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-- Une nouvelle échelle d’intensité pour les avalanches (suite)
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par François RAPIN, Cemagref - ETNA,
Richard GUILLANDE, Géosciences Consultants
-- Le fonctionnement de l’échelle (suite)

Les paramètres physiques

Ils ont été limités à quatre : la surface affectée, l’épaisseur mobilisée, le volume déposé et la pression d’impact.
Sauf pour la pression d’impact, ces paramètres physiques s’évaluent avec des références assez facilement accessibles immédiatement après l’événement. La valeur citée correspond à un ordre de grandeur typique possible. Elle ne constitue pas un seuil, minimal ou maximal, déterminant dans l’appréciation du degré d’intensité.

La surface affectée : elle s’évalue en hectare en projection plane, sur un plan, sur une carte en comprenant l’ensemble des zones concernées par l’écoulement au sol : rupture dans la zone de départ, écoulement dans le couloir ou dans la zone d’écoulement, dépôt dans la zone d’arrivée. Dans le cas d’un aérosol, le simple passage du nuage n’est pas compris dans cette surface. Inversement, un secteur sans trace d’écoulement mais complètement enserré entre des zones ayant vu le passage d’une même avalanche est compris.

L’épaisseur de neige mobilisée : elle s’évalue en centimètres dans la zone de départ selon une moyenne le long d’une possible fracture du manteau neigeux. Elle est mesurée perpendiculairement au sol (et non pas verticalement).

Le volume déposé : il s’évalue en centaines ou milliers de mètre-cubes, à partir de l’emprise constatée au sol et d’une hauteur qui peut être estimée en moyenne.
Une relative cohérence interne entre ces trois critères a été recherchée : la moitié de la surface affectée dans la zone de départ multipliée par l’épaisseur moyenne de neige mobilisée correspond sensiblement au double du volume déposé (pour tenir compte du tassement fréquent lors de l’écoulement).
La pression d’impact : elle s’évalue en kiloPascal avec, en première approche, 10 kPa = 1 t/m2. Le maintien de ce critère plutôt difficile d’accès se justifie par le fait que c’est lui qui caractérise le mieux l’impact. Il s’évalue a priori en début de zone d’arrêt, pris dans le sens de l’écoulement.

Les effets prévisibles sur les enjeux

Comme pour les autres aléas, les enjeux se distinguent selon les mêmes catégories :
les personnes, les bâtiments, les infrastructures et ouvrages, les espaces naturels et agricoles et les autres critères. Il n’y a aucune restriction d’utilisation suivant le type d’avalanche, de neige ou de dégâts constatés.

Les personnes : leur nombre n’est pas réellement pertinent : de très grosses avalanches n’ont pas fait de victimes, et une simple " coulée " peut être à l’origine de décès. Mais il est apparu important de conserver ce critère pour distinguer encore mieux le nombre de victimes du degré d’intensité de l’avalanche. Les personnes ainsi prises en compte se distinguent soit en " observateur-témoin " soit en " emporté-victime " : cette différence est essentielle car l’effet est radicalement différent. Et parmi les victimes, il est apparu nécessaire de distinguer les atteintes psychologiques, les blessures et la mort.

Les bâtiments : c’est l’importance de l’endommagement structurel qui identifie les effets prévisibles. Les exemples sont donnés sur les ouvertures, les murs, les toits. L’ensevelissement est également un critère facile d’accès.

Les infrastructures et ouvrages : Il s’agit surtout des voies de circulation (routes et parfois voies ferrées). Toutefois, la voie est rarement endommagée en tant que telle, mais elle peut être rendue impraticable par son ensevelissement et/ou par des dégâts sur les superstructures (signalisation, glissière, lignes aériennes) la longeant. De plus, les véhicules présents peuvent être directement et gravement atteints. Enfin, dans les degrés les plus élevés, les ouvrages de protection paravalanche peuvent être concernés.

Les espaces naturels et agricoles : Il s’agit surtout d’effets sur la végétation arbustive, et la forêt. Parfois un cours d’eau peut être obstrué, même si très souvent, le flot parvient à se maintenir sous le dépôt neigeux. Si l’avalanche tombe dans un lac, une onde de submersion peut être générée.

Les autres critères : il s’agit de possibles manifestations sonores ou d’effet de souffle (constaté sur des enjeux fixes). La notion de crue avalancheuse s’entend sur un nombre d’avalanches naturelles ayant parcouru la très grande partie de chaque site connu (proche de l’enveloppe maximale), au cours de trois jours consécutifs.
Un autre effet est celui qui conduit à des mesures d’évacuation et/ ou de consignation en cas d’avalanche relativement exceptionnelle, sans véritable dégât.
-- Validation de l’échelle
 

L’échelle proposée a été testée sans difficulté majeure sur plusieurs évènements passés relativement bien documentés. Une validation a été effectuée sur les premiers évènements avalancheux de l’hiver 2002 : seules quelques formulations ont alors été ajustées.
La validation ne semble pas devoir actuellement présenter de difficultés, mais elle ne pourra être complète qu’après mise en oeuvre sur de réelles nouvelles " catastrophes avalancheuses ".

Exemples de test de validation sur des événements récents

 • avalanche à Chamonix (74) de Montroc du 09/02/1999

 • avalanche aux Crots (05) de la Crête du Lauzet du 23/01/1998

 

Échelle d'intensité des avalanches

Avertissement : ces valeurs, ces qualifications “typiques” possibles n’ont pour ambition que de donner un ordre de grandeur, une unité pertinente de mesure du paramètre concerné, une référence appropriée.
D’autres paramètres ne sont pas pris en compte (ex : caractéristiques de la neige mobilisée, ampleur de la zone de départ, topographie, variations suivant la dénivelée, largeur et longueur d’écoulement, type d ‘écoulement, etc.) pour la définition de cette échelle d’intensité.
Ainsi les qualifications retenues peuvent être assez différentes pour une avalanche particulière : elles ne sont donc pas forcément toujours cohérentes suivant une même ligne : il faut alors choisir la classe selon les paramètres qui paraissent les plus représentatifs.

-- Conclusion et perspectives
 

Cette nouvelle échelle d’intensité des avalanches a permit de mieux identifier et de partager les paramètres essentiels permettant une évaluation rapide de la magnitude de l’événement survenu.
Inséré avec les autres échelles, comme celles produites par le Cemagref (feux de forêts, inondations, crues torrentielles), ce nouvel outil sans équivalent mondial permet de renseigner le système d’information et de retour d’expériences sur les risques naturels, appelé GÉDÉON mis en place par le ministère de l’Écologie et du Développement Durable.

À l’avenir, les catastrophes naturelles françaises seront ainsi mieux caractérisées et comparées. Les nouvelles informations ainsi acquises devraient trouver toute leur utilité dans de nouvelles approches en matière d’aménagement du territoire et, le cas échéant, au niveau du système d’indemnisation

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