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-- 30 ans de gestion du risque d’avalanche : synthèses
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F. Sivardière (ANENA) , L. Belanger (Cemagref),
G. Brugnot (Cemagref), Y. Cassayre (RTM), Y. Durand (CEN).
   
  Article paru dans la revue de l 'ANENA " Neige et Avalanches " N° 97, mars 2002.
   
  Le colloque organisé à l’occasion des 30 ans de l’ANENA en novembre 2001 avait pour thème " bilan et perspectives de 30 années de gestion du risque d’avalanche en France ". Six tables rondes ont permis d’en aborder les principaux aspects. Les discussions et échanges ont été riches et intéressants. Nous vous en proposons ici une synthèse.
-- Les acteurs de la gestion du risque d’avalanche

Cette table ronde a été marquée par la polysémie du terme responsabilité, " diriger, ordonner, être en charge de " et " être coupable du dysfonctionnement d’un système ".

Le rôle de l’État a été exprimé avec force par le Délégué aux Risques Majeurs, qui a énuméré un certain nombre de priorités, dans le prolongement des recommandations du rapport " Montroc ".
Le Vice-Président du Conseil Général de Savoie a ensuite exprimé ses préoccupations concernant les accès routiers aux stations de Tarentaise, avec une véritable préoccupation relative à la responsabilité dans les deux sens du terme. Toujours au niveau départemental, les services déconcentrés sont également très conscients de leurs responsabilités.
Les maires sont très conscients de la responsabilité de " deuxième type " qui pèse sur leurs épaules et le Président de l’Association des maires de stations de sports d’hiver, Maire de Saint-Bon-Courchevel a considéré que, en l’absence d’une stabilisation de la jurisprudence sur ce point, les candidats à l’élection municipale deviendraient de plus en plus rares.
Dans la discussion, plusieurs points importants ont été relevés : la question des risques acceptés/acceptables, celle de l’information - notamment des non-résidents - et celle des dysfonctionnements du pénal, dont il a été dit qu’ils relevaient de la justice et non des décideurs.
Les services des pistes assument une responsabilité importante à travers le déclenchement artificiel des avalanches, qui est devenu une condition d’ouverture des domaines skiables. Depuis trente ans, les techniques ont beaucoup évolué. Mais de nombreux problèmes restent à résoudre, tant sur le plan réglementaire (PIDA " provisoires ") que sur le plan technique (stockage de grandes quantités d’explosif).

Très tôt confrontés aux risques d’avalanche dans leur formation, les guides doivent faire face à une évolution rapide des connaissances et des techniques (nouveaux tests et moyens de secours). Ils sont très demandeurs en matière d’informations spatio-temporelles précises, tout en étant conscients que les progrès sont lents dans ce domaine.

Le Club Alpin Français, à l’instar des autres clubs de montagne et d’alpinisme, fait un gros effort de formation. Il tente de développer une culture de la sécurité tout en veillant aux évolutions des techniques (Arva) et des pratiques (raquettes).
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Née du plan Neige et de la catastrophe de Val d’Isère, l’ANENA joue depuis sa création un rôle central dans la construction de la politique de prévention des avalanches. Au fil du temps, les acteurs se sont multipliés, leurs domaines d’intervention se sont déplacés. À une période de mise en place de la politique publique (1970-1987) a succédé une époque de stabilisation (1987-1995) et nous sommes actuellement dans une période de crise. L’ANENA doit-elle (re)devenir une association de militants ou une association très professionnelle qui fournira à l’État les éléments d’un " consensus de métier " ? Elle peut, dans tous les cas, continuer à être un lieu d’échange comme le prouve cette semaine de réflexion.

-- La prévision du risque d’avalanche

La prévision du risque d’avalanche (PRA) est effectuée, en France comme chez nos voisins suisses et italiens, à deux échelles : une échelle " massif " (500 km2 environ) par Météo-France, et une échelle beaucoup plus fine (on parle de PRA locale ou PLRA : quelques km2) par les services de sécurité des pistes de certaines stations de ski et pour assurer la sécurité de quelques routes de montagne.
Malgré le recours à des logiciels d’aide à la décision développés depuis une quinzaine d’années et à des capteurs nivo-météo automatiques, l’expertise humaine reste un maillon essentiel des PRA " massif " et locale.
L’intérêt de la PLRA a été souligné sans ambiguïté. C’est un outil précieux mais les professionnels ont exprimé leurs craintes sur la manière dont elle peut être utilisée, interprétée et reconnue, notamment dans un contexte juridique. L’utilisation des indices, bulletins et autres modèles sont toujours potentiellement dangereuses et ce problème doit être compris par le monde juridique. Les difficultés et les limites de la PLRA doivent être connues.
Le manque de références et de synthèses méthodologiques reconnues et approuvées (voire agréées) a été également relevé et considéré comme un frein à un élargissement de l’utilisation de la PLRA. C’est la raison pour laquelle un groupe de travail ad hoc a été créé au sein de l’ANENA en 2001, dans le but d’établir un guide méthodologique relatif à la PLRA (type et localisation des mesures, matériels, logiciels, etc.). Le travail en cours devrait aboutir prochainement.
Cet aspect purement technique est directement lié à un autre, de nature économique : quel est le coût de la PLRA ? Quelle est sa rentabilité ? Comment peut-elle être valorisée d’un point de vue financier (économie des explosifs, gestion du personnel) ou marketing (ouverture des pistes plus rapide, meilleure sécurité) ? Si certaines stations de ski ont créé des postes de prévisionnistes locaux et une organisation relativement coûteuse, la plupart d’entre elles n’ont pas les moyens financiers de s’engager aussi loin. Un juste milieu doit être trouvé entre le coût de la mise en œuvre de la PLRA et son niveau attendu de performance.
Le dernier point qui a été abordé concernant la PRA locale est sa valorisation en direction des pratiquants. Elle est en effet liée au devoir d’information de la clientèle qui pèse sur les stations de ski. Celle-ci doit être de plus en plus précise tout en sachant que le risque zéro n’existe pas et que la notion de domaine skiable est encore mal définie et mal connue. Il faut aussi faire attention au public visé. Il y a ainsi une différence entre l’information qui responsabilise le pratiquant averti et le conseil qui s’adresse à ceux qui n’ont pas le bagage nivo-météo suffisant. Il faut ainsi un mode de communication adapté à la catégorie d’utilisateur, son niveau de formation et son domaine d’évolution (piste / hors-piste). Il faut pouvoir s’adresser à tous, sans porter de préjudices, et être capable de réactualiser l’information.
La solution idéale ne semble pas encore être trouvée mais la réflexion est initiée.

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