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-- Carte de Localisation Probable des Avalanches : réalisation, usage et limites
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Par Gilles Borel, Cemagref / division ETNA
  Article paru dans la revue de l'ANENA "Neige et Avalanches" N° 85 - mars 99.
  De nombreuses personnes, à l'occasion des dramatiques avalanches de février 1999, se sont interrogées sur l'organisation de la cartographie du risque d'avalanches en France. Ce texte leur apporte un certain nombre de réponses : il reprend, sous forme d'article, la notice, complétée, habituellement distribuée aux utilisateurs de la CLPA.
-- Les bases réglementaires

Le rapport de la Commission d’Étude Interministérielle sur la Sécurité des Stations de Montagne, créée à la suite de la catastrophe de Val d’Isère, a recommandé, en juillet 1970, l’établissement, sous la responsabilité du Ministère de l’Agriculture, d’une carte inventaire des avalanches, officielle, dressée selon une méthode scientifique, ayant un caractère indicatif pour les particuliers mais dont l’observation s’imposera à tous les services publics”.
Sans attendre, l’étude des premières feuilles fut mise en chantier.
Le 21 octobre de la même année, le Gouvernement confiait au Ministère de l’Agriculture l’établissement d’un tel document.
Celui-ci précisait par circulaire du 1er février 1971 que ce serait la toute nouvelle Division Nivologie du CERAFER (le futur CTGREF, puis Cemagref) qui réaliserait ces cartes, en liaison avec l’Institut Géographique National qui avait proposé la méthode adoptée.

À ce jour plus de 600 000 ha des Alpes et des Pyrénées ont été cartographiés. De nouvelles zones sont ajoutées lorsque des besoins nouveaux se font sentir.

-- Le principe de réalisation

1. Réalisation en deux phases distinctes

• Étude par photo-interprétation :

Cette étude stéréoscopique de couples de photographies aériennes en noir et blanc d’été, généralement disponibles à l’échelle du 1/30 000, a pour objet de mettre en évidence certaines traces physiques ou géomorphologiques d’avalanches passées. Les principales traces physiques observées sont les dépôts : éboulis, blocs traînés, moraines nivales..., les marques dans la végétation : trouées en forêt, selon la ligne de plus grande pente, zones plus clairsemées ou de mélezin, lignes d’arbres semblant plus jeunes (taille différente de celle des plantes environnantes) ou partiellement arrachés, zones d’arbustes (aulnes, bouleaux plus ou moins buissonnants, sorbiers...), et les traces de destruction : arbres cassés, parfois ruines d’habitations.... Ceci permet de caractériser essentiellement le trajet et parfois la zone d’arrêt des avalanches.
La délimitation de la zone d’arrêt relève essentiellement d’une bonne connaissance de la montagne et du comportement des avalanches par la personne chargée de l’étude. Les traces en zone basse, souvent fortement anthropisée, disparaissent en effet très vite.
L’étude stéréoscopique permet aussi un examen minutieux de la topographie, ainsi que de divers facteurs favorables au déclenchement des avalanches : pentes fortes (30° à 50°), de dénivelée suffisante, spécialement celles de profil longitudinal convexe, terrain lisse (éboulis fin, dalles, glacier, herbe couchée), présence de sources ou de végétation arbustives (rhododendron...). Ceci permet de préciser essentiellement les zones de départ.

• Enquête sur le terrain :

L’étude par photo-interprétation reste toutefois incomplète et sujette à erreurs, tout n’étant pas décelable sur les photos. Ainsi, on pourra confondre, dans certaines circonstances, une zone d’avalanche en forêt avec certains chablis, coupes ou même zones brûlées. C’est pourquoi, le recours à l’expérience des habitants des zones concernées et des professionnels de la montagne (services de Restauration des Terrains en Montagne, de sécurité des pistes, de l’Equipement...) se révèle indispensable. L’enquête menée sur place comporte à la fois la collecte et l’examen critique de tous les renseignements et documents d’archives, et leur confrontation au terrain grâce à un parcours systématique, au moins visuel, de toute la zone à cartographier. Aux avalanches, s’ajoutent tous les travaux de protection fixes réalisés dans la zone d’étude. Après une première révision des données de “l’enquête-terrain”, et depuis l’automne 1992, une mise à jour informatisée des événements nouveaux survenus au cours de l’hiver précédent est effectuée à la Division ETNA, avec le concours des Services de Restauration des Terrains en Montagne, détenteurs de la plupart des données à reporter.

