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-- Dominique, Mathilde, Elie et les autres...
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par Dominique Duperray
Article paru dans la revue de l'ANENA "Neige et Avalanches" N° 103 - septembre 2003
  En cette fin de mois de février, nous avons décidé de profiter de l’enneigement correct sur le Sud Vercors. Notre petite famille (les parents Evelyne et Dominique et leurs deux enfants Mathilde et Nicolas) et deux amis (Elie et Jérôme) ont donc élu camp de base au gîte de Bénevisse au fond du vallon de Combau dans la Drôme.
 

La première journée nous conduira autour du Jardin du Roi par les Bergeries de Tussac et la Croix de Lautaret. La météo sans être dissuasive, n’est pas terrible et caractérisée par un sérieux redoux. La nuit qui précède est couverte et réduit fortement le regel nocturne.

Malgré le caractère nordique de la rando, c’est munis des Arva, pelles et sondes que nous remontons le vallon de Combau pour cette deuxième sortie. De belles éclaircies apparaissent et accentuent l’impression de douceur malgré le départ matinal.
Nous arrivons à Tête Chevalière (1951 m) où la vue sur le Mont Aiguille et Chichilianne est de toute beauté. Il est 11 h, nous casserons la croûte au petit refuge de Chaumailloux. Avant cela pour se mettre en appétit et se dégourdir les jambes, une bonne descente vers le Pas de l’Aiguille nous attend.

Avant le début de la descente, une corniche bien marquée invite au free ride. Je renonce de peur de faire partir une plaque. Un peu plus bas un petit couloir marque le début de la vraie pente et je m’y engage sans concertation avec les autres.
Contrairement aux neiges précédentes qui étaient molles et humides, la neige ici est très dure et sous les carres se détachent de nombreux fragments qui glissent aussitôt le long de la pente. Lors d’un premier arrêt, je constate qu’Elie et Mathilde se sont lancés quasiment derrière moi.
Je redémarre et immédiatement je suis fauché par une plaque de neige de faible épaisseur qui me déséquilibre et m’assoit dans la neige. En regardant vers le haut, je me rends compte que toute la pente au-dessus de moi s’est craquelée sur une bonne épaisseur et se met en mouvement. Je prends peur et tente avec succès de me rétablir sur mes skis pour m’échapper sur la gauche. Aussitôt je suis pris d’effroi en voyant sur ma droite Mathilde sur un bloc dévalant la pente comme sur une luge et en aval Elie, au milieu des blocs, apparaissant et disparaissant sans cesse.

En skiant, je suis l’avalanche en ne quittant pas Mathilde des yeux jusqu’à l’arrêt de la coulée. Mathilde est toujours sur son bloc mais a la jambe coincée par un petit pin. Quant à Elie, seul le bas du corps est enseveli et il se dégage tout seul.
J’aide Mathilde à se sortir de son arbre : " un mètre de plus et j’avais la jambe cassée " me dit-elle. Elie, pour sa part, saigne au front et a un gros hématome à l’avant bras et aux côtes. Evelyne et Jérôme nous rejoignent. Ils ont été spectateurs et ont échappé au statut de secouristes mais sont visiblement un peu troublés.

Nous n’avons pas tout de suite conscience de l’accident grave auquel nous venons d’échapper :

la plaque, à son maximum, atteint 60 cm d’épaisseur et la cassure, large de 15 m, a glissé sur 200 m et arraché de nombreux pins.

Au contraire, nous plaisantons maintenant et prenons des " photos souvenirs ".
Prudemment, nous terminons la descente vers Chaumailloux et petit à petit un malaise m’envahit qui ne me quittera qu’au bout de quelques jours et quelques coups de fil : j’aurais pu tuer ma fille par imprudence !

Qu’il est facile d’analyser après coup ! Nous aurions dû nous méfier de cette pente marquée (35° au début), orientée nord, qui avait subi certains épisodes neigeux dans les semaines précédentes et que mentionnait d’ailleurs le bulletin d’estimation du risque d’avalanche (persistance de vieilles plaques enfouies ou non). Le changement de neige assez spectaculaire et la corniche évoquée plus haut aurait dû nous mettre en éveil.
Le redoux, quant à lui, était un facteur aggravant.

Enfin, le caractère nordique de la randonnée avait mis en " stand by " toute prudence et c’est avec beaucoup de légèreté que nous avons abordé cette pente : pas de concertation donc pas de distance ni de stratégie de protection ou de réchappe.
Ces mots si souvent lus ou entendus : " le risque zéro n’existe pas " résonnent de plus en plus fort dans ma tête et je viens, sans frais, de prendre une bonne leçon, mais l’idée d’avoir mis les miens en danger m’est toujours aussi insupportable.

L'avis de Jacques Villecrose, Centre d'Études de la Neige / Météo-France.

L'avis de François Sivardière, Directeur de l'ANENA.

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