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Lavalanche du 9 février 1999 partant du Bec de Lachat est
un phénomène complexe et peu ordinaire par ses caractéristiques.
Il faut se garder de vouloir la réduire à un type bien précis
davalanche. Il sest vraisemblablement agi dune avalanche
très rapide (plusieurs dizaines de mètres par seconde),
de neige sèche et très fluide, en moyenne pas très
dense (moins de 200 kg/m3) avec un centre de gravité proche du
sol, et une hauteur découlement avec ce niveau de densité
assez moyenne (moins de 5 m), surmontée par un aérosol qui
na vraisemblablement pas causé de dégâts significatifs.
Elle sest caractérisée par la brutalité de
son impact avec les bâtiments et une distance darrêt
peu commune en regard de phénomènes comparables connus.
Plusieurs facteurs ont contribué à lampleur de cette
avalanche.
Tout dabord, les chutes de neige accompagnées de températures
très froides ont permis létablissement dune
importante couche de neige sèche facilement mobilisable par lavalanche.
La présence de neige sans cohésion sur toute lépaisseur
du manteau neigeux (quasi absence de pluie depuis le début de saison)
a pu encore favoriser la reprise de neige en place par lavalanche
dans les parties raides du site. Enfin, la configuration du site, avec
cette rupture de pente marquée vers 1.800 m, a donné une
nouvelle impulsion à lavalanche et a généré
un aérosol.
La période de retour des chutes de neige (au Tour, à 1 470
m) en termes de cumul du début février 1999 est de lordre
de cinq ans. Durant ces vingt dernières années, plusieurs
chutes de neige ont eu des caractéristiques similaires ou supérieures
à celle de 1999. Citons pour les Alpes du Nord janvier 1981, janvier
1986, février 1988, mars 1989, février 1990. Ce qui est
remarquable, cest le fossé entre la période de retour
des précipitations et le caractère exceptionnel des dégâts
occasionnés par lavalanche du 9 février 1999.
En létat actuel des connaissances, il est difficile dindiquer
avec finesse la période de retour de lavalanche. Tout dabord
parce que linformation historique manque, quelle est lacunaire,
et quelle nest pas sûre. Ainsi, si plusieurs sources
mentionnent des avalanches dans le couloir de Péclerey, il ne nous
a pas été possible de les recouper. Si on accorde foi à
tous ces témoignages, lévénement du 9 février
1999 est au moins de fréquence pluri-décennale en termes
doccurrence. En sappuyant sur des modèles de simulation
statistique des avalanches, nous sommes arrivés à des périodes
de retour comprises entre 150 et
300 ans selon la variable choisie pour faire la statistique (énergie,
puissance dimpact, cote atteinte, etc.). Ces investigations sur
lestimation sur la période de retour montrent que localement,
une situation avalancheuse catastrophique (mettons centennale) peut potentiellement
se produire plusieurs fois par siècle si lon ne considère
que le cumul de neige fraîche comme principal ingrédient
du déclenchement davalanche. Cela est cohérent avec
la fréquence doccurrence davalanches touchant des habitations
dans les Alpes françaises, qui est de quelques années (dans
lhistoire récente : 1970, 1978, 1981, 1988, 1990, 1995).
Montroc est typique des catastrophes davalanche survenues ces dernières
années.
Tout dabord du point de vue météorologique, le scénario
est le plus souvent le même : - succession de dépressions
océaniques rapides dans un flux général de Nord-Ouest
à Ouest. Le risque davalanche est aggravé de manière
significative lorsque le manteau neigeux est composé de couches
fragiles sur toute la hauteur.
Ce scénario est bien connu et les services départementaux
de Météo-France ont correctement prédit le niveau
de risque induit par le passage perturbé de février 1999.
En termes de dégâts aux habitations, on notera que les dernières
catastrophes ont principalement touché des secteurs à lactivité
avalancheuse faible voire réputée inexistante (Saint-Etienne-de-Cuines,
La Morte en janvier 1981). Cela pose naturellement la question de savoir
si nous sommes en mesure déviter pareilles catastrophes dans
le futur. La réponse est en demi-teinte. En létat
actuel de la procédure, la réponse serait plutôt négative.
En effet, dans lesprit des plans de zonage actuels (plan de prévention
des risques), est retenue principalement lidée de se prémunir
contre des risques avérés, dont on a une trace historique.
Evidemment, en caricaturant, une telle logique conduit à limplication
: pas dévénement historique connu donc pas de danger.
Dautres procédures sont sans doute envisageables, par exemple
en couplant analyse rétrospective (lhistoire du site) et
prospective (le danger potentiel sur le site). On peut ainsi imaginer
que lutilisation de règles simples dans des systèmes
dinformation géographique permettrait lanalyse spatiale
rapide et automatique. Ce faisant, on aurait aussi quelques surprises
dune part car il y aurait une extension significative des zones
potentiellement avalancheuses, dautre part car cette extension pourrait
concerner des secteurs sans avalanche observée depuis des siècles.
Cela pourrait prêter à sourire, mais souvenons-nous : il
y a vingt ans, qui aurait prédit que sur la commune de Saint-Etienne-de-Cuines,
un hameau situé à 800 m daltitude, protégé
par une épaisse forêt sur 1.000 m de dénivelée,
puisse être touché par une avalanche ? Lanalyse spatiale
du risque doit donc nécessairement être couplée à
une analyse fréquentielle de laléa : sur un secteur
potentiellement avalancheux, quelle est la fréquence doccurrence
dun événement ? Un tel problème na pas
encore reçu de réponse à notre connaissance.
Un autre aspect soulevé par lavalanche de Péclerey
concerne le zonage. Un grand bruit, dans la presse notamment, a été
fait sur le fait que des chalets situés en zone blanche ont été
détruits. Implicitement en France, dans le grand public mais aussi
chez beaucoup de responsables et techniciens, la zone blanche est synonyme
de zone sans risque. Ce raccourci est dangereux car il induit dune
part que le risque nul existe et dautre part, lappréciation
du risque nul étant pour le moins subjective, tout le poids de
la décision échoit au technicien en charge du zonage. Sa
responsabilité pourrait être alors vue comme écrasante
en cas daccident, car il aurait commis une erreur, voire une faute.
Dans ce cas, à terme, quelle autre option pourra-t-il rester aux
personnes réalisant un zonage si ce nest de diminuer très
significativement les limites des zones blanches sans base objective autre
quun légitime soin à séviter déventuels
ennuis judiciaires ? La procédure actuelle de zonage fondée
sur lappréciation des événements historiques
est de plus injuste dans son principe. On note ainsi des différences
significatives dextension du zonage sur un secteur selon quil
est aménagé depuis une longue période ou non. Cela
conduit nécessairement à des perspectives de développement
qui peuvent parfois être très différentes dune
commune à une autre. Il paraît donc largement préférable
de définir la zone blanche sur des bases plus objectives, notamment
en saidant dune analyse couplée spatiale et temporelle
comme nous lavons évoqué plus haut. Par exemple, en
Suisse, la zone blanche est définie comme la zone hors de lextension
des avalanches tri-centennales.
Enfin, une confusion largement présente dans la tête de nos
concitoyens concerne la prévision dune avalanche. Dans une
grande majorité de cas, les services de Météo-France
sont capables de prévoir la mise en place dune activité
avalancheuse et den préciser les caractéristiques
générales. Il nest en revanche pas possible actuellement
de prédire quel site sera touché en particulier. Dans le
cas présent, si la crue avalancheuse dans la vallée de Chamonix
était prévisible, lavalanche de Péclerey ne
létait pas.
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