN/CROCUS/MEPRA,
des informations sont données sur les chutes de neige de la semaine
écoulées, les grandes caractéristiques du manteau
neigeux et les conditions quon peut attendre au cours du week-end
suivant.
Et en cas de situation de "crise"
Lorsque la situation avalancheuse devient préoccupante pour la
sécurité des biens et des personnes, une mission de surveillance
particulière est assurée par le Point Focal "Alpes"
et le Point Focal "Pyrénées". Les points focaux
sont deux des centres montagne qui ont en charge la prévision du
risque davalanches de leur département et qui ont en plus
une responsabilité régionale. Il sagit du Centre de
Grenoble/Saint Martin dHères pour les Alpes et du Centre
de Tarbes pour les Pyrénées.
Cette mission sinsère désormais dans le dispositif
plus général de vigilance pour tous les grands phénomènes
naturels dont sest dotée Météo-France en 2001.
Lavalanche constitue un des phénomènes pour lesquels
une carte de la métropole, dite carte de vigilance, indique le
niveau de vigilance requis vis-à-vis du danger météorologique
dans un département donné. Dans les situations de très
fort risque davalanche menaçant par exemple routes et habitations
ou de très fort risque de déclenchement accidentel, les
services en charge de la sécurité, mais aussi les médias
et le grand public, sont informés de façon spécifique
par lintermédiaire de bulletins de suivi de la situation
et de communiqués météorologiques de presse (CMP).
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