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-- Une nouvelle échelle d’intensité pour les avalanches
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par François RAPIN, Cemagref - ETNA,
Richard GUILLANDE, Géosciences Consultants
 
Article paru dans la revue de l'ANENA "Neige et Avalanches" N° 109 - mars 2005
  Comment qualifier une " catastrophe naturelle " après qu’elle s’est produite, comment la comparer avec d’autres de même nature survenues dans le passé ?
Cet objectif, fort utile en terme d’aménagement du territoire et de gestion des évènements, est possible avec l’aide d’une échelle d’intensité construite à partir de certains paramètres physiques du phénomène lui-même, et des endommagements observés sur les enjeux standards tels que différents types de bâti, infrastructures, réseaux, milieu naturel…
Cet article présente les étapes de réalisation d’une nouvelle échelle d’intensité pour les avalanches.

Le concept d’un modèle d’échelle d’intensité pour qualifier une " catastrophe naturelle " est une initiative du Ministère de l’Écologie et du Développement Durable. L’étude (Guillande et al., 2002) a été coordonnée par le bureau Géosciences Consultants (GSC) et réalisée en partenariat avec Météo-France et le Cemagref.

Les risques naturels concernés étaient météorologiques (tempête, cyclone, orage, grêle, etc.), hydrauliques (inondation, crue torrentielle, avalanche, submersion par remontée de nappe), volcaniques (éruption), sismiques, dus à des feux de forêts (Lampin-Cabaret C. et al., 2002) ou à des mouvements de terrain, etc.

 

-- Les objectifs d’une méthode commune à plusieurs risques naturels

Les échelles doivent permettre de qualifier une intensité et les dommages théoriques correspondants même s’il n’y a pas eu de réel endommagement (en cas d’absence d’enjeu sur le site). Elles devaient donc être indépendantes du site concerné et de sa vulnérabilité réelle : ceci a imposé une palette variée de critères afin d’être certain qu’au moins un indice permette d’attribuer une intensité.
Ainsi, en présence d’enjeux sur la zone impactée, le niveau d’intensité n’est pas décrit en fonction du nombre d’enjeux présents (ce qui reviendrait à qualifier un niveau de vulnérabilité) mais selon le niveau d’endommagement observé sur ces enjeux. De plus, dans un souci de reproductibilité, il fallait construire ces échelles sur des enjeux standards, très répandus.
Il a donc fallu identifier quelques paramètres physiques assez facilement quantifiables et des gammes correspondantes de types d’endommagement : personnes, bâtiments, infrastructures, espaces naturels et agricoles, autres.

À un niveau d’intensité décrit par un paramètre physique donné, correspond un niveau d’endommagement maximal supposé possible sous l’effet des sollicitations physiques. Bien évidemment, des niveaux moindres peuvent être observés selon l’éloignement, la position de l’enjeu relativement au phénomène source et à son maximum d’intensité qui peut être très localisé, étendu, se déplacer. On se rattache donc à une position théorique de l’enjeu, la plus défavorable par rapport à la sollicitation physique.
Un guide d’usage de ces échelles d’intensité a été écrit et mis à disposition des utilisateurs.

-- La construction de l’échelle d’intensité " avalanche "

La principale échelle d’intensité préexistante et utilisée est canadienne (MacClung et al., 1993). Elle a une ancienne origine (Perla et al., 1976), elle est sur 5 niveaux, mais elle reste très rudimentaire sur l’endommagement. À la suite d’une réflexion collective lors de l’université européenne d’été " Avalanches " dans le Val d’Aran (Espagne) en 2000, l’unité ETNA du Cemagref a travaillé avec le Centre d’Études de la Neige de Météo-France au développement d’une échelle avalanche essentiellement axée sur les paramètres physiques du phénomène. C’est à partir de cet acquis que le Cemagref a poursuivi en 2001 et 2002 ses travaux pour la réalisation de l’échelle avalanche souhaitée par le ministère chargé de l’environnement.
En développant la description des endommagements possibles, elle s’est progressivement sophistiquée et complétée. Elle s’est appuyée sur l’analyse d’événements survenus en France, comme les avalanches de Chamonix-Montroc et Chamonix-Taconnaz (1999), des Crots-Crête du Lauzet (1998) ou de Peisey-Les Lanches (1995).

Divers documents et rapports de mission constituants des retours d’expérience ont été consultés, ainsi que, bien évidemment, des ressources généralistes sur la typologie du phénomène. Une consultation de plusieurs experts a été ensuite effectuée afin de mieux déterminer les critères ainsi que les seuils de l’échelle.

-- Le champ d’application
 

L’échelle d’intensité des avalanches de neige peut s’appliquer à tout événement avalancheux, en particulier ceux entraînant des dégâts. Elle mesure leur potentiel destructeur. Dans la plupart des cas, c’est l’impact du fluide qui produit l’endommagement, mais lorsque des personnes sont ensevelies dans la neige, c’est surtout l’effet d’étouffement qui, en quelques minutes, suffit pour provoquer la mort.
Selon la morphologie du site et la qualité de la neige en mouvement, l’écoulement peut parfois provoquer dans la zone d’arrivée plusieurs flots espacés dans le temps de quelques dizaines de secondes (maximum deux minutes), et parfois espacés dans l’espace : il s’agit néanmoins du même événement. Dans les sites complexes, d’autres pentes plus ou moins voisines peuvent se déclencher ultérieurement en initiant ainsi un nouvel écoulement dans la même zone d’arrivée : si cette distinction est possible formellement, on peut distinguer les deux avalanches dans l’utilisation de l’échelle, bien que l’effet de la seconde soit influencé par le dépôt de la première.

-- Le fonctionnement de l’échelle
 

Le but consiste à classer un événement selon son intensité constatée, par rapport à d’autres événements connus dans le passé.

Cette évaluation s’effectue à partir d’une inspection visuelle pouvant provenir de différents témoins sur la base des critères détaillés dans l’échelle de référence : voir le tableau.
Sauf exception justifiée, le choix final du degré d’intensité est fait en retenant le niveau correspondant au maximum observé et renseigné sur les paramètres physiques, sur les bâtiments et les infrastructures.
L’effet sur les personnes, celui sur les milieux naturels, la comparaison avec d’autres critères, se situent chacun à un niveau largement inférieur qui ne peut à lui seul emporter le niveau de classement.
Les critères retenus s’incrémentent à chaque niveau : si l’un d’entre eux n’a pas été repris au degré immédiatement supérieur, c’est qu’il s’établit au moins à la valeur ou à l’énoncé précédent.

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