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-- La gestion du risque d'avalanche :
acteurs et moyens
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par François Sivardière
   
  La gestion du risque d’avalanche concerne un nombre relativement important d’organismes professionnels ou fédérateurs de pratiquants de sports d’hiver. Elle regroupe en effet toutes les mesures (qui sont très variées) prises pour réduire au maximum les conséquences des avalanches : cartographie et ouvrages de protection paravalanches, prévision du risque à l’échelle régionale et locale, déclenchement artificiel des avalanches à titre préventif, réglementation, information, formation et encadrement des pratiquants des sports d’hiver, organisation des secours, etc.
-- Les acteurs

La gestion spatiale relève principalement des services de l’état que sont, dans le domaine de la recherche et de l’expertise, le Cemagref, et dans le domaine opérationnel les services RTM (Restauration des terrains en montagne de l’ONF).

La gestion temporelle est, à l’échelle régionale, une des missions de Météo France qui a en charge la prévision du risque d’avalanche. À l’échelle locale, elle est de la responsabilité des maires ou des préfets, et souvent mise en oeuvre par les services de sécurité des pistes des stations de ski ou, dans le cas des routes, par les directions départementales de l’équipement.

Les secours sont effectués, sous la responsabilité des préfets, par les gendarmes et les CRS de haute-montagne ainsi que les médecins du secours en montagne, avec, dans certains départements, les pompiers.

Sur les domaines skiables, les premiers intervenants sont la plupart du temps les pisteurs-secouristes, qui interviennent pour le compte du maire.

Quant à la sécurité individuelle des pratiquants, les guides, accompagnateurs et moniteurs permettent à ceux qui le souhaitent de bénéficier de leurs compétences.

Enfin, des actions de prévention, d’information et de formation sont effectuées par les professionnels, en stations de ski, par les clubs de pratiquants (CAF, FFME, etc), et par l’ANENA, qui réalise et diffuse également des documents pour tout type de public.

Liste des coordonnées des organismes impliqués dans la gestion du risque d'avalanche.

-- L’avalanche est le risque naturel le plus meurtrier en France…

L’avalanche est le risque naturel le plus meurtrier en France, avec, en moyenne, trente décès chaque année depuis plus de vingt ans. La protection des biens et des personnes contre ce danger fait intervenir un grand nombre d’organismes, à tel point qu’il n’est pas toujours facile de savoir “qui fait quoi ”.
En effet, la gestion du risque d’avalanche, qui peut être comprise comme l’ensemble des mesures qui sont prises pour réduire au maximum les conséquences des avalanches, comporte plusieurs aspects : spatiaux et temporels, individuels et collectifs, permanents et temporaires, préventifs et “secouristes”.
De plus, la plupart des organismes concernés exercent leurs compétences dans des domaines relatifs à plusieurs aspects, et un aspect peut aussi être “géré” par plusieurs services.
Le présent article se propose donc d’éclaircir le rôle des organismes impliqués dans la gestion du risque d’avalanche : professionnels des stations de ski, élus locaux, administrations, laboratoires de recherche, professionnels de l’encadrement, secouristes, fédérations sportives et clubs de montagne.

Dans un premier temps, seront abordés les aspects “collectifs” de la gestion du risque d’avalanche, à travers leurs dimensions spatiale et temporelle. La protection individuelle sera ensuite traitée, avant de terminer par les différents acteurs du secours.

LA GESTION SPATIALE DU RISQUE D’AVALANCHE

La connaissance du lieu où une avalanche peut se produire est un préalable indispensable à toute action de protection. Il faut en effet d’abord savoir quelles sont les zones exposées qu’il faudra donc protéger, avant d’engager les dépenses liées à leur sécurisation. Cette connaissance est fondée sur la cartographie du risque.

L’ensemble de la cartographie du risque d’avalanche s’appuie sur la CLPA (carte de localisation probable des avalanches). Celle-ci est réalisée par la division ETNA (érosions torrentielles, neige et avalanches) du Cemagref (établissement public dépendant du ministère de la recherche) situé à Grenoble. Ces cartes ont été dressées en vue de répondre aux problèmes de sécurité dans l’équipement et l’aménagement de la montagne (routes et remontées mécaniques). Elles ne sont pas adaptées à la demande des skieurs, surfeurs ou randonneurs à raquettes.
La CLPA sert en effet de base à l’établissement des cartes de risque (PPR, plan de prévention des risques), qui sont faites en collaboration avec les municipalités concernées, et les services départementaux RTM-ONF (restauration des terrains en montagne de l’office national des forêts). Parallèlement, un certain nombre de couloirs et zones avalancheuses font l’objet d’un suivi de leur activité avalancheuse par les agents de l’ONF, dans le cadre de l’enquête permanente des avalanches (EPA).
Le deuxième volet de la gestion spatiale du risque d’avalanche concerne le génie paravalanche, et en particulier la mise en place des ouvrages de défense permanente. Ces ouvrages sont destinés, soit à empêcher l’avalanche de se produire en retenant le manteau neigeux dans sa zone de départ, soit à dévier, freiner ou arrêter l’avalanche avant qu’elle n’atteigne la zone que l’on souhaite protéger. Les études de conception et d’implantation de ces ouvrages sont généralement réalisées par les services RTM, avec dans certains cas l’expertise de la division ETNA du Cemagref.

