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Lavalanche est le risque naturel le plus meurtrier en France, avec,
en moyenne, trente décès chaque année depuis plus
de vingt ans. La protection des biens et des personnes contre ce danger
fait intervenir un grand nombre dorganismes, à tel point
quil nest pas toujours facile de savoir qui fait quoi
.
En effet, la gestion du risque davalanche, qui peut être comprise
comme lensemble des mesures qui sont prises pour réduire
au maximum les conséquences des avalanches, comporte plusieurs
aspects : spatiaux et temporels, individuels et collectifs, permanents
et temporaires, préventifs et secouristes.
De plus, la plupart des organismes concernés exercent leurs compétences
dans des domaines relatifs à plusieurs aspects, et un aspect peut
aussi être géré par plusieurs services.
Le présent article se propose donc déclaircir le rôle
des organismes impliqués dans la gestion du risque davalanche
: professionnels des stations de ski, élus locaux, administrations,
laboratoires de recherche, professionnels de lencadrement, secouristes,
fédérations sportives et clubs de montagne.
Dans un premier temps, seront abordés les aspects collectifs
de la gestion du risque davalanche, à travers leurs dimensions
spatiale et temporelle. La protection individuelle sera ensuite traitée,
avant de terminer par les différents acteurs du secours.
LA GESTION SPATIALE DU RISQUE DAVALANCHE
La connaissance du lieu où une avalanche peut se produire est un
préalable indispensable à toute action de protection. Il
faut en effet dabord savoir quelles sont les zones exposées
quil faudra donc protéger, avant dengager les dépenses
liées à leur sécurisation. Cette connaissance est
fondée sur la cartographie du risque.
Lensemble de la cartographie du risque davalanche sappuie
sur la CLPA (carte de localisation probable des avalanches). Celle-ci
est réalisée par la division ETNA (érosions torrentielles,
neige et avalanches) du Cemagref (établissement public dépendant
du ministère de la recherche) situé à Grenoble. Ces
cartes ont été dressées en vue de répondre
aux problèmes de sécurité dans léquipement
et laménagement de la montagne (routes et remontées
mécaniques). Elles ne sont pas adaptées à la demande
des skieurs, surfeurs ou randonneurs à raquettes.
La CLPA sert en effet de base à létablissement des
cartes de risque (PPR, plan de prévention des risques), qui sont
faites en collaboration avec les municipalités concernées,
et les services départementaux RTM-ONF (restauration des terrains
en montagne de loffice national des forêts). Parallèlement,
un certain nombre de couloirs et zones avalancheuses font lobjet
dun suivi de leur activité avalancheuse par les agents de
lONF, dans le cadre de lenquête permanente des avalanches
(EPA).
Le deuxième volet de la gestion spatiale du risque davalanche
concerne le génie paravalanche, et en particulier la mise en place
des ouvrages de défense permanente. Ces ouvrages sont destinés,
soit à empêcher lavalanche de se produire en retenant
le manteau neigeux dans sa zone de départ, soit à dévier,
freiner ou arrêter lavalanche avant quelle natteigne
la zone que lon souhaite protéger. Les études de conception
et dimplantation de ces ouvrages sont généralement
réalisées par les services RTM, avec dans certains cas lexpertise
de la division ETNA du Cemagref.
Parallèlement à ces activités très opérationnelles,
la gestion spatiale fait également lobjet de recherche par
cette division. Elles portent par exemple sur la modélisation des
écoulements des avalanches, qui doivent permettre de mieux connaître
les zones dextension des avalanches, sur la pathologie des ouvrages
paravalanches, sur les systèmes de cartographie automatique et
sur les problèmes liés à la répartition de
la neige transportée par le vent.
LA GESTION TEMPORELLE DU RISQUE DAVALANCHE
On entend par gestion temporelle du risque davalanche les mesures
prises temporairement, lors de certaines périodes, pour diminuer
les risques daccidents davalanche. Elle comporte, au niveau
collectif, principalement deux volets.
La prévision du risque davalanche
Le premier consiste à identifier les périodes pendant lesquelles
le risque davalanche peut être à lorigine daccidents.
Cest le rôle de la prévision du risque davalanche,
qui est réalisée à deux échelles : régionale
et locale.
