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-- Gestion du risque d’avalanches lors d’une épreuve de ski-alpinisme (suite et fin)
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Robert Bolognesi, METEORISK
-- Pendant l’épreuve
Contexte nivo-météorologique :
loupe(voir le bulletin du 21 mars 2006)

loupe(voir les profils nivologiques)

on Météorologie…
… durant la semaine précédant l’épreuve (20 au 25 mars)
Le soleil qui était présent en matinée du lundi 20 mars s’est rapidement voilé à l’approche d’une dégradation nuageuse, annonçant le temps instable qui a prévalu tout au long de la semaine. De petites éclaircies ont été observées le mardi 21 mars puis un nouveau front perturbé est arrivé le mercredi 22 mars en soirée et a amené une quinzaine de centimètres de neige à 2 500 m d’altitude. Il s’est évacué par l’Est le lendemain matin, faisant place au soleil pour peu de temps avant une nouvelle dégradation du temps, vendredi 24 mars, qui a apporté plus de 20 cm de neige fraîche en altitude. Pendant toute cette période, la limite pluie/neige s’est située aux alentours de 2 000 m, avec des températures variant de +10 à +15°C en plaine (températures supérieures aux normales saisonnières). Les vents, qui ont généralement soufflé du secteur ouest, se sont renforcés en fin de semaine.
En résumé : une semaine de temps humide, venteuse et particulièrement douce.

… durant l’épreuve (26 mars)
Le 26 mars, jour de l’épreuve, on a relevé +22°C en plaine, ce qui est proche du record de chaleur de ces vingt dernières années (+23.3°C le 28 mars 1989) ! Cette seule donnée pourrait, à elle seule, résumer la situation…
Les mesures effectuées sur le secteur des Faverges révèlent une situation très douce en montagne : pas de regel nocturne en dessous de 2 200 m et températures positives à toutes les altitudes dès 10 h. Alors que la nuit est restée couverte et a connu encore quelques précipitations (avec de la pluie en dessous de 2 000 m remontant temporairement jusque vers 2 200 m), le ciel a commencé à se dégager dès 7 h 30 et la journée a été ensuite largement ensoleillée.
En résumé : une journée chaude après une nuit couverte et pluvieuse.

on Nivologie …
… durant la semaine précédant l’épreuve (20 au 25 mars)
En dessous de 2 400 m, la semaine du 20 au 25 mars a marqué l’apparition d’un manteau neigeux de printemps. En effet, la remontée des températures, le faible regel nocturne et le vent doux ont fortement réchauffé la neige.
Dès le milieu de semaine, les premières avalanches de neige humide se sont déclenchées sur les pentes les plus raides. À plus haute altitude, le manteau neigeux est resté froid, compact et assez stable. Cependant, les petites couches successives de neige fraîche n’ont pu se lier correctement aux sous-couches et une certaine instabilité de surface s’est maintenue durant toute la semaine.

… durant l’épreuve (26 mars)
Avant le lever du jour, quatre tirs ont encore été effectués, en ultime précaution. Ces tirs n’ont pas donné de résultat significatif, ce qui a conforté le diagnostic de stabilité en altitude. A 8 h environ, une reconnaissance en hélicoptère a été effectuée pour pouvoir juger de l’activité avalancheuse récente dans les quelques zones non visibles depuis les points d’observation. Cette reconnaissance a permis de constater que plusieurs avalanches spontanées s’étaient produites durant la nuit et que de nombreuses fissures de reptation s’étaient ouvertes.

Analyse et décisions

Compte tenu des données disponibles, il semblait clair que les conditions nivologiques étaient très différentes selon l’altitude :
• au-dessus de 2 500 m, les précipitations et les vents de la nuit avaient été faibles ; le manteau neigeux apparaissait stable et les minages préventifs récents avaient fortement réduit les risques de coulées ;
• aux altitudes inférieures, en revanche, le manteau neigeux était humide ou même mouillé ; le regel nocturne avait été médiocre, voire nul ; les pentes étaient très chargées.

Deux scénarios étaient possibles : soit le ciel allait rester plus ou moins couvert jusqu’en milieu de journée, soit au contraire il allait se dégager en tout début de matinée. Dans le premier cas, le manteau neigeux pouvait encore résister quelques heures. Dans le second cas, on pouvait s’attendre à des départs d’avalanches aux altitudes basses et moyennes dès le milieu de matinée. La prévision météorologique établie à 3 h 30, en concertation avec Météo Suisse, annonçait le retour rapide du soleil. Cependant à 5 h, la situation semblait encore indécise…

Après concertation, et en tenant compte des conditions météorologiques de la nuit et des dernières prévisions, les responsables de la course ont décidé que celle-ci aurait lieu mais avec certaines restrictions :
• une partie de la descente devrait se faire par une piste de ski faute de pouvoir contrôler certaines des avalanches menaçant le parcours ;
• les équipes arrivant après 10 h 15 au point le plus haut de l’itinéraire devraient redescendre avec les télécabines.
Enfin, la neutralisation d’une partie de l’itinéraire située à basse altitude était envisagée. Elle dépendrait de l’évolution des conditions, en cours de matinée.

Ces décisions pouvaient sembler assez risquées, mais elles étaient toutefois pertinentes compte tenu des moyens de surveillance des conditions nivo-météorologiques qui avaient été mis en place (relevés météorologiques horaires à partir de 2 h en différents points du parcours) permettant un suivi en temps réel du temps et du manteau neigeux.
Vers 8 h, avec l’arrivée du soleil et la montée rapide des températures, le risque d’avalanche sur les versants Est à Sud a commencé à augmenter. La reconnaissance en hélicoptère a confirmé cette appréciation. La décision de neutraliser une partie du parcours située à basse altitude a alors été prise et des vigies ont été placées pour surveiller l’un des passages exposés.

Finalement, bien que de nombreuses coulées de taille importante se soient produites pendant cette journée, dans toute la région, la course s’est poursuivie et terminée sans incident.

On retiendra cependant que la sécurisation d’une telle épreuve est extrêmement délicate, et ne peut s’envisager raisonnablement qu’avec une préparation minutieuse, des moyens importants et la totale confiance des organisateurs.

rond Remerciements
De nombreuses personnes ont participé au dispositif de sécurité avalanche du Défi des Faverges 2006, et notamment Daphné Chardon, Rose Gigon, Christophe Berclaz, Fabrice Meyer, Charly Wuilloud, Pierre-Olivier Bagnoud, Florian Pourraz, Conrad Caloz, Daniel Barras, Bernard Fogoz et Miguel Bétrisey.

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