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Le premier jour, comme les suivants, amène une matinée
bien ensoleillée et un après-midi pluvio-orageux sans précipitation
significative (< 1 cm à 3500 m). La masse dair, chaude
pour la saison, et le ciel couvert dans la nuit, limitent fortement le
regel jusque vers
3500 m. On enchaîne ainsi quatre journées avec des montées
sur une neige pourrie ou croûtée plus ou moins portante,
puis assez dure nous faisant sortir les couteaux. Descente vers 11 h sur
une neige de printemps bien revenue, et immanquablement les skis senfoncent
de plus en plus dans une grosse soupe.
Le cinquième jour, nous nous dirigeons vers le Grünegghorn,
sommet classique à 3860 m. Le regel est correct et la neige porte
sur Konkordia (2800 m). Nous élevant ensuite en face Est, la neige
dure oblige à sortir les couteaux. La trace est bien marquée.
Un passage raide sous le col oblige JD à déchausser et il
enfonce jusquau genou, traversant la croûte de regel trop
faible pour supporter un piéton.
Cest une première indication qui néveille que
notre curiosité : la neige nest pas totalement transformée
à 3500 m. Après le col, on se retrouve sur une pente Sud
peu raide où la neige est très dure. Les nombreux randonneurs
de la semaine ny ont pas laissé de traces. On se dit encore
une fois que lhiver est loin et que le manteau est transformé
en profondeur.
On parcourt ensuite à pied la magnifique arête Sud du Grünegghorn,
à larrière plan sur la photo 2 .
La descente classique emprunte le col Nord, mais cest la face Est
qui nous attire (à droite sur la photo 2) avec une belle pente
régulière à 40-45°, qui commence juste à
" revenir ".
Les différences de conditions entre faces Est et Ouest sont assez
surprenantes, cest le deuxième indice que nous négligeons.
La face Ouest dans laquelle nous traçons (à gauche sur la
photo 2 )
est encore froide (neige croûtée sur quelques centimètres
avec une neige bien froide en grains dessous) mais la face Est semble
complètement transformée (neige bien dure où les
skis ont du mal à accrocher, cf photo 1). Les derniers mètres
sous le sommet, coté Est, laissent déjà apparaître
des cailloux, chose qui nous rassure puisque cela nous paraît un
signe de fonte incontestable.
JD attaque rive droite et sarrête 30 mètres sous moi
pour faire les photos. À son signal, jenchaîne pleine
pente trois virages fabuleux car, sur quelques millimètres, la
neige est décaillée et mes carres naccrochent pas
si mal.
Si JD entend tout de suite le bruit sourd de la plaque qui casse, je suis
tellement concentré sur mes virages que cest la plaque qui
memmène et me déséquilibre qui me fait comprendre.
Jai soudain des semelles de plomb sur un tapis roulant. Le temps
de me dire que je ne veux pas mourir ici et les réflexes prennent
le relais. Se battre pour ne pas rouler, freiner avec les skis et les
mains sur la couche dure en dessous, et laisser passer la plaque en faisant
comme si on voulait sancrer au plus profond de la couche du dessous.
Sur la photo 3 ,
on voit le chemin parcouru en une dizaine de secondes. Une centaine de
mètres environ, pour une plaque dà peu près
60 m de large, dune épaisseur de 20 cm sur une pente à
40/45 degrés. Si le risque densevelissement est faible, ce
sont les barres rocheuses du dessous qui ont fait le danger (60 m de haut)
ainsi que la rimaye au bas de la face.
Jappelle tout de suite JD pour massurer quil est sain
et sauf. Il est à peu près au même niveau que moi
mais complètement dépouillé. Son sac posé
ouvert pour faire la photo, ses skis sans lanières, ses gants et
ses bâtons ont été emportés, ainsi que son
arva resté au fond du sac depuis ce matin
Le temps de rassembler nos esprits et nos affaires et ce sont plusieurs
coulées de fonte qui se déclenchent sur dautres faces.
Même la pente sur laquelle nous sommes encore accrochés,
bien que purgée, nous semble soudain très préoccupante.
La couche sur laquelle reposait la plaque est molle et nous enfonçons
jusquaux genoux. Seul le bas de la pente, laminé par la coulée
nous rassure.
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