Parallèlement à ces activités très opérationnelles, la gestion spatiale fait également l’objet de recherche par cette division. Elles portent par exemple sur la modélisation des écoulements des avalanches, qui doivent permettre de mieux connaître les zones d’extension des avalanches, sur la pathologie des ouvrages paravalanches, sur les systèmes de cartographie automatique et sur les problèmes liés à la répartition de la neige transportée par le vent.

LA GESTION TEMPORELLE DU RISQUE D’AVALANCHE

On entend par gestion temporelle du risque d’avalanche les mesures prises temporairement, lors de certaines périodes, pour diminuer les risques d’accidents d’avalanche. Elle comporte, au niveau collectif, principalement deux volets.

• La prévision du risque d’avalanche

Le premier consiste à identifier les périodes pendant lesquelles le risque d’avalanche peut être à l’origine d’accidents. C’est le rôle de la prévision du risque d’avalanche, qui est réalisée à deux échelles : régionale et locale.
Les centres départementaux “montagne” de Météo France (au nombre de neuf dans les Alpes, les Pyrénées et la Corse) ont la responsabilité de la prévision régionale. Diffusée à travers le bulletin d’estimation du risque d’avalanche (disponible sur un répondeur téléphonique ou le minitel), elle est basée sur l’échelle européenne du risque d’avalanche. Cette échelle contient cinq niveaux de risques croissants, numérotés de 1 à 5, qui traduisent l’extension géographique et l’augmentation de l’instabilité du manteau neigeux. Ainsi, chaque jour, du 15 décembre au 30 avril, chaque massif des départements des Alpes, Pyrénées et Corse se voient attribuer, la veille, une estimation de niveau de risque, complétée par des informations plus précises sur la nature du risque et le type de pentes concernées. Le Centre d’études de la neige de Météo France, quant à lui, est chargé d’améliorer la connaissance de la neige et la prévision du risque d’avalanche. En plus de cette fonction de recherche et développement, il est responsable de la coordination nationale de la prévision du risque d’avalanche à l’échelle régionale.
Toutefois, cette prévision régionale, faite à l’échelle des massifs (quelques centaines de km2), peut ne pas être suffisamment précise. En effet, les services de sécurité des stations de ski, ou les services d’entretien des routes des communes et départements doivent avoir une connaissance plus fine des risques d’avalanches, couloir par couloir, et non plus à l’échelle du massif. Dans certaines stations ou subdivisions de l’équipement, un service de prévision locale du risque d’avalanche a été mis en place avec des outils spécifiques, permettant de compléter et affiner l’information délivrée par Météo France.

• Le déclenchement artificiel des avalanches à titre préventif

Le déclenchement artificiel préventif des avalanches à l’aide d’explosifs est une technique très largement utilisée par les services de sécurité des pistes des stations de ski (pisteurs-secouristes artificiers), ainsi que par les agents des directions départementales de l’équipement, pour sécuriser les pistes de ski et les routes de montagne.
Cette technique n’est mise en oeuvre que pendant des périodes d’instabilité potentielle du manteau neigeux. Elle vise en effet à provoquer volontairement le déclenchement de l’avalanche grâce à l’effet d’une explosion. Cela permet d’une part de choisir le moment où l’avalanche aura lieu, et de prendre en conséquence les mesures de sécurité nécessaires (notamment absence de personnes dans les zones d’écoulement et d’arrêt probables), et d’autre part de provoquer des avalanches moins importantes en déclenchant les avalanches, dans la mesure du possible, dès 20 à 30 cm de neige fraîche. On évite ainsi que les skieurs ne déclenchent eux-mêmes l’avalanche en sortant des pistes, ou que l’avalanche ne parte spontanément alors que des voitures ou des pratiquants de sports d’hiver se trouvent sur son passage.

• La réglementation

À l’occasion de situations particulièrement dangereuses, les maires et les préfets ont la possibilité par voie d’arrêtés de réglementer l’accès et la fréquentation de certaines zones : fermetures de routes, de pistes, voire de secteurs hors-pistes, évacuation de bâtiments.

LA SÉCURITÉ INDIVIDUELLE

Les mesures exposées précédemment intéressent la collectivité dans son ensemble. Appliquées depuis plusieurs années, elles ont fait la preuve de leur efficacité : les accidents d’avalanches qu’elles avaient pour but de réduire l’ont été. Les accidents d’avalanche concernent en effet maintenant presque exclusivement des personnes qui pratiquent la montagne dans le cadre d’une activité de loisirs : skieurs, surfeurs, randonneurs à raquettes, alpinistes. Les mesures de protection collective sont insuffisantes pour assurer leur sécurité, car il n’est pas possible (ni souhaitable ?) de sécuriser de façon absolue l’ensemble du terrain de “jeux” des pratiquants de sports d’hiver que constitue la montagne. Par contre, des mesures prises individuellement permettent de limiter le risque d’être exposé à une avalanche.

