![]()
La
gestion du risque : qui fait quoi ?
Accidentologie
La
cartographie du risque
La
prévision du risque
Le
déclenchement des avalanches
Les
secours
Le
génie paravalanche
Exemples
d'avalanches
Information
et prévention
![]()
Spécialiste
en déclenchement
d'avalanches
Recyclage
CPT
Maître
chien d'avalanche
Servant
d'avalancheur
Pisteur-secouriste
Observation
nivo-météo
Ingénieur
météo
![]() |
||||||||
| 10 ans dexpérience avec le ballon ABS | |
|
Par
Frank TSCHIRKY, Martin KERN et Bernhard BRABEC, IFENA Davos Dorf1 (trad.).
|
||
|
Article publié dans "Neige et Avalanches" la revue de l'ANENA, N° 93 - mars 2001. |
|
|
|
Bilan intermédiaire Cela fait aujourdhui plus de dix ans que le ballon ABS est disponible dans le commerce ; il est donc temps de dresser un bilan intermédiaire. Apporte-t-il un plus en matière de sécurité ? Les résultats des essais, les statistiques des données daccidents et les considérations théoriques, permettent de répondre par laffirmative à cette question. |
||
|
Le ballon ABS ou airbag davalanche est connu dans le commerce sous le nom de "Système ABS" (Avalanche airBag System). Ce système se compose dun sac à dos avec poches latérales, contenant chacune un ballon dune capacité de 75 litres.La personne, lorsquelle est emportée par une avalanche, tire sur une poignée de déclenchement qui, par lintermédiaire dune petite charge explosive, ouvre la cartouche dair comprimé. Les ballons sont gonflés en lespace dune à deux secondes, à laide du gaz des cartouches et de lair ambiant, inspiré par effet Venturi au moyen dun système de soupapes. Il existe également une variante plus ancienne du système, avec un seul ballon dune capacité de 150 litres. Dans ce cas, le déclenchement de la cartouche dair comprimé sopère mécaniquement, par le biais dun cordon. |
|
| Test defficacité | |
| Au cours de lhiver 1994/95, lefficacité du système ABS a fait lobjet dune étude, dans le cadre de plusieurs essais préalables et dune expérimentation de grande envergure, à lInstitut pour létude de la neige et des avalanches de Davos. À cette occasion, on a pu constater que le ballon ABS, même sil nempêche pas lensevelissement total, permet en tant que moyen de marquage, une localisation et un sauvetage rapides des victimes davalanche. Des explications détaillées concernant les essais defficacité du ballon ABS, sont reprises dans les données bibliographiques (Tschirky et al. 1995 et 1996).2 | |
| Le principe de fonctionnement du ballon ABS | |
|
Phénomène de ségrégation inverse |
Un
skieur totalement équipé du système ABS gonflé,
a un poids spécifique moyen denviron 400 kgm-3, alors que lon
estime à environ 300 kgm-3 la densité moyenne de la neige
coulante davalanche. Le fait quavec des ballons gonflés, la victime se retrouve plutôt à la surface de lavalanche coulante, ne peut donc pas être expliqué par une sorte de " flottaison ", au sens littéral, due à une poussée hydrostatique vers le haut. Lexplication de lefficacité du système se trouve dans le fait que lavalanche coulante agit comme une matière granuleuse en mouvement composée de particules dissociées de tailles différentes, en loccurrence de blocs, morceaux et grumeaux de neige. Sous laction de la pesanteur, les substances granuleuses en mouvement ont tendance à se dissocier, de telle sorte que les particules les plus volumineuses se retrouvent plutôt à la surface, alors que les plus petites sont plutôt localisées dans les couches inférieures du flux. Ce phénomène de triage sappelle " ségrégation inverse ". Leffet de la ségrégation inverse est très répandu. Cest ainsi, par exemple, quon peut lobserver lors de glissements de terrains et déboulements, où les plus gros blocs de pierre se retrouvent à la surface. Le ballon ABS transforme le skieur qui forme déjà en soi une particule relativement importante au sein du flux granuleux en un bloc plus volumineux encore, qui profitera donc davantage de leffet de triage tel quil est illustré schématiquement ci-contre. Leffet de ségrégation inverse a été étudié dans des simulations sur ordinateur, avec un flux modèle composé de billes de différentes tailles. Ces recherches informatisées sont décrites dans Kern et al. (1999) et Vulliet et al. (2000). Il apparaît que leffet de la ségrégation inverse dépend dune part, du rapport entre les dimensions des grandes et petites particules et, dautre part, des propriétés de la matière qui compose chacune des particules du flux granuleux. Cest ainsi quun des résultats des études montre, par exemple, quune rugosité superficielle sur la partie inférieure des billes favorise le processus de ségrégation du flux granuleux. Bien que la simulation informatique ne soit pas le reflet exact de la situation réelle dun skieur emporté par une avalanche, elle permet néanmoins de comprendre le mécanisme à lorigine de lefficacité de lairbag davalanche. |
| Accidents davalanches connus et documentés | |
| Entre
février 1991 et février 2000, on a enregistré à
léchelle mondiale 26 accidents davalanche impliquant
40 personnes équipées dun système ABS. Sur ces
40 personnes, 32 ont été retrouvées avec airbags gonflés.
