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-- AVALANCHES ET MORTALITÉ
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par François Sivardière
Article paru dans la revue de l'ANENA "Neige et Avalanches" N° 98 - juin 2002
>> Les avalanches sont à l'origine de moins de 20 %
des décès en montagne <<

Les accidents mortels d’avalanche font souvent l’objet d’un traitement médiatique particulier qui peut fausser la perception de leur importance quantitative. Qu’en est-il donc réellement ?

Les informations relatives aux accidents d’avalanche en France sont rassemblées et traitées par l’ANENA depuis 1970. Ses moyens ne lui permettent toutefois pas d’être informée de la totalité des accidents d’avalanche. Mais les données qu’elle recueille sont suffisantes pour mieux connaître la réalité de l’accidentologie des avalanches en France, en particulier de la mortalité associée, puisque tous les accidents mortels lui sont rapportés.

  Entre le 1er octobre 1989 et le 30 septembre 2001, l’ANENA a dénombré 249 accidents mortels d’avalanches, à l’origine de 372 décès. Il y a donc eu, en moyenne pendant ces douze années, 21 accidents mortels d’avalanches et 31 décès par an en France.
Sur la même période, la moyenne annuelle est de 18 en Italie, 23 aux États-Unis et 24 en Suisse.
Le travail du SNOSM (Système National d’Observation de la Sécurité en Montagne) depuis 1998 sur les accidents de montagne en été (de juin à septembre) donne quelques éléments de comparaison. Les sports de montagne sont à l’origine d’un peu plus de 100 décès par été (hors avalanches, mais celles-ci ont été relativement rares pendant cette période), dont environ 37 en alpinisme et 48 en randonnée pédestre.
Par ailleurs, le SNOSM collecte également le nombre et le type d’interventions des services de sécurité des pistes des stations de ski pendant l’hiver, depuis la saison 1996-97. Ainsi, chaque hiver depuis six ans, le ski et le snowboard sur et hors des pistes sont à l’origine de 27 décès en moyenne (hors avalanches). Les avalanches représentent donc la cause d’un peu moins de vingt décès sur cent en montagne en France.

Par rapport à d’autres types d’accidents, on remarquera qu’il y a en France, pendant la période estivale (juin à septembre) environ 600 noyades, dont 47 (moyenne annuelle sur 1999, 2000 et 2001) dans des piscines privées (il y en a entre 500 et 600 000). La chasse, quant à elle, a été l’origine de 40 à 45 décès durant les saisons 1996-97 à 1999-2000 (le nombre de chasseurs en France est de 1.6 à 1.7 million).
>> En moyenne,
il y a chaque année
21 accidents mortels d'avalanche et
31 décès <<
Au total, les informations recueillies par l’ANENA pendant la période octobre 1989 à septembre 2001 ont permis de recenser 1171 personnes emportées au cours de 513 accidents d'avalanche :

• 617 (53 %) ont été totalement ensevelies (tête sous la neige, ce qui peut être à l’origine du décès par asphyxie). 336 (54 %) sont décédées et 281 (46 %) ont survécu.

• 554 (47 %) n’ont absolument pas été ensevelies ou seulement partiellement (au moins la tête en dehors de la neige). Parmi ces personnes non totalement ensevelies, 36 (6.5 %) sont décédées, et 518 (93.5 %) ont survécu.

Ainsi, sur 1171 personnes emportées, 799 personnes (68 %) ont survécu et 372 (32 %) sont décédées.

Toutefois, si le mode de collecte permet d’être informé de tous les accidents mortels, un certain nombre d’accidents “ non mortels ” ne sont pas pris en compte dans les bilans tenus par l’ANENA :

• ceux qui ne sont pas graves et qui finissent heureusement bien pour les personnes impliquées, qui n’en parlent en général à personne (elles ont pu se dégager et se secourir seules ou avec l’aide de leurs compagnons, de façon autonome);

• ceux qui n’ont fait intervenir que les services de sécurité des pistes des stations de ski qui n’en informent pas systématiquement l’ANENA.

Le nombre donné ici de personnes qui ont survécu à un accident d’avalanche est donc inférieur à la réalité. Il peut toutefois être estimé, par analogie avec, entre autres, un travail suisse (Tschirky, 2000).

>> Près 15 à 20 %
des personnes emportées par
une avalanche décèdent <<

En ce qui concerne le nombre de personnes totalement ensevelies mais qui survivent, le bilan de l’ANENA fait apparaître 281 cas, soit 23 par an en moyenne. On peut raisonnablement considérer qu’environ cinq cas par an échappent au bilan de l’ANENA.
En Suisse, l’estimation de Tschirky est de 2 ou 3, mais le système de collecte y est plus performant, et la fréquentation de la montagne hivernale probablement plus faible.
On obtient ainsi un taux de survie de 50 % pour les personnes totalement ensevelies (identique à celui de la Suisse).

Par ailleurs, le bilan moyen annuel de l’ANENA fait état de 43 personnes non totalement ensevelies qui ont survécu à l’avalanche. Par comparaison, Tschirky estime que le système de collecte suisse ne permet de collecter que la moitié du nombre réel de personnes de ce type impliquées dans une avalanche (soit 68 en moyenne par an).
Pour la France et sur cette base, on peut estimer que 50 à 120 personnes par an échappent au bilan de l’ANENA.

Il résulte de cette estimation que (respectivement) :

• 150 à 220 personnes sont emportées par une avalanche chaque année en France (186 par an en Suisse),
• parmi elles, 80 à 86 % survivent (soit un taux de décès de 20 à 14 %, à comparer à 14 % en Suisse).
• 97 à 98 % des personnes qui ne sont pas totalement ensevelies survivent.

Sources

• Accidents d’avalanches : ANENA

• Accidents de montagne en été et sur domaines skiables en hiver : SNOSM (Système national d’observation de la sécurité en montagne)

• Noyades : Institut de la veille sanitaire, Ministère de l’Intérieur

• Chasse : ONC (Office national de la chasse)

• Estimations suisses : IFENA (Institut fédéral pour l’étude de la neige et des avalanches, Davos).

Remerciements

• Aux services publics de secours en montagne (gendarmes et CRS) et à certains services de sécurité de pistes de stations de ski qui collectent les informations relatives aux accidents et les transmettent à l’ANENA.

• Au Ministère de l’Aménagement du Territoire et de l’Environnement (Direction de la prévention des pollutions et des risques) qui a financé en 2000, une étude approfondie des accidents mortels d’avalanches entre 1989-90 et 1998-99.

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