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Bilan des accidents d’avalanches
2006 > 2007 : un hiver peu meurtrier !

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par Fredéric Jarry, ANENA
 

fleche 81 événements avalancheux recensés.

fleche 54 accidents d'avalanche impliquant au moins une personne.

fleche 16 accidents mortels

fleche 20 décès :

       12 décès en randonnée

       5 décès en hors-piste

       3 décès en alpinisme

-- Bilan des accidents : mode d'emploi
Ce bilan est établi à partir des accidents d’avalanche survenus en France entre le 1er octobre 2006 et le 30 septembre 2007 et répertoriés par l’Anena. Cette dernière précision est essentielle, car elle limite la portée des chiffres publiés, dont les interprétations doivent par conséquent être prudentes.

En effet, du fait des modalités de collecte des données, le bilan ne porte pas sur la totalité des accidents d’avalanche qui ont eu lieu en France sur la période considérée. L’Anena ne prend en effet en compte que les accidents pour lesquels une information lui est parvenue. Or cette collecte de données repose essentiellement sur la collaboration qui s’est établie depuis de nombreuses années avec les services publics de secours en montagne, gendarmes des PGHM et PM, et CRS de montagne. Dans certains cas, les services de sécurité des pistes des stations de ski et les SDIS communiquent à l’Anena les données concernant les accidents sur lesquels leur personnel est intervenu.
Que l’ensemble de ces personnes soit ici remercié. Parce que les services publics du secours en montagne n’interviennent pas systématiquement sur l’ensemble des accidents d’avalanche, un certain nombre de ceux-ci échappent au bilan tenu par l’Anena :

• Ceux qui ne sont pas graves et finissent heureusement bien pour les personnes impliquées (elles ont pu se dégager et se secourir seules ou avec l’aide de leurs compagnons, de façon autonome) ;

• Ceux qui n’ont fait intervenir que les services de pistes des stations de ski qui n’en informent pas toujours l’Anena.

Le nombre d’accident non répertoriés est, de fait, inconnu et difficile à estimer. On peut toutefois penser qu’il peut venir augmenter significativement le nombre total des accidents recensés par l’Anena et donc modifier certains résultats. En outre, un certain nombre d’informations sont manquantes ou incomplètes car elles n’ont pas été relevées au moment du secours. Enfin, certaines valeurs sont approximatives, car leur mesure est parfois difficile et donc peu précise.
Quoi qu’il en soit, tous les accidents mortels sont signalés à l’Anena et sont, par conséquent, pris en compte dans le bilan. On remarquera cependant que la limite entre accident  grave  et accident  léger  ou  incident  est ténue et tient souvent à peu de choses. On peut donc regretter de ne pas avoir plus de renseignements sur ces incidents, qui ont également un coût et dont la prévention est importante. Cependant, pour tenter de remédier, du moins en partie, à cette lacune, l’Anena a engagé, via son site Internet, une opération de recensement annuel des  incidents . Elle a ainsi pu recenser cette année 13  incidents  d’avalanche impliquant des personnes et n’ayant pas requis les secours professionnels. 11 incidents sont survenus en randonnée et 2 en hors-piste. 16 personnes ont été emportées, qui s’en sont toutes sorties indemnes.
Ce questionnaire des accidents « non officiels » est disponible à la rubrique " les avalanches en France " sous-rubrique " Accidentologie ".

Par ailleurs, les comparaisons avec les hivers précédents doivent être réalisées avec prudence. En effet, il convient, pour les effectuer, de ramener les chiffres bruts à la population exposée au risque d’avalanche. Or il est très difficile d’estimer, d’une année sur l’autre, l’évolution de la fréquentation de la montagne enneigée en dehors des zones sécurisées.
   
-- Les accidents d’avalanche en quelques chiffres
 

fleche Remarques principales

Entre le 1er octobre 2006 et le 30 septembre 2007, l’Anena a recensé 81 événements avalancheux, dont 54 ont impliqué au moins une personne (27 ont fait l’objet d’une reconnaissance par les services de secours qui n’ont constaté aucune victime emportée).

16 accidents mortels

Parmi ces 54 accidents, 16 ont causé le décès d’une ou plusieurs personnes. Comparée aux dix-sept saisons précédentes (1989-90 à 2005-06), cette année se situe en dessous de la moyenne annuelle en termes d’accidents mortels, qui est de 22. Il s’agit de l’une des saisons les moins meurtrières depuis 1989-90 (1992-93 : 13 accidents mortels ;
1993-94 : 15 accidents mortels ; 1996-97 : 16 accidents mortels).

