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L’un des créateurs de l’Anena nous a quitté…

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par Louis De Crécy, membre fondateur de l'ANENA, Vice-Président de l'ANENA de 1971 à 1980
Michel Desmet, Préfet de région honoraire

Article paru dans la revue de l'ANENA "Neige et Avalanches" N° 105 - mars 2004

Le créateur de l’ANENA, Jacques SAUNIER, a disparu à l’âge de 94 ans ; les anciens qui se souviennent des premiers pas de notre association ont gardé le souvenir de ce personnage bienveillant et discret, auditeur attentif et fin négociateur, dont le jugement averti garantissait l’efficacité des décisions.

Une carrière préfectorale éblouissante : en sus d’une formation des plus classiques, doctorat en droit, diplôme de l’École des sciences politiques, Jacques Saunier possédait un diplôme de l’Institut des hautes études de la défense nationale (il était colonel honoraire de l’Armée de l’Air).
Il sera d’abord secrétaire général dans le département du Nord, puis successivement préfet des Hautes-Alpes, des Ardennes, du Lot-et-Garonne avant d’être nommé, aux moments difficiles de la guerre d’Algérie, préfet de Bône en Algérie. Revenu dans la Région parisienne, il fut chargé d’y fonder une Agence Foncière et Technique de la Région Parisienne, créée par Paul Delouvrier.
Nommé Inspecteur Général, Jacques SAUNIER se verra confier les missions d’enquêtes les plus délicates dans les domaines les plus divers où son solide bon sens et sa très riche expérience indiquaient aux Gouvernements les solutions les plus raisonnables.
 
La première Commission d’enquête de Val d’Isère

C’est ainsi qu’il fut mis à la tête de la Commission d’enquête sur les deux catastrophe quasi simultanées qui endeuillèrent la Savoie et la Haute-Savoie au début de l’année 1970, l’avalanche de Val d’Isère et la destruction du sanatorium du Roc des Fiz par un glissement de terrain.
Mais les deux phénomènes étaient de nature très différentes : les risques liés aux actions de l’eau dans le sol sont connus et doivent, de longue date, être pris en compte par les constructeurs.
Par contre, les années 60 avaient vu, en France et dans les montagnes d’Europe occidentale, se multiplier rapidement des stations de ski dans des sites jusqu’ici fort peu fréquentés en hiver : le phénomène avalanche n’était pas ignoré mais l’estimation des risques sur chaque site, les moyens de lutte et de sauvetage étaient très peu explorés.
  Le grand mérite de Jacques SAUNIER fut de réaliser que Val d’Isère n’était qu’un tragique cas particulier qui posait de manière brutale un problème beaucoup plus général. La mission Saunier n’hésita pas à prendre l’initiative de l’aborder en obtenant l’élargissement à l’échelon national de la mission de son équipe qui prit le nom de : Commission interministérielle sur la sécurité des stations de montagne. Associant des administrateurs, des inspecteurs de la Protection Civile, les guides de haute montagne, des spécialistes du tourisme, des ingénieurs des Ponts et Chaussées et des Eaux et Forêts, la nouvelle commission commença par un tour d’horizon des vingt-cinq organismes qui, à un titre ou à un autre, se préoccupaient en France, souvent à temps partiel, des problèmes d’avalanches, chacun de son point de vue particulier.
Tous furent interrogés et tous prétendaient détenir LA solution. La commission enregistrait, mais se montrait très discrète sur ses options.
Elle se rendit alors à l’étranger, en Autriche et en Suisse où les problèmes d’avalanches étaient centralisés dans un seul organisme spécialisé, réunissant physiciens, hydro-dynamiciens, météorologistes, forestiers, élaborant des techniques de prévision de risques dans le temps et dans l’espace, de protection, de prévention et de secours.
Jacques SAUNIER fut convaincu ; sa commission devait remettre dès juillet 1970 un rapport complet où figure l’essentiel de ce qui est mis en œuvre par l’ANENA et ses associés, depuis les plans de zones exposés jusqu’à la recherche des victimes en passant par les ouvrages de protection, les déclenchements artificiels, etc.
Éblouie par la réalisation suisse, la commission rêvait de créer en France pour l’ensemble de ces problèmes un institut unique analogue à l’Institut du Weissfluhjoch de Davos.
Mais il aurait fallu y rassembler des spécialistes de toutes origines, dépendant de 25 organismes, publics ou privés, avec les innombrables difficultés personnelles et financières qui ne manqueraient pas de s’y opposer.
-- La création de l'ANENA
C’est à la sagesse de Jacques Saunier que nous devons le rapport déposé par la Commission qui se contente de proposer -à titre provisoire- la création d’une association destinée à devenir un jour le fameux " institut de la neige " français. Ce fut notre ANENA !
À l’usage, la nécessité de la mise en commun des apports de chacun parut évidente et se réalisa sans difficulté ; les initiatives furent tout naturellement concertées au sein de l’association qui sut leur conférer une remarquable efficacité au point que personne ne cherche plus, maintenant, à en faire le lourd organisme centralisé qu’il était question de créer à l’image de l’Institut fédéral suisse. Paradoxalement c’est l’organisme décentralisé crée en France qui se révèle un émule valable du très centralisé Institut fédéral suisse.
Grâce en soit rendue à Jacques Saunier qui voulut bien, en outre, assurer de 1976 à 1978 la présidence de notre association.
Aucun de ceux qui l’ont connu n’est prêt à oublier la figure bienveillante, attentive, discrète mais éminemment sage et efficace que restera pour nous le Préfet Jacques Saunier. Que sa famille soit assurée de la sympathie reconnaissante des usagers de la montagne.

Extraits de l'allocution prononcée aux obsèques de Jacques Saunier, par Michel Desmet, Préfet de région honoraire.
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