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-- Les enjeux de l'information dans la prévention des accidents liés à la pratique des sports d'hiver (suite 2)
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Les avalanches en France
-- 1/ Les dysfonctionnements / paradoxe de la liberté réglementée
On a mis en évidence la dimension structurelle des dysfonctionnements : l'idée de fond ne participe pas d'un fonctionnalisme selon lequel tout devrait fonctionner en harmonie pour les "besoins" du système". Au contraire, les dysfonctionnements participent structurellement à l'organisation du système.

Les pluridéterminations des acteurs impliqués dans la gestion des risques.

J'ai construit une problématique de communication préventive dans la gestion des risques en abordant le système des sports d'hiver dans sa complexité, c'est-à-dire en ne dissociant pas les actions de prévention et de protection des risques de l'ensemble des interactions entre les éléments, les processus en jeu dans l'organisation du système. Dès lors, mon questionnement s'est orienté vers une approche téléologique, c'est-à-dire prenant en compte les finalités des actions entreprises et plus largement vers les déterminations multiples qui contraignent les acteurs impliqués à différents niveaux dans la gestion des risques.

Les problèmes qui se posent en rapport à la prise de risques ne sont pas simplement le résultat d'une "dysfonction organisationnelle". Les dysfonctionnements contribuent aussi à l'organisation du système (simultanément, ils sont produits par l'organisation et produisent l'organisation). Le système des sports d'hiver se construit sur la base de ces dysfonctionnements. En ce sens, les dysfonctionnements ne sont pas conjoncturels, mais structurels.

D'où un renforcement des paradoxes qui découlent de l'opposition entre logiques contradictoires. À titre d'exemple, les pratiques sportives inspirées de la recherche de liberté, de sensations dans de grands espaces naturels et sauvages, etc., participent d'une fonction de régulation sociale, et contribuent donc à l'organisation de la société. En tant que telles, elles peuvent être considérées comme nécessaires, mais simultanément, la prévention des risques qui en découlent devient aussi une nécessité sociale. Or les valeurs, les représentations, les comportements suscités par ces pratiques sont largement réappropriés et exacerbés par le marché dans un processus de consommation de masse (le free-ride actuel comme "extrême de masse"). Parallèlement, les acteurs directement impliqués dans la gestion des risques sont aussi étroitement soumis aux contraintes économiques, et par là-même, confrontés à un ensemble d'injonctions paradoxales : préserver des espaces de liberté, dans une perspective sociale mais aussi marchande et politique, dans un contexte d'accroissement des responsabilités juridiques, tout en assurant une gestion collective des risques pour des pratiquants dont l'objectif, reconnu ou non (c'est-à-dire dont ils ont plus ou moins conscience) est justement de s'engager dans des pratiques à risques.

Les paradoxes auxquels sont confrontés les acteurs impliqués dans la gestion des risques sont donc la résultante d'une certaine organisation du système et nourrissent les contradictions sur lesquelles ils s'appuient, c'est-à-dire perpétuent les dysfonctionnements du système.

À travers une réflexion et une analyse de l'articulation et des confrontations entre les différentes logiques du système et les processus en action qui en résultent, j'ai tenté de montrer que la communication préventive à elle seule, qui au demeurant est régulièrement présentée comme solution miracle à la résolution des problèmes inhérents à la prise de risques dans les pratiques sportives de glisse hivernale, ne peut suffire à résoudre les problèmes dans le sens où elle est elle-même intégrée, comprise dans les processus dont elle est censée résoudre les dysfonctionnements.

Ce qui confirme la pertinence d'une approche "globale", de type systémique, permettant de considérer les actions de communication préventive et plus largement la gestion des risques dans le contexte dans lequel elles s'inscrivent. Il importe de relier entre elles les différentes logiques, souvent en opposition (économiques, juridiques, politiques, médiatiques, sociales).

Il faut fédérer les acteurs autour de questionnements approfondis dépassant le seul cadre de leurs intérêts immédiats (évidemment, dans la mesure du possible ; compte tenu des enjeux et de certains résultats particulièrement sensibles, il est certain que différentes questions ne peuvent échapper à un traitement selon une segmentation des acteurs concernés). Il est souhaitable de favoriser la mise en place de groupes de travail incluant une plus grande diversité d'acteurs et d'élargir la problématique sécuritaire à des acteurs qui n'ont pas (ou trop peu) été mis à contribution jusqu'à présent, tels que les personnels de l'éducation nationale. On devra également impliquer des représentants des pratiquants, ainsi que des représentants d'organismes associatifs, dans une perspective de formation, d'enrichissement des réflexions et des débats relatifs à la sécurité, mais aussi et surtout, pour permettre une "ouverture" du milieu montagnard et ainsi atténuer des logiques corporatistes encore trop présentes.