20 décès

Ces 16 accidents mortels ont causé le décès de 20 personnes. L’Anena n’avait pas enregistré un nombre de décès aussi bas depuis dix-sept ans, très en dessous de la moyenne de 31 décès par an.

12 des 16 accidents mortels ont été la cause du décès d’une seule personne, et
4 accidents ont causé le décès de 2 personnes. Le ratio « nombre de décès par rapport au nombre d’accidents mortels », qui mesure la gravité des accidents, s’établit à 1,25.
Il est inférieur au ratio calculé sur les dix-sept dernières saisons, qui est de 1,40.

-- Répartition par activités

La totalité des accidents mortels sont survenus alors que les victimes pratiquaient une activité sportive de loisirs : randonnée, hors-piste ou alpinisme.
Ainsi :

• 9 accidents mortels sont survenus en randonnée (12 décès) ;
• 5 en hors-piste (5 décès) ;
• 2 en alpinisme (3 décès).

Si pour la randonnée, le nombre d’accidents mortels et de décès en 2006-2007 est pratiquement égal aux moyennes annuelles établies sur les dix-sept dernières saisons
(8,6 accidents et 12,1 décès par an), on constate que pour le hors-piste ces deux nombres sont très largement inférieurs aux moyennes annuelles (9,6 accidents mortels et
11,9 décès par an). Il y a ainsi eu 2 fois moins d’accidents mortels et 2,5 fois moins de décès en hors-piste qu’en moyenne.

Le nombre d’accidents mortels et de décès en alpinisme est quant à lui proche des moyennes calculées sur dix-sept ans (2,4 accidents et 4,6 décès par an).

C’est donc essentiellement le faible nombre d’accidents mortels en hors-piste qui explique le bon résultat de la saison 2006-2007. Dès lors, cette année marque une pause dans la tendance croissante du nombre d’accidents mortels et de décès en hors-piste que l’on pouvait constater depuis 1989-90.

-- Profil des victimes

18 des 20 victimes (90 %) étaient des hommes, proportion supérieure à celle calculée sur les dix-sept dernières saisons (81,5 %).
Leur âge moyen est de 37 ans, légèrement supérieur à l’âge moyen calculé depuis
1989-90. Cependant, on constate de fortes disparités d’une activité à l’autre. Ainsi, alors que l’âge moyen en randonnée est de 39 ans (37 ans en moyenne depuis 1989-90), il est de 29 ans en ski hors-piste (32 ans en moyenne).
6 des 20 victimes (soit 30 %) étaient d’origine étrangère (2 Suisses, 1 Espagnol,
1 Italien, 1 Finlandais, 1 Britannique). Cette proportion est proche de celle constatée sur les dix-sept dernières saisons (28 %). Mais des différences apparaissent entre les trois activités : en randonnée 2 des 12 décédés (16,5 %) étaient étrangers (proportion moyenne sur dix-sept ans : 16 %) ; en hors-piste 1 des 5 décédés (20 %) était étranger (moyenne : 39 %) ; en alpinisme, les 3 décédés étaient étrangers (moyenne : 42 %).
On compte trois professionnels de la montagne parmi les 20 victimes (1 guide suisse et 2 jeunes moniteurs de ski).
Concernant l’origine géographique des 14 victimes françaises, on constate que :
4 résidaient en montagne (20 %), 4 en vallées (20 %), 3 dans le piémont (15 %), 3 en plaine (15 %).
Enfin, concernant l’équipement des victimes en appareils de secours, on constate que
9 d’entre elles n’en avaient aucun (45 %), tandis que 11 (55 %) portaient au moins un Arva en émission. Parmi ces 11 personnes, 7 disposaient également d’une sonde et d’une pelle (35 %). Il est cependant important de noter qu’aucune des victimes en hors-piste et en alpinisme n’était équipée d’un appareil de secours. Seuls les randonneurs en étaient équipés.
Cette saison confirme le constat fait pour les années antérieures : les randonneurs semblent, d’une manière générale, mieux équipés que les personnes pratiquant le hors-piste.

