-- Quelles leçons en tirer ?
François Sivardière -
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  Depuis plus de quinze ans, Colin Samuels vit totalement sa passion du ski de montagne. Il skie jusqu’à 200 jours par an (parfois plus), dans les Alpes ou sur d’autres montagnes du monde, toujours en hors-pistes et en randonnée, souvent seul.
Il s’est établi à La Grave il y a plus de dix ans et connaît donc particulièrement bien ce domaine skiable : il y a déjà skié de très nombreuses fois chaque pente, chaque couloir, dans tous les types de conditions (ou presque). Il a en plus la chance de pouvoir observer ses pentes favorites depuis sa maison, située sur l’autre versant de la Romanche.
Sa grande expérience (de la montagne en général et du ski en particulier), son sens de l’observation, sa connaissance des lieux, de la neige et des avalanches sont des atouts essentiels qui permettent, entre autres, de mieux comprendre sa démarche et sa philosophie. Mais, comme il le dit dans son témoignage et comme le montre son incident, ils ne sont pas toujours suffisants.

Ce lundi 20 décembre 2004, il décide de partir dans les vallons de Chancel, seul. Colin connaît parfaitement ces pentes et se dirige vers le haut d’un couloir qu’il envisage de skier, si les conditions lui semblent bonnes.
Sans hésiter, mais prudemment, car il sait qu’un risque d’avalanche existe (le BRA estime le niveau de risque à 3), et il sait que, seul, ses chances de survivre à une avalanche sont minimes : personne ne sera là pour le tirer d’affaire.

Bien que seul, il a son Arva, sur lui et en émission. Cette précaution, élémentaire mais non moins fondamentale, associée à une certaine chance*, lui a probablement sauvé la vie.

C’est sans doute la première leçon que l’on peut retirer de sa mésaventure. Même seul, même dans un secteur où l’on s’attend à ne rencontrer personne, l’Arva (avec la pelle et la sonde bien sûr) doit faire partie de l’équipement.

En effet, deux snowboarders ont suivi les traces de Colin, plusieurs minutes après lui. Arrivés sur les lieux et constatant qu’aucune trace ne ressortait de l’avalanche, ils ont commencés à le rechercher avec leur Arva, et ont pu le localiser. On ne peut que les féliciter d’un tel comportement : des traces qui rentrent dans une avalanche sans en ressortir sont le signe indiscutable de l’ensevelissement de la personne qui les a faites et qu’il faut rechercher sans délai.

C’est la deuxième raison pour laquelle, même seul, on doit toujours emporter son Arva :
si l’on est témoin d’un accident, ou si, comme dans le cas présent, on arrive sur une avalanche et que des traces y entrent sans en ressortir, on pourra rapidement intervenir pour rechercher d’éventuels ensevelis.

D’un point de vue plus nivologique, la mésaventure de Colin rappelle une nouvelle fois que même une épaisseur de neige peu importante peut être instable. En effet, malgré des chutes de neige récentes (mais accompagnées de vent), l’enneigement était faible pour la saison : de nombreux rochers, habituellement recouverts de neige, affleuraient. Colin le savait, et à l’entrée du couloir, il a pris le temps de l’observation et de la réflexion.
Et, comme il l’a écrit lui-même, il a senti " que quelque chose n’allait pas ", mais a, malgré tout, choisi d’y aller.

Son incident permet aussi de revenir sur l’influence du passage des skieurs/snowboarders sur la stabilité du manteau neigeux. Le domaine skiable de La Grave-La Meije est mondialement connu et très fréquenté. Bien que les pentes y soient soutenues voire raides, les accidents d’avalanche sont relativement peu fréquents : l’ANENA n’a recensé, depuis octobre 1989, " que " trois accidents mortels (en 1995, 2003 et 2004).

La stabilisation du manteau neigeux par le passage répété et systématique après chaque chute de neige, d’un très grand nombre de riders, est probablement (il faut être prudent en la matière) une des raisons de ce nombre relativement faible.

Mais, de ce point de vue, les débuts de saison sont particuliers, surtout en cas de faible enneigement : les premières couches de neige n’ont pas encore été suffisamment tracées, compactées et stabilisées. D’une façon générale, et plus encore en début de saison, il faut se méfier de l’impression de sécurité que peut donner le fait de " rider " des pentes habituellement très fréquentées.

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