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-- Le système AVALUNG
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Article publié dans "Neige et Avalanches" la revue de l'ANENA, N° 90 - juin 2000. Par M. Hermann Brugger,
M. Urs Wiget (Président IKAR MEDCOM), M. Bruno Durrer (Président UIAA-MEDCOM) , M. Dave Syme.
Traduit de l'anglais par Jean-Paul ZUANON

Un gilet pour respirer l’air contenu dans la neige permettrait de survivre plus longtemps en cas d’ensevelissement sous une avavalanche.

Il y a quelque temps déjà, un nouveau système de respiration en situation d’ensevelissement sous une avalanche a été présenté et lancé dans les médias aux États-Unis et en Europe. Des titres tels que les suivants laissent penser qu’il s’agit d’un système efficace de secours en avalanche : “L’avalung, un outil révolutionnaire de sécurité en avalanche” (The Avalanche review, USA, février 1999), “Si vous êtes pris dans une avalanche, respirez avec un sac plastique” (Medical Tribune, février 1999), “Une veste à air qui aide les victimes d’avalanche à respirer” (The New-York Times, 1er avril 1996).

Le gilet AVALUNG

L’Avalung a été inventé et breveté en 1996 par un médecin, Thomas Crowley. L’appareil a ensuite été construit par Black Diamond Equipment ltd à Salt Lake City. Le système respiratoire est inclus dans un gilet, porté en permanence par le skieur hors-piste. Un embout en plastique est placé près du col du vêtement. Si une avalanche se déclenche, la victime doit placer l’embout dans sa bouche et respirer par celui-ci. Une membrane (le système Avalung proprement dit) placée sur le devant de la veste permet d’inhaler l’air contenu dans la neige environnante et de le rejeter par l’autre extrémité située dans le dos de la veste. On peut ainsi éviter un accroissement du taux de CO2 dans l’air inspiré.
Ce système a été testé au mont Hood à une altitude de 2225 mètres en 1998 sous la supervision médicale de Grissom et Radwin. Trois volontaires furent d’abord partiellement ensevelis (tête sortant de la neige) puis totalement ensevelis dans une neige bien tassée à une profondeur variant entre 30 cm et un mètre. Le pouls et la respiration, la saturation du sang en oxygène, le taux de CO2 furent mesurés en continu durant l’ensevelissement. Des systèmes de liaisons radio permettaient une communication entre les cobayes et l’équipe de test. Enfin, un tube permettait d’approvisionner les victimes en oxygène à la fin des essais.
Tous les sujets démontrèrent une accélération du pouls et du rythme respiratoire durant l’ensevelissement. Chez le premier sujet, le niveau de saturation en oxygène resta supérieur à 93% et le niveau de CO2 en fin d’expérience monta jusqu’à 6%. Le test se prolongea pendant 63 minutes, durée maximum envisagée. Comme chez le premier, le niveau de saturation en oxygène du second resta supérieur à 92% et le taux de CO2 atteignit un maximum de 6% mais le sujet, angoissé, demanda à être dégagé au bout de dix minutes. Pour le troisième, la saturation en oxygène descendit doucement jusqu’à 81 % et le taux maximum de CO2 monta jusqu’à 8%. Il prit peur et on le dégagea après 45 minutes.
Les sujets ne perdirent pas connaissance et ne présentèrent pas de signes de dyspnée mais tous trois se sentirent comprimés par la masse de neige et signalèrent que le poids de la neige avait affaibli les mouvements thoraciques au début de l’ensevelissement.
En mars 1999, ce système a été présenté aux membres de la commission internationale pour la médecine de montagne d’urgence (CISA-IKAR) au col du Simplon (CH).
On peut objecter qu’avec les essais ainsi effectués, la durée supposée de la phase de survie après l’ensevelissement total ne peut pas être mesurée. Le petit nombre de tests ne permet pas non plus d’analyse statistique. De plus, deux des trois tests ont dû être interrompus avant la fin pour cause de stress (et l’un d’eux pour augmentation de l’hypoxie). La seule conclusion que l’on peut tirer est que, dans certains cas, le temps de survie peut être prolongé jusqu’à une heure. Cependant le fait qu’il ait été possible de respirer dans la neige pendant tout ce temps sans aucun signe d’hypoxie est un résultat surprenant. Il montre qu’il y a encore beaucoup de circulation d’air dans la neige même si celle-ci a une forte densité (600 kg/m3). La séparation entre air inspiré et air expiré est une astuce ingénieuse qui permet d’éviter l’asphyxie.
Il demeure cependant une critique de base. L’Avalung peut prolonger le temps de survie d’une personne totalement ensevelie de 15 à 60 minutes. C’est du temps gagné pour les secours. Cependant, si l’on veut sauver des vies, il faut non seulement prolonger le temps de survie mais aussi localiser la victime et la dégager. Le secours dépend de circonstances particulières : taille de l’avalanche, profondeur d’ensevelissement, position de la victime, équipement et expérience des compagnons non ensevelis. Généralement, un secours en moins d’une heure ne peut être mené à bien que par les compagnons de la victime et non par une équipe extérieure. De plus, la veste ne protège pas contre les traumatismes durant le trajet de l’avalanche.

On n’a pas évalué l’influence de l’hypothermie car la température centrale n’a pas été mesurée durant les tests. Des comptes-rendus d’accidents réels, permettant une évaluation objective du système, ne sont pas encore disponibles.
Pour le moment, il n’est pas possible de quantifier l’influence de l’Avalung sur le taux de survie. L’inconvénient le plus grave semble être que l’on accepte un ensevelissement total avec tous les risques inhérents, en dépit du fait qu’un secours à temps ne peut être garanti. Une baisse de la mortalité avec Avalung pourrait être obtenue seulement par un secours efficace mené par les compagnons utilisant ARVA, pelles et sondes. On apprécierait que le fabricant n’occulte pas ces aspects négatifs mais insiste sur les limites de son système.
Il n’est pas certain que l’Avalung puisse faire baisser le taux de mortalité. L’objectif essentiel de toute technique de secours en avalanche ne devrait pas être de prolonger le temps de survie sous la neige mais d’éviter l’ensevelissement. Des systèmes basés sur la flottabilité présentent l’avantage par rapport à Avalung d’éviter l’ensevelissement total et de réduire les risques de traumatismes. De plus, le secours ne dépend ainsi pas du succès ou de l’échec dans la localisation des personnes ensevelies.

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