Attention : l’étude par photo-interprétation conduit à la représentation cartographique d’avalanches dont l’existence n’est pas établie avec certitude. Seule l’enquête-terrain permet de se rapprocher de la représentation réelle de toutes les manifestations connues du phénomène.

2. Présentation

On distingue plusieurs types de signes figurant les avalanches : des zones de couleur “à plat” (coloris uniforme) dans l’enveloppe maximale des avalanches les mieux délimitées, des flèches lorsque le phénomène est trop étroit pour être représenté exactement à l’échelle ; des zones en hachures où tout point peut être concerné par une avalanche qu’on n’aura pas cherché à séparer de ses voisines par une limite précise ; enfin, des zones en tiretés où les renseignements obtenus sont contradictoires ou trop vagues pour permettre de fixer avec précision les limites du phénomène.

Attention : il n’existe aucune classification hiérarchisée entre ces différentes représentations. En particulier il serait totalement faux de conclure que les flèches ou les zones en hachures sont moins dangereuses que les zones figurant en “à plat”. Certaines d’entre elles représentent des phénomènes se manifestant sur plusieurs centaines de mètres de dénivelée.

Les informations provenant de la photo-interprétation sont portées en orange ; celles provenant de l’enquête-terrain, en magenta. Les travaux de protection figurent en surcharges noires, ainsi que les numéros attribués aux avalanches de l’enquête figurées en “à plat”. Une page de couverture avec une cartouche de localisation et la date de parution, une notice d’avertissement et la légende complètent le document. Depuis 1989, les informations thématiques (les deux modes de représentation des avalanches et les travaux) des feuilles rénovées sont numérisées et dotées d’attributs descriptifs. Les données sont introduites dans une base de données géoréférencées de type “SIG” (Système d’Information Géographique) à l’aide de la table à digitaliser, à partir de calques, ou directement à l’écran en se basant sur le fond topographique scannérisé et géoréférencé affiché en arrière-plan. Des tables attributaires contiennent les données concernant la localisation des éléments reportés (commune, département, année de mise à jour, codes nécessaires à l’impression). Elles peuvent être consultées sur écran à la Division ETNA du Cemagref, grâce au logiciel ARC/INFO.

-- Caractéristiques et propriétés
 

1. Des constatations…

La carte est établie ou mise à jour à une date donnée. Tous les renseignements connus à cette date, toutes les observations réalisées jusqu’alors sont retenus. Le cartographe n’effectue aucune étude prospective destinée à cerner des secteurs de risque ou des zones susceptibles d’être un jour recouvertes ou atteintes par une avalanche. Il rapporte fidèlement les informations rassemblées auprès des témoins ou connaisseurs jugés les plus dignes de confiance (dans le cas des domaines skiables, par exemple, nos informateurs sont toujours les membres des services de sécurité des pistes). Le cartographe “n’exprime” rien d’autre que ce que ses informations ont bien voulu lui communiquer. La carte fait donc simplement état des faits connus et rapportés au jour où elle est dressée ou révisée, et n’a absolument pas pour rôle d’exprimer l’opinion des personnes interrogées, a fortiori du cartographe, sur les manifestations futures des mêmes couloirs d’avalanches.
Il n’y a donc pas identité entre zones colorées et zones de risque d’une part, ni entre zones blanches et zones sûres, d’autre part.

2. Des différences avec les cartes de risque et celles des PIDA

La CLPA ne peut être utilisée directement comme une carte d’aléa (élément constitutif d’un PPR ou Plan de Prévention des Risques naturels prévisibles). L’établissement de ces dernières requiert le dessin d’un document différent où fréquence et intensité du phénomène sont prises en compte à travers une analyse fine du terrain menée par un expert. Bien qu’elle ne puisse y être reportée telle quelle, la CLPA reste cependant un élément d’appréciation très important dans la réalisation de ces cartes. Elle peut être insérée dans le dossier PPR au titre de “carte informative des phénomènes naturels”, pour ce qui concerne les seules avalanches, bien entendu. Elle est encore plus éloignée du document cartographique réglementaire du PPR. Celui-ci, établi au 1/5 000 sur fond cadastral fixe le niveau du risque sur le territoire étudié, et donc la constructibilité des terrains. Celle-ci ne peut en aucun cas être établie directement sur la base des contours de la CLPA. Une mention portée dans un cartouche sur les cartes imprimées le rappelle aux utilisateurs.
De même, on ne peut comparer directement CLPA et carte du PIDA (Plan d’Intervention pour le Déclenchement des Avalanches), car l’appréciation des avalanches faite dans ces deux documents répond à des buts tout à fait différents :

