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-- Comment comprendre une avalanche
37 ans après - Lanslevillard, 24 février 1970
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Par Christophe ANCEY, EPFL Toraval

Article publié dans "Neige et Avalanches" la revue de l'ANENA, N° 118 - juin 2007

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L'avalanche du Grand Roc Noir est partie l’après-midi du 24 février 1970 (vers 17 h 40). Les dommages sur le hameau de l’Adroit à Lanslevillard ont été considérables.

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Dans l’élaboration d’un Plan de Prévention des Risques pour une commune de montagne, l'analyse des risques repose en grande partie sur la connaissance que nous avons des événements passés. Le plus souvent, la principale difficulté est de collecter un nombre suffisant de témoignages et de s'assurer de leur crédibilité.

Assez étrangement, la situation inverse – la multitude de témoignages – est loin d'amener de la certitude dans la reconstitution du passé. Il arrive en effet que cette multitude de témoignages oraux amène plus de confusion que d'éléments concrets. Comme partout, les raccourcis de pensée ou d'observation sont des pièges qui, une fois forgés en croyance populaire, sont bien difficiles à démêler.
L'histoire que l'on va relater en offre une parfaite illustration. La scène se passe en Savoie, à Lanslevillard. Ce village fait partie de ceux qui ont subi des destructions importantes à la suite d’une avalanche tellement hors du commun qu’il est encore aujourd’hui difficile de croire à la véracité des faits s’il n’y avait eu autant de témoignages. Pourtant, dans ce cas précis, un examen critique des données fait rapidement poindre un doute et on en vient à imaginer d’autres pistes, avec toute la difficulté de reconstituer un phénomène plusieurs dizaines d’années plus tard.

Ce n’est pas ici par souci d’exactitude ou par amour de l’histoire que l’on se penche sur un tel dossier, mais tout simplement parce que ce qui s’est passé il y a trente-sept ans continue d’influencer fortement le quotidien.
En effet, le plan de zonage de Lanslevillard et les protections paravalanches ont été conçus sur la base des témoignages abondants. Au-delà de la portée a priori anecdotique, l’article a pour objectif d’illustrer sur un cas concret la problématique de la prise en compte des données historiques, la limite des témoignages de riverains, et l’examen critique de toutes les données.

-- Février 1970

 

Globalement, février 1970 a été marqué par vingt jours de mauvais temps à peu près consécutifs, assez froids, entrecoupés de réchauffements de courte durée (du 3 au 5 février et le 24 février). La période a été très ventée, globalement de Nord-Ouest. Les chutes de neige ont été conséquentes à 2 000 m : environ 150 cm du 2 au 5 février, ensuite de l'ordre de 100 cm du 9 au 13 février (avalanche de l'UCPA à Val-d'Isère le 10 février), puis enfin 150 à 200 cm du 17 au 25 février.
L'avalanche du Grand Roc Noir est partie à la fin de ce troisième épisode, l’après-midi du 24 février (vers 17 h 40). Les dommages sur le hameau de l’Adroit à Lanslevillard ont été considérables :

• huit morts, dix blessés ;
• cinq bâtiments détruits ou gravement endommagés dont un hôtel (le « Grand Signal ») ; • cinq autres endommagés dont l'« Hôtel des Glaciers » ;
• la route nationale coupée sur 300 m par un épais dépôt.

-- Version officielle donnée en 1970 pour décrire le phénomène
  L'avalanche du Roc Noir est assez courante. Ordinairement, sa trajectoire est dictée par le relief. Au niveau du Plan de la Cha (2 400 m), elle suit gravitairement le lit du torrent de Pisselerand pour s'engouffrer dans un ravin (le « Grand Jet ») escarpé et sinueux qui débouche sur un vaste cône de déjection en pente douce ; les avalanches extrêmes de Pisselerand ne dépassent pas la cote 1 450 m, à l'amont du village. Le couloir du Pichet (ainsi que son voisin, le couloir du Grand Coin) est un couloir parallèle à celui du Grand Jet, mais sans connexion orographique avec le Plan de la Cha. Il fonctionne indépendamment et produit des avalanches de petite taille.
   
  L'Enquête Permanente des Avalanches a recensé dix-sept événements entre 1902 et 1970, soit à peu près une avalanche tous les quatre ans ; la cote d'arrêt de ces avalanches est bien au-dessus du village (entre 1 700 et 1 800 m). La photographie 2 montre le Grand Roc Noir et les deux combes de Pisselerand et du Pichet. En février 1970, les témoins rapportent que la majeure partie de l'avalanche forma un aérosol, qui quitta l'axe gravitaire du fait de sa vitesse et sauta l’épaulement naturel du Plan de la Cha (là où est actuellement construite une tourne) pour emprunter le ravin du Pichet. Pour preuve, la cassure visible à l’œil nu dans les pentes sous le Grand Roc Noir depuis la route nationale et, plus en contrebas, les traces laissées dans la forêt par l'aérosol. L'effet de souffle a été particulièrement violent : véhicules transportés, personnes couchées au sol en rive gauche de l'Arc, dommages aux bâtiments et à la forêt. La composante aérosol de cette avalanche a donc joué un rôle important dans les dommages et dans la trajectoire même de l'avalanche.  

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De mémoire d'homme, jamais une telle avalanche n'avait été observée avec une telle ampleur et une telle trajectoire ; toutefois, certains riverains pensent que la chapelle Sainte Anne qui marquait jusqu’en 1945 la limite orientale du hameau avait été construite après une avalanche exceptionnelle que la mémoire humaine a depuis oubliée. Explication contestée par certains, qui affirment que cette chapelle ne servait qu'à marquer les zones d'inondation de l'Arc quand celui-ci sortait de son lit.
Quoi qu’il en soit, le phénomène paraît tout à fait exceptionnel et vraisemblablement de période de retour grande, typiquement dans la fourchette 100–300 ans.

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