 
-- Répartition par département
7 départements ont été concernés par au moins un accident d’avalanche.
Les 16 accidents mortels sont survenus dans cinq départements différents : 6 accidents mortels en Savoie, 5 dans les Hautes-Alpes, 3 en Haute-Savoie, 1 dans les Alpes-de-Haute-Provence et 1 dans les Pyrénées-Orientales. Les trois départements des Alpes du Nord (Haute-Savoie, Savoie et Isère) représentent la majorité des accidents mortels d’avalanche : 9 sur 16, soit 56 %. Cette part est inférieure à celle constatée sur les dix-sept dernières saisons : 68 %.
Cependant, c’est essentiellement le département de la Savoie qui contribue à cette proportion.
En effet, l’Isère n’a connu aucun accident mortel cette année (l’Isère représente 11 % des accidents mortels en moyenne sur dix-sept ans) et on recense 3 accidents mortels en Haute-Savoie (soit 19 %, conforme à la moyenne).
Une fois de plus, la Savoie est le département le plus touché par les accidents mortels d’avalanche. Sa part est cette saison identique à la moyenne calculée sur les dix-sept dernières années (37 % des accidents mortels). L’activité de hors-piste contribue à la majeure partie des accidents mortels d’avalanche en Savoie.
Ainsi, cette année, sur les 5 accidents mortels survenus en hors-piste, 4 ont eu lieu en Savoie (et, ce qui va dans le même sens, sur les 6 accidents mortels savoyards, 4 sont survenus en hors-piste). Avec 5 accidents mortels sur 16 (31 %), les Hautes-Alpes ont été proportionnellement deux fois plus concernées par les accidents mortels qu’en moyenne (elles représentent 16 % des accidents mortels d’avalanche sur les dix-sept dernières saisons). Tous les accidents mortels dans les Hautes-Alpes (5) sont survenus alors que les victimes faisaient une randonnée à skis.
C’est donc exclusivement l’activité de randonnée qui a contribué aux accidents mortels d’avalanche dans les Hautes-Alpes (en moyenne sur les 17 saisons précédentes, seulement 52 % des accidents mortels d’avalanche dans les Hautes-Alpes sont survenus lors d’une randonnée à skis ou à raquettes). De plus, sur les 9 accidents mortels survenus en randonnée, 5 ont eu lieu dans les Hautes-Alpes.
 
-- Répartition dans le temps
15 des 16 accidents mortels d’avalanche ont eu lieu au cours de la saison hivernale (définie du 1er décembre au 30 avril). Un seul accident mortel a eu lieu durant la saison estivale, le 17 juin, dans le massif du Mont-Blanc, causant le décès de deux alpinistes.
Pour mémoire, les accidents d’été représentent, en moyenne sur dix-sept ans, 9 % des accidents mortels en France. Janvier et février ont totalisé 11 des 16 accidents mortels (68,5 %), soit une part plus importante que la moyenne annuelle calculée sur les dix-sept dernières saisons (53,5 %).
Et contrairement à ce que l’on constate habituellement, c’est cette année le mois de janvier, et non celui de février, qui a concentré le plus grand nombre d’accidents mortels (6 accidents mortels, soit 37,5 %, alors que ce mois représente en moyenne 25 % des accidents mortels). 56 % (9/16) des accidents mortels sont survenus au cours de trois épisodes particuliers : 3 accidents mortels ont eu lieu les 2 et 3 janvier, 3 autres le 27 janvier et enfin 3 autres le 13 février (en Savoie pour ces trois derniers).

 

-- Retour à la tendance

Faisant suite à une saison 2005-2006 catastrophique, puisqu’elle fût la plus meurtrière que la France ait jamais connue, la saison 2006-2007 renoue avec la tendance à la baisse du nombre d’accidents mortels et de décès que l’on pouvait constater depuis 1999.
Mieux, la saison qui vient de s’achever est même l’une des moins meurtrières parmi les dix-sept précédentes. Et, comme pour 2005-2006, les raisons de ce résultat sont à chercher dans une météorologie, et donc un manteau neigeux, particuliers (voir le bilan nivo-météorologique dans ce même numéro).
Ce bilan confirme également que le département de la Savoie est le premier concerné par les accidents mortels d’avalanche, notamment en hors-piste. L’explication est à rechercher avant tout dans la fréquentation des domaines skiables et donc des possibilités de
hors-piste dans ce département.
Enfin, alors que depuis quelques années le hors-piste devenait l’activité la plus touchée par les accidents mortels d’avalanche, cette saison 2006-2007 s’oppose à cette tendance, puisque l’on compte deux fois moins d’accidents mortels en ski hors-piste qu’en randonnée.

 
Notes
Voir sur le sujet dans ce même numéro les articles sur le bilan 2006/07 de l’Enquête Permanente sur les Avalanches et sur le bilan de l’hiver 2006-2007.

Voir les tableaux synthétiques

Voir les graphiques
Voir le tableau final
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