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Article paru dans la revue de l'ANENA "Neige et Avalanches" N° 110 - juin 2005

Malgré des prévisions favorables : pourquoi l'avalanche a-t-elle eu lieu ?

À soixante-deux ans, Raymond parcourt la montagne avec passion, respect et précaution depuis plus de vingt ans. Il a effectué beaucoup de raids à ski et participé à de nombreuses compétitions de ski-alpinisme.

Cliquez pour visualiser les skieurs au moment de l'accident

 

En ce 17 mars 2003, il a choisi d’aller avec Didier à la Pointe de Platé (2554 m - massif du Haut Giffre) par la combe de Sales (pente nord-est à 35°/40°). Les conditions météo étaient bonnes. Le BRA indiquait un risque 1. Les Arva avaient été contrôlés ; sondes et pelles étaient dans le sac (pelle montée, manche en haut, sac légèrement ouvert de manière à ce que la pelle puisse être extraite avec une seule main par dessus l’épaule). Raymond connaît bien l’itinéraire pour l’avoir déjà fait quatre ou cinq fois. En chemin, les randonneurs ont examiné les alentours et remarqué que la pente conduisant au Passage du Dérochoir (mêmes orientation et inclinaison) avait été récemment skiée par quatre skieurs. Aucune trace de coulée.
Cette observation a conforté les deux randonneurs dans le choix de l’itinéraire projeté !

 

Ils sont arrivés au bas de la pente vers 14 h 30. Comme les conseils de sécurité le recommandent, la progression s’est faite avec un espacement de 30 mètres au moins et à aucun moment, l’un ne s’est trouvé exactement à l’aval de l’autre. Raymond montait en premier. La trace se faisait correctement dans la neige légère mais assez portante.
Tout à coup, vers 2300 m environ, le manteau neigeux s’est détaché sur toute la face,
50 mètres au-dessus du premier skieur sur une épaisseur de quarante cm environ. Lors de la descente (dix à quinze secondes), les skieurs ont été emportés " en surface ". C’est au moment de l’arrêt, en bas de pente, qu’ils ont été ensevelis par la neige qui, au moment du départ de l’avalanche, était au dessus d’eux.

Cliquez pour voir la position des skieurs.
Didier a été plus chanceux que Raymond. Sa tête et un bras sont restés à l’air libre. Grâce à ce dernier et à la position de sa pelle, il a pu se dégager assez rapidement et rechercher immédiatement son compagnon.
Entraîné à utiliser son Arva et guidé par un bâton de Raymond resté en surface, Didier l’a vite localisé. Grâce à sa pelle, il a pu creuser la neige compressée pour dégager la tête et le thorax puis le haut du corps de Raymond. Il a ensuite enlevé la neige obstruant sa bouche. Raymond, évanoui, a reçu de son ami une bonne paire de calottes. En revenant à lui, il a poussé deux grands cris, puis a recommencé à respirer par très courtes saccades avant de retrouver ses esprits petit à petit. Il a alors fallu dégager son corps et ses skis qui ne s’étaient pas détachés. Raymond ne pouvait pas se tenir debout. Il avait froid. Entre le départ de la coulée et le dégagement des parties vitales de Raymond, il s’est écoulé approximativement dix minutes.

Dans cette zone isolée, le téléphone portable ne passait pas. En protégeant et séchant au mieux son ami et en l’aidant à respirer de plus en plus normalement, Didier, avec un stress maîtrisé, a pu le secourir efficacement.
Les deux randonneurs, dès lors que Raymond avait retrouvé quelques forces, sont lentement remontés " en peaux " jusqu’aux Grandes Platières (400 m de dénivelée).

Arrivés vers 17 h 30, les installations de remontées mécaniques étant fermées, ils sont descendus prudemment par les pistes de ski jusqu’à la station. Par précaution, Raymond a demandé un examen médical qui s’est révélé négatif quant aux conséquences de cette épreuve.

Conclusions

Sur les moyens techniques appliqués, l’heureuse issue est sans doute en partie due à une application rigoureuse de :

La progression espacée et décalée des deux randonneurs.
La disponibilité de la pelle dans le sac, accessible d’une seule main.
L’utilisation correcte des outils de sauvetage (Arva et de la pelle).

Sur l’intervention humaine :

La bonne analyse de la situation par le sauveteur.
L’application scrupuleuse des méthodes apprises et renouvelées lors de multiples entraînements.
La bonne forme physique des deux randonneurs et en particulier de la victime qui a pu, avec le temps nécessaire, regagner le sommet des Grandes Platières et redescendre par ses moyens en vallée.

Sur la coulée, malgré des prévisions favorables : pourquoi a-t-elle eu lieu ? Pourquoi à cet endroit ?
Après coup, en analysant la situation, on peut fournir quelques éléments de réponse :

Les jours précédents, la neige est restée poudreuse.
Quelques jours avant l’accident, il a eu du vent du nord en altitude, qui a probablement déposé de la neige sur les faces nord-est en créant une grosse plaque à vent sous la Pointe de Platé.
Pour que la plaque glisse sur la neige sous-jacente, il faut que l’équilibre du manteau neigeux soit rompu. C’est certainement la surcharge due aux passages de Raymond et Didier qui a déclenché la coulée.

On ne le répétera jamais assez : le risque zéro n’existe pas. Tout randonneur responsable doit évaluer personnellement les risques inhérents à la course projetée, en s’aidant des moyens techniques, de son expérience et des informations les plus affinées. Aucune science ne permet de garantir par anticipation le succès d’une course.
Le respect et l'application des règles en matière d’équipement, de progression et d’analyse ne peuvent que diminuer les conséquences d’une situation délicate.

À ces éléments, il faut ajouter l'absolue nécessité de procéder à des entraînements multiples pour acquérir les réflexes et automatismes indispensables destinés à la meilleure finalité possible.

 
 

Le point de vue des experts

Daniel GOETZ et Gérald GIRAUD, Météo-France/CEN

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