6 dentre elles navaient pas activé le mécanisme
de déclenchement et dans 2 cas, les ballons ne sétaient
pas gonflés, sans doute à cause de problèmes techniques.
Sur les 32 personnes avec airbag gonflés, 16 nétaient pas ensevelies, 11 étaient partiellement ensevelies et 5 étaient entièrement ensevelies. Pour 4 des 5 personnes entièrement ensevelies, les ballons étaient visibles à la surface de lavalanche. Une localisation et un sauvetage rapides par les autres randonneurs non impliqués dans lavalanche, a été possible, de sorte que ces 4 personnes entièrement ensevelies ont survécu. |
|
| Pas une sécurité absolue | |
| Lors
dun accident davalanche en février 2000 dans le sud du
Tyrol, 5 personnes ont été emportées et ensevelies,
une seule dentre elles étant équipée du système
ABS et ayant été entièrement ensevelie avec le ballon
gonflé. Ces 5 personnes se trouvaient au milieu dune pente
quelles étaient en train de gravir, lorsquune avalanche
sest décrochée au sommet, entraînant tout le groupe
jusquau pied de la pente, légèrement en creux. Toutes
les personnes ont été ensevelies à une profondeur allant
de 170 cm à 300 cm et ont pu être localisées grâce
aux appareils de détection de victimes davalanche (ARVA). Quatre
personnes étaient mortes au moment où elles ont été
dégagées, la cinquième a survécu à lensevelissement.
Parmi les 4 victimes décédées, une était équipée du système ABS. Bien que les ballons aient été gonflés, la personne a été ensevelie à une profondeur de 170 cm. Il est vraisemblable quelle soit restée couchée à la surface de lavalanche dans la partie horizontale du pied de la pente, sous leffet de lancrage du corps et des skis. La neige provenant de la partie supérieure de la pente et coulant en fin davalanche, a enseveli le skieur à 170 cm de profondeur, bien que les ballons aient été gonflés. Cet exemple illustre un des problèmes du ballon davalanche, qui avait déjà été mis en exergue lors des essais de 1995 et mentionné dans diverses publications de lENA : le ballon davalanche agit aussi longtemps que la victime est emportée par le flux. Dès quelle est bloquée à un endroit ou un autre, les ballons nont plus guère deffet. Une amélioration des chances de survie des personnes entièrement ensevelies équipées de ballons gonflés, serait possible si, grâce à un mécanisme intégré, les ballons se vidaient rapidement et intégralement au bout de 3 minutes environ. |
|
| Conclusions | |
|
Au total,
31 personnes ensevelies avec airbags gonflés ont survécu
à leur accident davalanche et une seule est décédée.
Il y a vraisemblablement un nombre indéterminé dautres
accidents avec système ABS qui se sont déroulés sans
gravité. Si lon sait que le taux de mortalité des
personnes entraînées par une avalanche, est denviron
13 % (Tschirky et al., 2000), lefficacité de lairbag
davalanche reste statistiquement démontrée. À
cet égard, il y a lieu de signaler quau cours des années
1980 à 1999, la profondeur moyenne densevelissement des 729
personnes entièrement ensevelies en terrain dégagé,
nest que de 70 cm (Tschirky et al., 2000). Dans le cas densevelissement
dans des creux ou lors de grandes avalanches, lefficacité
du système ABS est cependant discutable. Remerciements : Cet article a été publié dans la revue "Les Alpes" n°12 décembre 2000 du Club Alpin Suisse. Notes
: |
|
| © ANENA | ||