Les centres départementaux montagne de Météo
France (au nombre de neuf dans les Alpes, les Pyrénées et
la Corse) ont la responsabilité de la prévision régionale.
Diffusée à travers le bulletin destimation du risque
davalanche (disponible sur un répondeur téléphonique
ou le minitel), elle est basée sur léchelle européenne
du risque davalanche. Cette échelle contient cinq niveaux
de risques croissants, numérotés de 1 à 5, qui traduisent
lextension géographique et laugmentation de linstabilité
du manteau neigeux. Ainsi, chaque jour, du 15 décembre au 30 avril,
chaque massif des départements des Alpes, Pyrénées
et Corse se voient attribuer, la veille, une estimation de niveau de risque,
complétée par des informations plus précises sur
la nature du risque et le type de pentes concernées. Le Centre
détudes de la neige de Météo France, quant
à lui, est chargé daméliorer la connaissance
de la neige et la prévision du risque davalanche. En plus
de cette fonction de recherche et développement, il est responsable
de la coordination nationale de la prévision du risque davalanche
à léchelle régionale.
Toutefois, cette prévision régionale, faite à léchelle
des massifs (quelques centaines de km2), peut ne pas être suffisamment
précise. En effet, les services de sécurité des stations
de ski, ou les services dentretien des routes des communes et départements
doivent avoir une connaissance plus fine des risques davalanches,
couloir par couloir, et non plus à léchelle du massif.
Dans certaines stations ou subdivisions de léquipement, un
service de prévision locale du risque davalanche a été
mis en place avec des outils spécifiques, permettant de compléter
et affiner linformation délivrée par Météo
France.
Le déclenchement artificiel des
avalanches à titre préventif
Le déclenchement artificiel préventif des avalanches à
laide dexplosifs est une technique très largement utilisée
par les services de sécurité des pistes des stations de
ski (pisteurs-secouristes artificiers), ainsi que par les agents des directions
départementales de léquipement, pour sécuriser
les pistes de ski et les routes de montagne.
Cette technique nest mise en oeuvre que pendant des périodes
dinstabilité potentielle du manteau neigeux. Elle vise en
effet à provoquer volontairement le déclenchement de lavalanche
grâce à leffet dune explosion. Cela permet dune
part de choisir le moment où lavalanche aura lieu, et de
prendre en conséquence les mesures de sécurité nécessaires
(notamment absence de personnes dans les zones découlement
et darrêt probables), et dautre part de provoquer des
avalanches moins importantes en déclenchant les avalanches, dans
la mesure du possible, dès 20 à 30 cm de neige fraîche.
On évite ainsi que les skieurs ne déclenchent eux-mêmes
lavalanche en sortant des pistes, ou que lavalanche ne parte
spontanément alors que des voitures ou des pratiquants de sports
dhiver se trouvent sur son passage.
La réglementation
À loccasion de situations particulièrement dangereuses,
les maires et les préfets ont la possibilité par voie darrêtés
de réglementer laccès et la fréquentation de
certaines zones : fermetures de routes, de pistes, voire de secteurs hors-pistes,
évacuation de bâtiments.
LA SÉCURITÉ INDIVIDUELLE
Les mesures exposées précédemment intéressent
la collectivité dans son ensemble. Appliquées depuis plusieurs
années, elles ont fait la preuve de leur efficacité : les
accidents davalanches quelles avaient pour but de réduire
lont été. Les accidents davalanche concernent
en effet maintenant presque exclusivement des personnes qui pratiquent
la montagne dans le cadre dune activité de loisirs : skieurs,
surfeurs, randonneurs à raquettes, alpinistes. Les mesures de protection
collective sont insuffisantes pour assurer leur sécurité,
car il nest pas possible (ni souhaitable ?) de sécuriser
de façon absolue lensemble du terrain de jeux
des pratiquants de sports dhiver que constitue la montagne. Par
contre, des mesures prises individuellement permettent de limiter le risque
dêtre exposé à une avalanche.
Lencadrement par des professionnels
Une personne sans expérience ni connaissance particulière
de la montagne enneigée, qui sengagerait donc en montagne
de façon aléatoire par rapport au risque davalanche,
peut facilement compenser ses lacunes en faisant appel à un professionnel
qui, lui, a cette expérience et ces connaissances, à la
fois théoriques et pratiques. Guides de haute-montagne, accompagnateurs
de montagne titulaires de la qualification raquettes à neige
ou moniteurs de ski sont en effet formés et expérimentés
pour faire face au risque davalanche. Il ne faut toutefois pas oublier
que nul, même le plus compétent, nest à labri
dune erreur dappréciation.
