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-- Arinsal : un an après... (suite et fin)
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ParJean-François MEFFRE.
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Du sommet du Pic de “ Les Fonts ” (2.748 m) jusqu’au fond de la vallée, le dénivelé atteint 1.200 m. Le bassin d’alimentation est un vaste cirque d’une centaine d’hectares composé de pelouse et d’éboulis. Les pentes qui bordent le cirque sont raides sur plus de 200 m de dénivelé. Orientées du sud-est au sud-ouest, elles se purgent régulièrement par petites coulées qui s’arrêtent sur le vaste replat qui s’étale entre 2.100 et 2.250 m. Mais si une grosse avalanche dépasse ce replat, elle tombe dans un entonnoir qui la canalise vers le couloir du torrent Ribal. Celui-ci est incliné à 50% entre 1.950 m avec la cascade à
1.650 m. Les avalanches précédentes avaient ouvert un chenal de 50 m à 70 m de large, rabotant la forêt 20 mètres au-dessus du torrent. Au pied du couloir, une chicane rocheuse juste avant le cône de déjection complique encore l’analyse du comportement des avalanches.
Seuls les bâtiments construits après 1985 avaient été étudiés pour résister à cette avalanche. La route d’accès à ces immeubles et à la station était menacée après les très grosses chutes de neige. Une protection de l’ensemble de la zone avait donc été proposée. Le profil de la pente avec son replat intermédiaire semblait très favorable à des déclenchements préventifs systématiques par GAZEX. Les zones de départ auraient été purgées avant que ne s’accumulent de grosses quantités de neige. Mais il fallait aussi ouvrir un large chenal dans le cône de déjection pour canaliser une éventuelle avalanche qui ne se serait pas arrêtée sur le replat supérieur. Ce chenal nécessitait 2 ha sur des terrains privés. Avant la catastrophe de février 96, on pouvait prévoir de multiples difficultés pour l’acquisition de ces terrains. Ce projet ne vit jamais le jour.

-- Les protections

Devant l’ampeur de l’avalanche de février 96, l’Andorre demanda assistance au Gouvernement français qui confia la mission au Délégué National du RTM. Un projet de “mise en sécurité” du secteur fut donc réalisé par le service RTM de l’Ariège.
L’analyse détaillée des photos aériennes de 1948 permit à ces spécialistes de présumer un phénomène d’ampleur exceptionnelle en 1936. Cette avalanche avait complètement disparu de la mémoire des habitants du village.
D’après l’analyse des dégâts causés par le souffle de l’avalanche de 1996 (et non par les coups de butoir des arbres), la Division Nivologie du CEMAGREF cala la simulation numérique de l’avalanche de référence. Elle estima les pressions engendrées par une avalanche se produisant avec 30% de plus d’épaisseur de neige ou une zone de départ plus importante. On put ainsi constater au passage, que les efforts estimés préalablement “à dire d’expert” pour les bâtiments construits après 1985 , étaient du même ordre de grandeur.
Le RTM de l’Ariège écarta par principe toute possibilité de déclenchement préventif au-dessus de lieux habités. Le gouvernement andorran préférait éviter d’avoir à “gérer” le risque éternellement. La stabilisation de l’ensemble de la zone de départ nécessitait plus de 10 km de rateliers ou filets (par ailleurs, il y a plusieurs exemples d’avalanches parties dans des réseaux d’ouvrages). La solution proposée devait donc être “passive”. Les bâtiments situés plus bas dans la vallée, en aval de l’arrivée de l’avalanche, ainsi que la route de la station, seront protégés par une digue parrallèle à l’axe de l’avalanche, de 15 m de hauteur sur plus de 300 m de long. Un parement en maçonnerie cyclopéenne permettra d’obtenir une pente assez forte (3/2) pour éviter des débordements importants de l’aérosol. Cette digue coupe la vallée comme un barrage, pour contrecarrer l’étalement du souffle lorsqu’il s’écrase sur le versant opposé. L’ouverture d’un chenal régulier dans le cône de déjection, permettra de récupérer une bonne partie des matériaux nécessaires à l’édification de la digue. Les différents immeubles édifiés en amont de l’avalanche, seront desservis par un tunnel préfabriqué de 8,5 m de largeur. Le coût total de cette première phase a été estimé à 35 millions de francs.
Mais si l’avalanche ne peut plus s’étaler en rive gauche, elle risque de se dévier plus encore en rive droite : les immeubles situés là seront donc peut-être encore plus menacés qu’auparavant. Cette modification du comportement de l’avalanche par la digue sera vérifiée par une nouvelle modélisation du CEMAGREF. Celle-ci devra définir si une autre digue élevée en rive droite du cône de déjection permet de sauver tout ou partie des quatre immeubles et deux chalets situés en rive droite de l’avalanche. Mais pour le RTM, la meilleure protection pour leurs futurs occupants consiste à supprimer ces constructions situées en zone dangereuse. Le coût de cette éventuelle deuxième phase n’a pas encore été chiffré. La modélisation numérique permettra aussi de définir les pressions de souffle à prendre en compte pour les immeubles en cours de construction dans la vallée, à l’aval de la digue.