- d’une part, le fait que certains de ces phénomènes soient qualifiés, dans la légende de la CLPA, de “localisés” (de largeur réduite) ou de “zone avalancheuse” ne permet en aucun cas de conclure que leurs effets puissent être négligés ni d’établir une hiérarchie en termes de danger entre ces différentes représentations ;

- d’autre part, le PIDA prévoit, à l’aide du document cartographique succinct qui en est l’élément essentiel, les lieux où du déclenchement artificiel à l’explosif est nécessaire dans la commune, ainsi que les méthodes à employer. Dans la mesure où il organise la sécurité des personnes vis-à-vis des avalanches, le PIDA doit prévoir “celles que l’on n’a jamais vues”, afin d’éviter de faire courir aux usagers des pistes ce risque exceptionnel. C’est pourquoi, s’il est rédigé dans cet esprit, les avalanches figurant sur la carte qui l’accompagne couvrent bien souvent une zone plus étendue que sur la CLPA. Dans la mesure où le PIDA envisage la protection du public sur les routes ou les domaines skiables, on peut considérer qu’il s’agit là d’un document affichant un risque. On peut dire qu’il se rapproche de la carte d’aléas au sens des textes du “PPR”.

3. Conséquences pratiques

Une avalanche peut dépasser les limites qu’elle a atteintes jusqu’à présent, figurant en magenta sur la CLPA, soit que le document ait méconnu la réalité, soit que le nouvel événement ait été plus important que par le passé. Par exemple, certaines avalanches progressent vers l’aval d’année en année, en se frayant un chemin dans la forêt.
Lorsque des travaux ont été réalisés, le danger peut disparaître ou, au moins, être notablement diminué. Il reste cependant coloré sur la carte, dans les limites correspondant aux observations antérieures aux travaux, tandis que les protections apparaissent sous forme de surcharges noires. En effet, modifier les limites de l’avalanche en raison de ces travaux reviendrait à porter une appréciation technique sur leur efficacité et leur état d’entretien présent et futur. L’attention de l’utilisateur de la carte renseignée de cette manière est attirée sur le fait que le secteur a présenté un certain danger mais que des travaux ont vraisemblablement atténué celui-ci.

4. Valeur des renseignements

Valeur de la photo-interprétation : La photo-interprétation permet de relever soit des manifestations évidentes du phénomène étudié, soit d’établir de simples présomptions. Elle permet de retrouver des phénomènes anciens sortis des mémoires et prend toute son importance dans les secteurs peu ou pas connus. Un de ses grands avantages réside dans son indépendance vis-à-vis de toute contrainte humaine, économique ou politique. Cet avantage ne peut malheureusement masquer les insuffisances et la subjectivité de l’interprétation des clichés aériens. C’est pourquoi, des études sont en cours à la Division ETNA pour automatiser partiellement le processus, ou du moins, fournir une aide à la décision, grâce à l’utilisation d’un Modèle Numérique de Terrain, sous ARC/INFO.

Résultats à attendre de l’enquête sur le terrain : Cette enquête apporte un complément indispensable et des assurances dont on ne pourrait se passer.
Malheureusement, elle ne permet pas de renseigner correctement la carte dans les zones peu fréquentées. A proximité des lieux habités, les couloirs sont plus nettement individualisés et délimités, leurs manifestations d’activité ayant eu des effets particulièrement précis sur un territoire dans lequel les repères sont nombreux. En revanche, il est parfois beaucoup moins aisé d’y obtenir des informations de la bouche de ceux qui sont le plus directement concernés : les intérêts fonciers, économiques et politiques sont souvent trop importants pour que l’enquête bénéficie pleinement de ces conditions apparemment plus faciles. Cependant, une évolution nette des mentalités face à la mise en évidence du risque d’avalanche a été notée au cours des dernières années : la CLPA est maintenant considérée comme un outil indispensable à la gestion du territoire, plutôt que comme une pesante contrainte.

5. Échelle

La CLPA est un document à l’échelle du 1/25 000 (parfois 1/20 000 pour les plus anciennes), qui correspond à celle de la carte de base française. L’échelle de la prise de vue, la précision des limites des traces que la photo-interprétation met en évidence, ainsi que la précision des renseignements conservés dans les mémoires des habitants, ne permettent pas une résolution plus fine. L’incertitude moyenne sur les limites des phénomènes reportés semble être de 20 à 50 mètres.
Compte tenu de cette incertitude, un agrandissement simple de la carte ne peut donc être admis dans le cadre d’élaboration de documents à plus grande échelle sans une étude complémentaire approfondie. Une attitude différente reviendrait à multiplier localement les erreurs, sans aucun gain de précision.

CLPA (suite)

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