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-- Le " Général des Neiges " s’en est allé...
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Article paru dans la revue de l'ANENA "Neige et Avalanches" N° 102 - juin 2003.
Les témoignages des hommes qui l'ont côtoyé…

• Louis De Crécy, membre fondateur de l'ANENA, Vice-Président de l'ANENA de 1971 à 1980
• Francois VALLA, CEMAGREF/ETNA
• Paul Perroud, Ancien chef du labo *LASP (1962-1986)

*(Laboratoire d'Applications Spéciales de la Physique)


Colonel Guy de Marliave

Une foule considérable était, le 21 mars dernier, aux obsèques du colonel Guy de Marliave qui fut de 1972 à 1988 le directeur de notre association.
Une foule grenobloise rassemblée autour d’un vieux Dauphinois né à Biviers en 1918 dans une famille connue et appréciée dans toute l’agglomération.

D’autres ont rapporté la brillante carrière militaire de ce saint-cyrien qui, blessé en 1940, réussira dès 1941 à rejoindre l’Afrique du Nord par l’Espagne, sera engagé dans les campagnes d’Italie et de France où il conduira de très violents combats dans les Vosges, servira en Indochine en 1945/46 puis, après 1957 en Afrique du Nord, obtenant de multiples et élogieuses citations.
Pour nous, cependant, Guy de Marliave est d’abord un alpin : en juillet 1947, il est affecté à l’École militaire de Haute Montagne à Chamonix où il sera chargé de l’instruction des stagiaires. Participant à de nombreux sauvetages, il fut un enseignant très apprécié dans un milieu où la montagne est le quotidien de chacun. Il restera dix ans à l’EHM de Chamonix jusqu’à sa mutation en Afrique du Nord.

Toujours montagnard, le colonel de Marliave, de retour d’Afrique, prendra le commandement du 159ème régiment d’infanterie alpine à Briançon avant de revenir à Grenoble comme délégué militaire départemental à Grenoble.

Ce fut la chance de l’ANENA naissante en 1972 de trouver ce jeune retraité grenoblois de 54 ans d’une exceptionnelle compétence comme montagnard et comme enseignant.
Les nombreux stages de formation depuis ceux des pisteurs secouristes jusqu’à ceux des techniciens en déclenchement d’avalanches par explosifs ne pouvaient trouver un meilleur organisateur, prudent, attentif et décidé.
Mais ses fonctions à l’ANENA lui permirent de révéler des qualités éminentes de diplomate : la mission de l’association était de faire collaborer des personnalités aux origines les plus diverses : des scientifiques aux spécialités les plus variées, physiciens, hydrauliciens, météorologues, forestiers, des agents chargés de la sécurité du public, des maires de communes de montagne, des responsables des stations de sports d’hiver, d’associations de randonneurs, des pyrénéens et des alpins, tous estimaient que les décisions en matière de risques d’avalanche leur revenaient en priorité ! Tous furent accueillis par un directeur bienveillant, souriant et discret qui leur permettait d’exprimer leurs avis et savait les mettre calmement en présence des arguments de leurs éventuels contradicteurs, puis organiser les rencontres nécessaires.
La création du périodique " Neige et Avalanches " qui fut en grande partie son œuvre, permettant à chaque spécialiste d’exprimer son point de vue, sera le gage du succès de notre association.
Qu’elle soit présidée par un administrateur, par un randonneur ou par un responsable de station de ski, c’est aux soins discrets et attentifs du " colonel " directeur que l’on put conserver pour l’ANENA une politique cohérente, efficace et persévérante.