-- En attendant ces protections

L’avalanche de février 96 a créé un traumatisme compréhensible chez les responsables politiques. Les trois bâtiments les plus endommagés par l’avalanche de 1996 ne sont pas occupés cet hiver. Mais même ceux qui n’ont pas été touchés par l’avalanche ont leur accès menacé.
La surveillance de la zone de départ a donc été renforcée par rapport aux années précédentes. Des profils stratigraphiques sont réalisés presque toutes les semaines dans la zone de départ qui semble la plus chargée. Le processus est classique, mais ici seul l’hélicoptère permet d’atteindre les zones de départ, et le travail, 100 m sous la crête dans une pente à 80%, doit se faire encordé. Une étude des précipitations des 16 années antérieures avec les températures et les régimes de vent, a permis de définir des critères de risque. Par ailleurs, le Centre d’Etude de la Neige et la station de Perpignan de Météo-France aident à finir l’installation de l’ensemble GELINIV+OASIS+ASTRAL à partir des données des stations voisines d’Arinsal et Arcalis, qui encadrent la zone de départ des Fonts. Il sera ainsi possible, après validation, de retrouver si une situation nivométéorologique similaire ou proche s’est déjà produite, et avec quelle activité avalancheuse dans les couloirs voisins. Un seuil de préalerte a été fixé à 50 cm en 24 h, ou à 80 cm en 48 h. Il permet d’évacuer sans risque les 300 à 400 personnes résidentes, si la météo annonce de nouvelles chutes de neige importantes.
Si la situation s’avère brutalement catastrophique (chute de neige importante et imprévue dans la nuit par exemple), toutes les personnes situées dans des immeubles non exposés pourraient être consignées dans leur appartement ; les bâtiments exposés à l’avalanche estimée probable seraient évacués par petits groupes.
Un plan d’évacuation a été conçu par la Police et les Pompiers, pour essayer d’optimiser l’opération.
Une première alerte a dû être donnée dans l'après-midi du 4 janvier 97. Il était tombé 60 cm de neige en 24 h à Arinsal, 70 cm à Arcalis (le cumul sur 5 jours atteignait 1 m), et le bulletin météo annonçait initialement 50 cm de précipitation pour les 24 h à venir. La zone a été totalement évacuée, l'opération s’est bien déroulée. En fait, il n’est tombé qu’une vingtaine de centimètres, et à partir de minuit, le ciel était étoilé. Le matin suivant, il faisait très beau. On put constater le départ naturel de deux plaques dans le versant sud-est ; mais les avalanches s’étaient arrêtées comme d’habitude, sur le replat bien avant 2.100 m. Le chef du gouvernement décida des tirs de contrôle des zones de départ avant de laisser réoccuper le secteur. Une demi-douzaine de charges de 5kg furent lancées depuis hélicoptère tout au long des 1.200 m de la zone de départ. Trois coulées seulement se déclenchèrent, avec des cassures de 20 à 30 cm. Le 5 janvier à 11 h, les immeubles étaient réoccupés et la route de la station ouverte au public.
C’était le meilleur exercice d’entraînement possible pour tester le système mis en place.

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