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octobre, la neige est là, poudreuse, il faut en profiter car on
ne sait pas de quoi lhiver sera fait, ne pas rater ce petit créneau
de beau temps dans une série de perturbations. Cest en partie
ce qui pousse les skieurs accros de randonnée à lassaut
des pentes tout juste blanchies.
Ce témoignage nous rappelle que, dès le début de
lenneigement, le risque davalanche nest pas à
négliger. Comme toujours, il faut analyser les conditions nivologiques,
ce qui demande une grande expérience de terrain en début
de saison car les informations disponibles avant de partir sont réduites.
Les bulletins dinformation neige et avalanche de Météo-France
nont pas démarré (le premier sera diffusé 2
jours plus tard, le 1er novembre), il y a peu de compte-rendu de courses,
restent les bulletins météo montagne qui contiennent une
courte info neige. On peut y retrouver la chronologie des chutes de neige
et des conditions météo mais cela suppose de lécouter
tous les jours.
Dans ce cas, les dernières chutes datent de la veille, le 29 en
matinée, accompagnées de vent de sud temporairement assez
fort (50 à 60 km/h à 1500 m), puis de la nuit du 29 au 30,
avec un vent plus faible. Au total, on pouvait sattendre à
une trentaine de cm de neige fraîche vers 2000 m, poudreuse légère
en surface, plus dense et avec un peu de cohésion dessous. Lépaisseur
de neige fraîche observée est un peu plus importante, ce
qui alerte à juste titre Volodia. Cest le signe dune
précipitation plus abondante dans ce secteur ou daccumulation
dans ces versants abrités du vent de sud. Les pentes très
raides sous larête entre Côte Belle et les Aiguillettes
présentent en effet une barrière qui fait de lensemble
de ce cirque une zone plus propice au dépôt de neige par
vent de sud.
Pour savoir sur quoi repose cette neige fraîche, il faut revenir
sur le début denneigement. La bonne chute de début
octobre a été éphémère et ce nest
quà partir du 20 que la neige tombe à nouveau, en
abondance au dessus de 2500 m, mais seulement une dizaine de cm plus bas,
jusquà 1500 m. À part une nouvelle chute de 10 cm
de neige dans la nuit du 26 au 27, des conditions anticycloniques prévalent
pendant toute la période du 20 au 29. Ce beau temps calme et ensoleillé
en montagne, ainsi que la faible épaisseur de neige au sol favorisent
la persistance dune neige légère et de faible cohésion
dans ces versants nord.
Sur le terrain, Volodia a bien noté " la différence
de densité des deux couches de neige récente ". En
pratique, en enfonçant son bâton qui pénètre
sur 70 cm : il " sent " une première couche très
meuble (la poudreuse légère de la nuit dans laquelle senfonce
les skis) puis une couche plus résistante mais encore meuble (la
chute de neige ventée de la veille) et enfin une couche plus faible
(la sous-couche qui est restée fragile, probablement transformée
en faces planes ou gobelets).
La connaissance du mécanisme de déclenchement des avalanches
de plaque est loin dêtre complète mais les éléments
suivants en sont une explication partielle. La couche de poudreuse au-dessus
ne joue pas un rôle primordial dans le déclenchement. Mais
dessous, une couche avec un peu de cohésion, peut-être suffisante
pour propager une cassure, repose sur une couche fragile qui peut éventuellement
céder sous le poids dun skieur.
Un tel empilement peut alors être déclenché en avalanche
de plaque friable, sur une pente suffisamment raide. Ce qui est bien le
cas ici : pour rejoindre larête, la pente dépasse souvent
30°.
Pour finir de se convaincre du risque existant et essayer de le quantifier,
Volodia aurait pu compléter ce test denfoncement du bâton
par un test de stabilité à laide dune pelle.
Quelques minutes suffisent en effet pour isoler une colonne de neige et
détecter la présence de couches fragiles en chargeant progressivement
cette colonne jusquà obtenir sa rupture (voir dossier complet
dans Neige et Avalanches n° 99, septembre 2002). Bien sûr, ce
test naurait été quun élément
de plus pour aider à la décision difficile de renoncer à
cette belle pente poudreuse.
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