Au terme de ses 16 ans de direction de l’ANENA, Guy de Marliave était parti avec l’estime et la reconnaissance de tous, en particulier de son personnel, et avec la fierté d’avoir été l’un des artisans principaux du succès incontesté d’un organisme dont d’aucuns redoutaient l’échec.
Après douze ans consacrés à sa famille, la vie de Guy de Marliave fut abrégée par une cruelle maladie. Mais ce grand croyant savait qu’il serait accueilli et peut donc encore accueillir le très grand merci que nous lui devons. Louis De Crécy
-- Adieu, l’Oncle Guy…

Tous ceux qui ont rencontré Guy de Marliave étaient frappés par sa bienveillance et son sourire que d’aucuns trouvaient un peu triste. Et c’est avec affection que certains d’entre nous l’appelaient " l’oncle Guy ", titre qu’il avait gagné après le passage de Véronique Denimal à la toute jeune ANENA en 1972.
Il nous a quittés discrètement, à l’arrivée du printemps, entouré de tous les siens, chez sa chère fille au pied de la chaîne enneigée de Belledonne.

Personnalité discrète mais pas effacée, sachant laisser une large place aux autres, Guy avait su s’attacher l’amitié et souvent l’affection des gens avec qui il travaillait. À la CISA-IKAR dont il avait assuré la présidence de la commission Avalanche pendant une dizaine d’années, il n’avait que des amis. Les liens qu’il avait su tisser avec les pays alpins sont toujours solides et ont contribué au rayonnement international de l’Anena.

Parfois il se laissait aller à évoquer une autre vie passée dans les Troupes de Montagne ou en Algérie et Indochine. Et on devinait avec émotion le rôle de père qu’il a joué auprès des jeunes légionnaires déboussolés qu’il commandait alors et dont certains s’en sont sortis grâce à son autorité bienveillante.
Adieu l’Oncle Guy, tu laisses sur cette fragile terre une trace qui t’honore et que nous saluons avec émotion. Francois VALLA

-- Adieu, " Général des Neiges "…
À l’occasion du décès du Colonel de Marliave, M. Paul Perroud a souhaité revenir sur le contexte dans lequel l’ANENA a vécu ses premières années et qui fut celui au sein duquel le Colonel a dirigé l’ANENA.

Le Colonel Guy de Marliave, directeur de l'ANENA de 1972 à 1988, nous a quittés le 18 mars dernier à l'âge de 85 ans. Une foule nombreuse est venue lui rendre un dernier hommage le 21 mars à l'Eglise Saint Joseph de Grenoble. Il repose maintenant dans la tombe familiale, au pied du clocher de Biviers, à une portée d’Avalancheur du château de Montbives où il avait passé sa jeunesse.

Je voudrais simplement relater ici la part qu'il prit dans l'édification de l'ANENA.
Après la catastrophe de Val d'Isère, en février 1970, la commission d'enquête du Préfet Saunier avait rassemblé à la Préfecture de Grenoble (Préfet Vaudeville, Chef de Cabinet Wiehn) nombre de personnalités provenant de divers organismes : Ministère de l'Agriculture, Météorologie Nationale, Laboratoire de Glaciologie, Secours en Montagne, Protection Civile, Gendarmerie, Troupes de Montagne, C.R.S. 47, CNEAS, C.A.F., F.F.S., F.F.M., MM. Frison-Roche, Félix Germain, Pollet-Villard, Cattelin, etc., en vue de créer quelque chose pour lutter contre ce fléau. J’y étais aussi invité.

C'est M. Jean Franco, homme éminent de la montagne, qui était chargé de tirer les conclusions des discussions. Fallait-il un nouvel organisme d'État ou une forme plus souple ?

C’est alors que le projet d’une association loi 1901 eut la préférence. Cette idée avait été suggérée par M. Montmory du CNRS alors détaché au Labo ASP, prenant l’exemple d’une association drômoise, le GIEFA (Groupe Intercommunal d’Études des Fléaux Atmosphériques).
L'Association Nationale pour l'Étude de la Neige et des Avalanches, l'ANENA a été lancée par le Préfet Jacques Saunier. Ses statuts et le règlement intérieur ont été rédigés par
M. Franco qui fut également son premier directeur. Malheureusement, Jean Franco décédait accidentellement en décembre 1971.