• L’encadrement par des professionnels

Une personne sans expérience ni connaissance particulière de la montagne enneigée, qui s’engagerait donc en montagne de façon aléatoire par rapport au risque d’avalanche, peut facilement compenser ses lacunes en faisant appel à un professionnel qui, lui, a cette expérience et ces connaissances, à la fois théoriques et pratiques. Guides de haute-montagne, accompagnateurs de montagne titulaires de la qualification “raquettes à neige” ou moniteurs de ski sont en effet formés et expérimentés pour faire face au risque d’avalanche. Il ne faut toutefois pas oublier que nul, même le plus compétent, n’est à l’abri d’une erreur d’appréciation.

• L’information, la formation et la prévention

Il est également possible d’acquérir ces connaissances en se formant. Prendre d’abord conscience que la pratique de la montagne n’est pas dénuée de risques (quels qu’ils soient), puis apprendre comment y faire face. Conférences, stages, documents et livres pédagogiques permettent petit à petit d’y parvenir. Les clubs et associations de pratiquants de sports d’hiver (club alpin français, fédération française de la montagne et de l’escalade, etc) organisent des conférences et des stages de formation “neige et sécurité” pour leurs membres, ainsi que des sorties encadrées par des bénévoles expérimentés et formés, qui assurent, sortie après sortie, une formation sur le terrain.
Les professionnels des stations de ski apportent également de plus en plus de soin à l’information de leurs clients à travers des panneaux d’affichage et la disponibilité des pisteurs-secouristes.
L’ANENA joue un rôle important dans le domaine de l’information du grand public. C’est en effet une de ses principales activités. Elle réalise, édite et distribue des documents. Du plus simple, au plus complet, en passant par des livres et documents pédagogiques écrits en particulier pour les enfants, des cassettes vidéo, du matériel d’observation des cristaux de neige, ou une exposition, son catalogue rassemble tous les ouvrages sur la neige, les avalanches et la sécurité en montagne hivernale. Elle diffuse également une revue trimestrielle “Neige et Avalanches”, qui permet de suivre l’actualité dans ce domaine : état des connaissances, nouveaux matériels, études en court. Ses rubriques sont très diversifiées (science et technique, juridique, secours et sécurité, estimation du risque, environnement hivernal, témoignages et leçon d’accidents, bulletins bibliographiques) pour répondre aux attentes d’un lectorat très varié. De plus, l’ANENA organise ou anime, à la demande, de nombreuses conférences pour tout type de public (privé ou professionnel), ainsi que des stages pratiques d’une ou deux journées, voire plus. Enfin, elle est à la disposition des médias grand public pour la rédaction d’article ou d’émissions sur la sécurité en montagne, lorsque l’actualité l’exige, mais aussi de façon préventive, par des chroniques hebdomadaires.

LES SECOURS

Malgré toutes les précautions qui sont prises au niveau collectif, malgré l’information et la formation des pratiquants, il n’est pas possible de supprimer tous les accidents d’avalanche. Il est donc particulièrement important que le système d’organisation des secours soit efficace. Dans ce domaine plus que dans les autres, les acteurs concernés sont nombreux. Ils interviennent selon le cas sous la responsabilité des maires ou des préfets. Il s’agit des gendarmes des PGHM (pelotons de gendarmerie de haute-montagne), des CRS des sections spécialisées dans le secours en montagne et des médecins du secours en montagne, ainsi que, dans certains départements, des pompiers. Leur intervention se fait soit selon le principe de l’alternance hebdomadaire, soit simultanément. Dans le cas d’un accident sur un domaine skiable, les pisteurs-secouristes sont généralement les premiers sur place. Comme, le secours en avalanche nécessite souvent de gros moyens (essentiellement pour les sondages), les militaires, moniteurs de ski, guides de montagne voire bénévoles peuvent être amenés à intervenir en renforts.

CONCLUSIONS

La gestion du risque d’avalanche présente de multiples facettes, qui expliquent en partie le grand nombre d’interlocuteurs. Mais il est vrai également qu’un aspect particulier peut aussi être géré par plusieurs acteurs. En conséquence, l’organisation de cette gestion peut paraître complexe. Toutefois, l’analyse qui vient d’être faite montre que les prérogatives et les rôles de chaque organisme sont relativement bien définis.
Le danger dû à un grand nombre d’acteurs et de parties impliqués dans la gestion du risque d’avalanche en France pourrait être celui du dysfonctionnement à cause d’un manque de coordination entre tous les intervenants.

Cela n’est pas le cas, en particulier grâce à l’existence d’un organisme de coordination et de liaison, qui rassemble tous ces organismes : l’ANENA.

Qui fait quoi ?
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