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Ce témoignage nest pas sans analogie avec celui publié
dans le n° 100 de Neige et Avalanches de décembre 2002 qui
concernait une avalanche déclenchée à la Pointe de
Méan Martin en mai 2002.
Dates à peu près similaires, conditions apparemment printanières
et, par voie de conséquence, des skieurs de montagne plutôt
confiants quant à la stabilité du manteau neigeux malgré
laltitude élevée de leur objectif.
Lanalogie porte également sur lobservation de la neige
de surface dans la zone de départ de lavalanche. Yannick
parle ici de " neige bien dure où les skis ont du mal à
saccrocher ". Martin évoquait une " bonne neige
tassée, portante, dégelée en surface ".
Dans les deux cas, cela conduit à un diagnostic de conditions printanières
classiques (regel ou dégel) et à une évaluation dun
risque davalanche faible.
Dans le cas qui nous intéresse ici, le diagnostic rassurant de
Yannick est étayé aussi par lapparition de cailloux
juste sous le sommet, dans la pente Est quil sapprête
à descendre avec son compagnon ; un signe quil attribue à
la fonte, mais lhypothèse dun effet du vent aurait
pu être retenue, dautant quune corniche était
présente.
Sur ce premier point, il faut rappeler quune croûte de regel
présente lavantage de peu propager verticalement les contraintes
extérieures mais le désavantage, étant très
rigide, davoir une faible capacité de déformation.
Lépaisseur de la croûte joue donc un rôle primordial
en matière de stabilité.
Évidemment, si en dessous de la croûte lédifice
ne présente pas de structure de plaque sur couche fragile, le danger
se limite à un éventuel plantage des skis (neige croûtée
cassante). Dans le cas inverse, on peut se retrouver dans un cas classique
de déclenchement de plaque. Ce qui semble le cas ici.
En relisant lanalyse nivologique effectuée a posteriori par
Yannick, on peut sinterroger sur la nature exacte de la couche fragile
sous-jacente. Il évoque lhypothèse quelle soit
constituée de neige humide, une fine croûte de glace à
sa surface ayant provoqué une mauvaise cohésion avec la
plaque. Mais compte tenu de laltitude très élevée
et de lorientation de la pente, on a un peu de mal à imaginer
une humidification ancienne sur une épaisseur importante et provoquant
lenfoncement jusquaux genoux des skieurs une fois sortis de
lavalanche.
Reste lhypothèse dune couche fragile constituée
de neige sèche en grains anguleux, résultant soit dune
métamorphose de gradient au sein de la couche de neige récente
tombée quelques jours avant le séjour de nos amis, soit
dune métamorphose de gradient beaucoup plus ancienne du manteau
neigeux.
Cette dernière hypothèse serait cohérente avec le
faible enneigement de la haute montagne en 2002 dans le Nord des Alpes
françaises, les fondements fragiles du manteau neigeux et les avalanches
observées en mai, dont celle de Méan Martin, plutôt
en versant Nord il est vrai.
Difficile bien sûr de trancher sur ce point en labsence de
renseignements sur les conditions exactes dans lOberland Bernois
comme de mesures précises sur le site.
Quoiquil en soit, Yannick a raison dinsister sur les particularités
de la très haute montagne en terme dévolution nivologique.
En plein hiver, lenneigement y est parfois plus faible quà
plus basse altitude, notamment dans les pentes raides, en raison du vent
et dune plus faible teneur en vapeur deau de lair.
Au printemps, les transformations de la neige dues au rayonnement sont
effectivement lentes et souvent superficielles dans certains versants,
ne serait-ce quen raison de températures en moyenne fraîches.
Une statistique portant sur 30 ans (1961/1990) de radiosondages atmosphériques
effectués au Centre Météorologique de Lyon montre
que lisotherme 0°C (que lon peut considérer grossièrement
valable pour le Nord des Alpes françaises) se situe en moyenne
fin mai vers 2700m, cette moyenne passant à 3200 m pour le mois
de juin et à 3700 m pour juillet.
Cest évidemment sans compter sur des températures
exceptionnellement chaudes comme en ont connu les Alpes en 2003 dès
le début du mois de juin !
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