Sans Franco, on se trouvait désemparés. C’est alors que je suggérais à M. Néel, qui présidait le groupe de travail, de prendre comme nouveau directeur un officier des Troupes Alpines, ce qu’il accepta. Le Général Courtiade, Commandant la 27ème brigade alpine, proposa le Colonel de Marliave qui venait justement de prendre sa retraite. Affaire conclue : le Colonel entra dans sa fonction de directeur en février 1972.

À cette époque, les bureaux se trouvaient à l'INPG, rue Casimir Brenier à Grenoble, mis gracieusement à notre disposition par son directeur le professeur Louis Néel qui avait bien voulu accepter de présider l’Association, lors d’une visite que nous lui fîmes Louis de Crécy et moi-même. Cette décision fut heureuse car du fait de son autorité incontestée, M. Néel était le seul capable de faire coopérer tous les partenaires de sensibilités différentes.

L'ANENA avait un Conseil d'Administration de 13 membres, un bureau comprenant, outre le Président, cinq vice-présidents : MM. de Crécy, Facy, Lliboutry, Martel, Perreau-Pradier, un secrétaire M. Badré et un Trésorier. M. Néel me demanda d’assumer cette dernière fonction avec l’aide d’André Bourhis du service comptabilité du CENG.
Il y avait beaucoup à faire pour construire l'ANENA. Il fallait, en particulier, trouver le financement nécessaire, car cette association avait été créée sans les moyens de fonctionnement ! Ce n'était pas tâche facile que de quémander chaque année les subventions auprès des ministères concernés, les cotisations des adhérents étant très loin d'être suffisantes.
Le Colonel de Marliave se donna entièrement à sa tâche ; il était devenu la cheville ouvrière de l'ANENA. Ses relations personnelles dans la grande famille des Troupes Alpines et de la Légion Etrangère favorisèrent grandement son action.
C'était un homme de devoir, animé par la foi du charbonnier, discret, modeste, ami fidèle. C’était aussi un rude montagnard. Il avait un beau sourire, un peu triste, avec ses yeux bleu pervenche. Il avait une excellente secrétaire Mlle Geneviève Flacher et, par la suite, Bernadette sa soeur lui succéda. Puis vinrent Claire Goletto, Véronique Place-Nieto, Monique Goletto... ainsi que Georges Sogno, lorsque l’ANENA s’installa 15 rue Ernest Calvat à l’Ile Verte, en février 1984.
D’autres personnes travaillaient avec le Colonel : Jean-François Meffre, Véronique Denimal, Annie Miloch... Il recevait beaucoup de responsables de stations de sports d’hiver et de services publics.

Au début, le Bureau se réunissait souvent, au moins une fois par mois, à l'initiative du Directeur. Lorsque la discussion s'égarait, on voyait M. Néel lever les yeux au plafond avec son bon sourire lumineux. Il écoutait, parlait peu, c'était un homme avisé et bienveillant.
Le Conseil Scientifique et Technique créé par la suite, comprenait six membres : le Professeur Lliboutry, Président, MM. André, Badré, Delsol, Meyer, Perroud. Il avait pour mission de proposer des programmes de recherches et tenait ses rares réunions dans les beaux locaux de l'ancien évêché, place Notre Dame, au 1er étage où était installé le Laboratoire de Glaciologie.
L'une des premières sorties officielles du directeur, accompagné de MM. Badré, de Crécy, Delsol, Perroud fut une visite à Davos (Suisse) à l'Institut Fédéral de la Neige du Weissfluhjoch, considéré comme la Mecque de la Neige en Europe. Nous y rencontrâmes son directeur, M. de Quervain, MM. André Roch, Walter Good, et d'autres. L'accueil fut chaleureux et nous revenions en ayant conscience du retard que nous avions.

