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La première journée nous conduira autour du Jardin du Roi
par les Bergeries de Tussac et la Croix de Lautaret. La météo
sans être dissuasive, nest pas terrible et caractérisée
par un sérieux redoux. La nuit qui précède est couverte
et réduit fortement le regel nocturne.
Malgré le caractère nordique de la rando, cest munis
des Arva, pelles et sondes que nous remontons le vallon de Combau pour
cette deuxième sortie. De belles éclaircies apparaissent
et accentuent limpression de douceur malgré le départ
matinal.
Nous arrivons à Tête Chevalière (1951 m) où
la vue sur le Mont Aiguille et Chichilianne est de toute beauté.
Il est 11 h, nous casserons la croûte au petit refuge de Chaumailloux.
Avant cela pour se mettre en appétit et se dégourdir les
jambes, une bonne descente vers le Pas de lAiguille nous attend.
Avant le début de la descente, une corniche bien marquée
invite au free ride. Je renonce de peur de faire partir une plaque. Un
peu plus bas un petit couloir marque le début de la vraie pente
et je my engage sans concertation avec les autres.
Contrairement aux neiges précédentes qui étaient
molles et humides, la neige ici est très dure et sous les carres
se détachent de nombreux fragments qui glissent aussitôt
le long de la pente. Lors dun premier arrêt, je constate quElie
et Mathilde se sont lancés quasiment derrière moi.
Je redémarre et immédiatement je suis fauché par
une plaque de neige de faible épaisseur qui me déséquilibre
et massoit dans la neige. En regardant vers le haut, je me rends
compte que toute la pente au-dessus de moi sest craquelée
sur une bonne épaisseur et se met en mouvement. Je prends peur
et tente avec succès de me rétablir sur mes skis pour méchapper
sur la gauche. Aussitôt je suis pris deffroi en voyant sur
ma droite Mathilde sur un bloc dévalant la pente comme sur une
luge et en aval Elie, au milieu des blocs, apparaissant et disparaissant
sans cesse.
En skiant, je suis lavalanche en ne quittant pas Mathilde des yeux
jusquà larrêt de la coulée. Mathilde est
toujours sur son bloc mais a la jambe coincée par un petit pin.
Quant à Elie, seul le bas du corps est enseveli et il se dégage
tout seul.
Jaide Mathilde à se sortir de son arbre : " un mètre
de plus et javais la jambe cassée " me dit-elle. Elie,
pour sa part, saigne au front et a un gros hématome à lavant
bras et aux côtes. Evelyne et Jérôme nous rejoignent.
Ils ont été spectateurs et ont échappé au
statut de secouristes mais sont visiblement un peu troublés.
Nous navons pas tout de suite conscience de laccident grave
auquel nous venons déchapper :
la
plaque, à son maximum, atteint 60 cm dépaisseur et
la cassure, large de 15 m, a glissé sur 200 m et arraché
de nombreux pins.
Au contraire, nous plaisantons maintenant et prenons des " photos
souvenirs ".
Prudemment, nous terminons la descente vers Chaumailloux et petit à
petit un malaise menvahit qui ne me quittera quau bout de
quelques jours et quelques coups de fil : jaurais pu tuer ma fille
par imprudence !
Quil est facile danalyser après coup ! Nous aurions
dû nous méfier de cette pente marquée (35° au
début), orientée nord, qui avait subi certains épisodes
neigeux dans les semaines précédentes et que mentionnait
dailleurs le bulletin destimation du risque davalanche
(persistance de vieilles plaques enfouies ou non). Le changement de neige
assez spectaculaire et la corniche évoquée plus haut aurait
dû nous mettre en éveil.
Le redoux, quant à lui, était un facteur aggravant.
Enfin, le caractère nordique de la randonnée avait mis en
" stand by " toute prudence et cest avec beaucoup de légèreté
que nous avons abordé cette pente : pas de concertation donc pas
de distance ni de stratégie de protection ou de réchappe.
Ces mots si souvent lus ou entendus : " le risque zéro nexiste
pas " résonnent de plus en plus fort dans ma tête et
je viens, sans frais, de prendre une bonne leçon, mais lidée
davoir mis les miens en danger mest toujours aussi insupportable.
L'avis de Jacques Villecrose, Centre d'Études
de la Neige / Météo-France.
L'avis de François Sivardière,
Directeur de l'ANENA.
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