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Avalanches
de poudreuse en bassin : du cas particulier des avalanches aérosols
Le bassin
(la " piscine ") dont est équipée lunité
de recherche ETNA offre dans le domaine particulier des avalanches aérosols
dintéressantes possibilités, puisquil est possible
en faisant couler sur un plan incliné immergé une solution
qui peut simuler et rendre visible de telles avalanches et le développement
dun nuage de poudreu-se . De nombreuses expériences
ont été faites sur ce thème par Pierre Beghin, chercheur
au Cemagref et alpiniste de haut niveau disparu à lAnnapurna
en 1992. Expériences qui ouvrent maintes perspectives : comme,
par exemple, létude de leffet dune digue de protection
transversale sur ce nuage aérosol. Ainsi pour un tel ouvrage lefficacité
sera mieux déterminée, la distance à laval
du sommet au delà de laquelle on pourra sestimer à
labri sera mieux appréciée, ce qui peut avoir des
implications pratiques fort utiles. Par exemple, la question sest
posée, fait remarquer Didier Richard, pour lavalanche du
Bourgeat aux Houches (74) où la municipalité voulait savoir
si une digue récemment construite pouvait conduire à la
révision des zonages sur la commune . Importante question
assurément pouvant mettre en jeu des intérêts de sécurité
et financiers contradictoires.
On peut faire beaucoup de choses dans cette piscine : y
placer la maquette dun versant de montagne surplombant divers ouvrages,
puis réaliser toutes sortes de scénarios, en plaçant
différemment les digues de protection pour voir dans quelles directions
se dirigera lavalanche... dans quel cas elle ira à gauche,
dans quel cas elle sera déviée sur la droite.
Autant de renseignements quil est évidemment primordial de
con-naître, car il serait assurément néfaste de faire
courir des dangers à un quartier habité pour protéger
une route ou une voie de chemin de fer. Toutefois cette méthode
a ses limites, les dimensions de la zone à étudier ne pouvant
dépasser le cadre de la piscine et, par ailleurs, les avalanches
qui y sont artificiellement créées nont pas lampleur
exacte quelles auraient naturellement. Elles manquent de
reprise ! Car les avalanches, surtout aérosols, se nourrissent
à mesure quelles descendent ; ainsi leur volume dérisoire
au départ peut, dans certains cas, être considérable
à larrivée. Ce qui rend irremplaçable le recours
aux expériences concrètes, sur le terrain.
Comme cela sest fait à partir de 1970 au Col du Lautaret
(05) où une grande pente a été équipée
avec un double objectif : létude de la dynamique des avalanches
et des technologies de déclenchement artificiel. Cest là
sur ce site que fut essayé et mis au point le premier câble
transporteur dexplosif (CATEX) en France dès 1973 et tout
dernièrement, en 1999 un nouveau système de déclenchement
provoqué : lAvalhex, en collaboration avec le CEA (Centre
dÉtudes Atomiques) et la société ITS. Par contre
le site du Lautaret se prête moins bien à létude
des avalanches aérosols. Des essais furent faits à La Plagne
et au Col dOrnon, malheureusement de telles avalanches sont des
phénomènes dune grande ampleur qui nécessitent
une logistique importante, difficile à financer aujourdhui.
La
formidable puissance des avalanches
De nombreuses
expériences orientées essentiellement sur la dynamique des
avalanches ont été menées au Lautaret (Hautes Alpes).
Analyser la chute des avalanches pour connaître leurs capacités
destructrices ! Ambitieux et bien utile programme. Les dégâts
que provoquent les avalanches témoignent, en effet, de leur formidable
puissance et on a peine à imaginer la force quelles ont dès
le départ. Un accident survenu, il y a plusieurs années,
à un guide en apporte malheureusement la preuve : avant de sengager
à ski dans une pente quil estimait dangereuse il sétait
fait encorder et solidement assurer. Malgré ces précautions
il fut tué, lavalanche quil redoutait, qui se déclencha
effectivement et lemporta, ayant rompu net la corde.
Au Lautaret donc, les avalanches que lon fait à partir de
la crête de Chaillol, longues de 150 à 300 m sont disséquées
au Cemagref. Cette expérimentation ne se déroule pas sans
incidents. Les structures sur lesquelles sont placés les appareils
de mesure ayant été parfois emportées. Heureusement,
ces incidents nont jamais eu de conséquences graves. La force
des avalanches, les contraintes quelles peuvent faire subir aux
obstacles sont enregistrées avec des capteurs, des boîtes,
qui permettent de mesurer la vitesse et la pression de la coulée
au moment de son passage, quand elle submerge la structure supportant
les appareils. Ces expérimentations sur le terrain offrent enfin
lavantage de permettre la validation des modèles numériques,
de vérifier leurs hypothèses physiques et par voie de conséquence,
de dimensionner les ouvrages de protection. Aussi est-il souhaitable quelles
soient développées, car il reste des marges dincertitude
importantes et bien des mystères demeurent, le phénomène
avalancheux étant loin davoir livré tous ses secrets.
Comment expliquer des déclenchements parfois inattendus ? Comment
deviner le comportement dun manteau neigeux à la structure
complexe et changeante où le mécanisme de rupture entre
des couches plus ou moins fragiles na pas été encore
totalement élucidé ? Comment connaître les contraintes
considérables qui sexercent dans le cur des grosses
avalanches ? Et quelquefois les chercheurs restent perplexes. Comme ce
fut le cas après lépisode avalancheux marqué
par la catastrophe de Montroc en février 1999. Deux des onze lames
déflectrices en béton (très) armé ont été
partiellement cassées dans le système paravalanche de Taconnaz
près de Chamonix.
Et les calculs faits pour connaître les pressions qui avaient pu
provoquer des dégâts de cette importance ont donné
des résultats très surprenants par leur ampleur : plus de
50 tonnes par mètre carré ! Devant de tels soubresauts de
la nature, lhomme reste faible et incrédule ; il est encore
loin dêtre capable de les expliquer tous et de les domestiquer.
La dimension de lunité et ses moyens ne sont pas suffisants
pour mener à bien sa lourde mission. Il semble que ce soit une
constante dans lensemble des pays européens. Cest pourquoi
les différentes équipes françaises, suisses, italiennes,
espagnoles, norvégiennes, autrichiennes et islandaises se sont
regroupées pour former un réseau européen de recherche
sur les avalanches. Au sein de ce réseau, lUnité ETNA
a coordonné deux projets européens du 4e et du 5e PCRD (Programme
Commun de Recherche et Développement). Ces deux projets, SAME1
(dédié aux systèmes dalerte, à la cartographie
et à la coordination des projets des sites expérimentaux)
en 1996 et CADZIE2 (dédié à létude des
outils de zonage et des effets des structures de protection) en 1999 structurent
la recherche au niveau européen et créent une dynamique
et une collaboration qui seule permettra de mieux comprendre les avalanches
pour mieux sen protéger. Ce qui ouvre aux chercheurs, spécialistes
de la neige et des avalanches, de larges champs détudes.
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