L'ANENA, lieu de concertation et d'information, patronnait efficacement les programmes des organismes partenaires :
• Centre d'Etudes de la Neige : prévision du risque d'avalanche.
• Division de Nivologie : cartographie des zones d'avalanche, ouvrages paravalanches.
• Gendarmerie et CRS 47 : recherche de personnes ensevelies.
• GMUR et Protection Civile : secours aux victimes.
• Protection Civile : stages de formation de maîtres-chiens d'avalanche.
• Centre d'Etudes Nucléaires de Grenoble.

Le Laboratoire d'Applications Spéciales de la Physique (LASP, P. perroud), agissant dans le cadre de la diversification de la Recherche (P. Balligand), poursuivait le programme
" Dynaneige " initié en 1969 au col du Poutran (Huez). Le Laboratoire alignait une équipe polyvalente d'ingénieurs et techniciens habitués à manipuler les explosifs (R. Béranger, G. Bertrand, G. Bon Mardion, G. Coche, J.C. Chazeau, A. Eybert-Bérard, J. Foucou, C. Guelff, G. Terrier et moi-même).

Sous l'égide de l'ANENA, et avec la participation effective de son directeur, ainsi que de
L. Rey (CEN), F. Valla, B. Constantin (Division Nivologie), le LASP expérimenta diverses techniques sur le site expérimental du Lautaret : grenades à main, mortier léger Brandt 120 mm, Catex, " Avalancheur ".
Ce dernier système de déclenchement à distance nécessita huit années de travaux avant d'être opérationnel (en 1983, aux Arcs, quatre projectiles tirés du même point firent quatre avalanches dont une énorme). Les essais eurent lieu sur des champs de tirs (Chambaran, Canjuers, Castres) et dans des stations (Prapoutel : M. Pramotton, Val d'Isère : M. Costerg, Les Arcs : M. Blanc, La Plagne : M. Tuaillon, Pra Loup : M. Bonnet, etc.), Colonel en tête.

Des mesures dynamiques dans l'avalanche furent réalisées au Lautaret : vitesses, pression dynamique, densité par atténuation de rayonnement.
Toutes ces techniques furent introduites dans les stations grâce aux stages annuels de formation : pisteurs-artificiers, observateurs nivo-météorologistes, servants d'avalancheur, organisés par l'ANENA.

L'opération " Bangavalanches ", ou effet du bang sonique du Concorde, mobilisa un grand nombre de personnes. Un Mirage III B d'Istres, volant à basse altitude dans un vallon enneigé (La Lavey, 1974), l'Arvette (1976) produisait un bang fort pouvant provoquer des coulées.
P. Amardeil mena une étude systématique et critique des appareils de recherche de personnes ensevelies (ESCARPE). Tous avaient quelque chose d'intéressant. Le Colonel Talon proposa de leur donner le nom générique d’ARVA.

La revue de l'ANENA " Neige et Avalanches " avec trois à quatre numéros par an (dont le rédacteur en chef était le Colonel de Marliave) fut immédiatement appréciée.
L'ANENA organisa par ailleurs des colloques spécialisés un peu partout en France, participant également aux travaux de la CISA-IKAR.

Tout ceci montre le beau parcours de l'ANENA dans ses débuts.
En 1988, après 16 années d'activité soutenue, Guy de Marliave décida de se retirer pour céder sa place à Jean-Louis Tuaillon, Directeur Adjoint du service des pistes de La Plagne, qui avait participé activement aux essais de l'Avalancheur.
J'en fis de même de mon poste de trésorier. Pendant 16 ans, nous avons tous deux œuvré en étroite collaboration. À 70 ans le Colonel était encore plein de vigueur. Il avait bien rempli sa mission sous cinq présidents successifs : MM. Néel, Saunier, Traynard, Corbet et Cupillard et bien mérité le grade unique de " Général des Neiges ". Paul PERROUD
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