Linformation, la formation et la
prévention
Il est également possible dacquérir ces connaissances
en se formant. Prendre dabord conscience que la pratique de la montagne
nest pas dénuée de risques (quels quils soient),
puis apprendre comment y faire face. Conférences, stages, documents
et livres pédagogiques permettent petit à petit dy
parvenir. Les clubs et associations de pratiquants de sports dhiver
(club alpin français, fédération française
de la montagne et de lescalade, etc) organisent des conférences
et des stages de formation neige et sécurité
pour leurs membres, ainsi que des sorties encadrées par des bénévoles
expérimentés et formés, qui assurent, sortie après
sortie, une formation sur le terrain.
Les professionnels des stations de ski apportent également de plus
en plus de soin à linformation de leurs clients à
travers des panneaux daffichage et la disponibilité des pisteurs-secouristes.
LANENA joue un rôle important dans le domaine de linformation
du grand public. Cest en effet une de ses principales activités.
Elle réalise, édite et distribue des documents. Du plus
simple, au plus complet, en passant par des livres et documents pédagogiques
écrits en particulier pour les enfants, des cassettes vidéo,
du matériel dobservation des cristaux de neige, ou une exposition,
son catalogue rassemble tous les ouvrages sur la neige, les avalanches
et la sécurité en montagne hivernale. Elle diffuse également
une revue trimestrielle Neige et Avalanches, qui permet de
suivre lactualité dans ce domaine : état des connaissances,
nouveaux matériels, études en court. Ses rubriques sont
très diversifiées (science et technique, juridique, secours
et sécurité, estimation du risque, environnement hivernal,
témoignages et leçon daccidents, bulletins bibliographiques)
pour répondre aux attentes dun lectorat très varié.
De plus, lANENA organise ou anime, à la demande, de nombreuses
conférences pour tout type de public (privé ou professionnel),
ainsi que des stages pratiques dune ou deux journées, voire
plus. Enfin, elle est à la disposition des médias grand
public pour la rédaction darticle ou démissions
sur la sécurité en montagne, lorsque lactualité
lexige, mais aussi de façon préventive, par des chroniques
hebdomadaires.
LES SECOURS
Malgré toutes les précautions qui sont prises au niveau
collectif, malgré linformation et la formation des pratiquants,
il nest pas possible de supprimer tous les accidents davalanche.
Il est donc particulièrement important que le système dorganisation
des secours soit efficace. Dans ce domaine plus que dans les autres, les
acteurs concernés sont nombreux. Ils interviennent selon le cas
sous la responsabilité des maires ou des préfets. Il sagit
des gendarmes des PGHM (pelotons de gendarmerie de haute-montagne), des
CRS des sections spécialisées dans le secours en montagne
et des médecins du secours en montagne, ainsi que, dans certains
départements, des pompiers. Leur intervention se fait soit selon
le principe de lalternance hebdomadaire, soit simultanément.
Dans le cas dun accident sur un domaine skiable, les pisteurs-secouristes
sont généralement les premiers sur place. Comme, le secours
en avalanche nécessite souvent de gros moyens (essentiellement
pour les sondages), les militaires, moniteurs de ski, guides de montagne
voire bénévoles peuvent être amenés à
intervenir en renforts.
CONCLUSIONS
La gestion du risque davalanche présente de multiples facettes,
qui expliquent en partie le grand nombre dinterlocuteurs. Mais il
est vrai également quun aspect particulier peut aussi être
géré par plusieurs acteurs. En conséquence, lorganisation
de cette gestion peut paraître complexe. Toutefois, lanalyse
qui vient dêtre faite montre que les prérogatives et
les rôles de chaque organisme sont relativement bien définis.
Le danger dû à un grand nombre dacteurs et de parties
impliqués dans la gestion du risque davalanche en France
pourrait être celui du dysfonctionnement à cause dun
manque de coordination entre tous les intervenants.
Cela nest pas le cas, en particulier grâce à lexistence
dun organisme de coordination et de liaison, qui rassemble tous
ces organismes : lANENA.
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