La notion de communication préventive stricto sensu doit être étendue à celle d'éducation aux risques (ce point est approfondi infra, plus particulièrement dans les parties 4 et 6). Il est nécessaire d'identifier deux types d'actions, qui ouvrent sur des pratiques et des outils de prévention différents : l'action de sensibilisation (de type communication sociale) ; l'action d'éducation, de formation (dimension didactique). Dans le premier cas, on a un message bref, ciblé, un contenu relativement pauvre en informations, on joue sur l'adhésion rapide des pratiquants, on procède à une diffusion "de masse", etc.. Dans le second, les informations délivrées aux pratiquants sont beaucoup plus riches, réflexion plus approfondie, formation, etc.
Le point suivant est important : une des missions de la communication préventive de type sensibilisation ne serait-elle pas d'inciter les pratiquants à disposer de "compétences" accrues, donc à effectuer volontairement des démarches du second type (formation, recherche d'informations relatives à la sécurité…) ? En terme de communication préventive, un support inopérant dans le premier cas peut être efficace dans le second cas : exemple du document les "10 règles de conduite sur les pistes", beaucoup trop exhaustif pour une assimilation, une compréhension, dans le cadre d'une diffusion grand public. En revanche, ce document peut constituer un excellent support de formation, en milieu scolaire notamment (classe de neige, avant un séjour en montagne, etc.).

Donc, on propose une orientation de la prévention vers la formation des individus, non seulement chez les plus jeunes, mais aussi chez l'ensemble des pratiquants. Ceci nécessite un questionnement autour des problèmes posés par de telles actions. Exemple : il est relativement facile d'atteindre les plus jeunes plus particulièrement dans un cadre institutionnel. Par contre, comment motiver un public adulte à participer à des actions de formation ? Les initiatives de ce type qui ont pu être entreprises en stations, souvent par les services de sécurité des pistes, ne recueillent qu'une très faible audience, faible participation, selon les témoignages recueillis).
Il faut prendre en considération les difficultés propres à une éducation aux risques (voir infra, dimension subjective centrale dans l'engagement face aux risques ; moindre respect des règles posées par la collectivité chez les individus les plus compétents). L'éducation aux risques, à elle seule, ne suffit pas, encore faut-il qu'elle soit en adéquation avec les systèmes d'information, qui doivent nécessairement permettre à des gens "éduqués" de s'impliquer dans la gestion de leur propre sécurité, etc..
En d'autres termes, l'éducation aux risques doit relever d'un "choix assumé" en matière de politique de prévention, devant susciter un questionnement global (ou presque !). Surtout, l'idée d'éducation aux risques ne doit pas se réduire à un moyen simple et symbolique de rejeter sur les pratiquants une part des responsabilités qui incombent aux professionnels et aux responsables des collectivités publiques. Elle doit se donner les moyens d'aboutir à des résultats concrets (d'où la nécessité d'un questionnement approfondi et élargi à l'ensemble des acteurs : confrontation des points de vue, des intérêts, des contraintes mise en évidence des problèmes émergents et des éléments de réponse).

Les différentes logiques d'acteurs qui s'affrontent doivent être prises en compte (la communication publique préventive n'est pas "neutre" dans un milieu "indéterminé". Exemple : infra partie 5). On note une opposition entre logiques préventives et logiques économiques : les dépliants touristiques ignorent généralement tout questionnement relatif à la sécurité (marchandisation de l'extrême et simultanément, prévention des risques infra partie 4). Détournement à des fins juridiques de certains systèmes d'information, plus largement les processus d'objectivation des risques, contraires à des systèmes autorisant un engagement subjectif autonome et responsable face à un risque. Dépossession de la prise de décision au niveau individuel (l'individu se soustrait à la collectivité dans la gestion des risques). Il importe de faire passer un "message vrai" sur les risques en montagne en contrepoint des discours publicitaires offrant à chacun les sensations extrêmes sans les conséquences de l'action engagée et de poser les vraies questions afin de mettre en lumière les freins résultant des logiques contradictoires qui ont été énumérés.

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