Association Nationale pour l’Étude de la Neige et des Avalanches

La sécurité des mini-skis

Avis n° 02/05 du 10 février 2005 de la commission de la sécurité des consommateurs

La sécurité des mini-skis

(NOR : ECOC0500068V)

 

(BOCCRF n° 2005-6, 23 juin 2005)

 

 

 

La commission de la sécurité des consommateurs,

 

   Vu le code de la consommation, notamment ses articles L. 224-1, L. 224-4, R. 224-4 et R. 224-7 à R. 224-12 ;

 

   Vu la requête n° 04-033 ;

 

   Considérant que :

 

I. - LA REQUÊTE

 

M. Philippe L. a saisi le 19 février 2004 la CSC de l'accident de ski dont il a été victime le 1er janvier 2004 sur une des pistes de la station de ski Les Rousses située dans la commune de Prémanon (Jura) en ces termes : «Je souffre donc de 4 fractures dont une ouverte tibia/péroné. Des dégâts aussi importants auraient pu entraîner, selon les chirurgiens, une amputation si des vaisseaux ou une artère avaient été touchés et si je n'avais pas eu suffisamment de sang-froid pour remettre mon pied de suite dans le bon sens (.). Je suis donc immobilisé pour 3 mois, si tout va bien, avec 10 broches dans le tibia et j'aurais au moins 2 mois de rééducation à la suite pour pouvoir remarcher, soit environ 5/6 mois sans travailler.» En tant que débutant à ski, M. L. avait demandé à louer des mini-skis de type snowblade dont il avait entendu parler par ailleurs pour leur rapidité d'adaptation. Lors de sa chute accidentelle, les skis n'ont pas déchaussé. M. L. considère, d'une part, que constitue un manquement à l'obligation de sécurité le fait que les fixations de tels skis ne puissent en cas de chute libérer le pied du skieur, et, d'autre part, que constitue un manquement à l'obligation de conseil le comportement du loueur qui aurait dû attirer son attention sur le fait que ces skis ne disposent pas de fixations déclenchables [ (note 1)  :

(1) Une fixation de ski déclenchable se dit «d'une fixation qui libère la chaussure de ski lorsque certains efforts atteignent une valeur préétablie» (définition donnée dans la norme NF ISO 8614 de mars 1998 «Fixations de ski. - Vocabulaire»).

] .

 

II. - LES AUDITIONS ET INVESTIGATIONS DE LA CSC

 

La commission a auditionné :

 

   Trois fabricants de ski :Mme L., et M. D. de la société Salomon ;M. B., de la société Head Tyrolia ;M. P. de la société Rossignol.

 

   Les représentants d'une association de médecins spécialistes des accidents de ski :

 

   Mme P. et le Dr L. de l'Association des médecins de montagne.

 

   Dans le cadre d'un partenariat mené avec l'Institut national de la consommation, une commande a été confiée à Mme R., ingénieur et ergonome, spécialisée dans les produits et services grand public en vue de réaliser une étude qui comportait trois volets :

 

Enquête auprès des loueurs de skis, réalisée en ville entre le 17 et le 29 novembre 2004 et en station dans des stations des Alpes du Nord et des Pyrénées entre le 6 et le 8 décembre 2004



   L'objectif de l'enquête était, avec l'aide d'un questionnaire :-  d'identifier les types de mini-skis loués et notamment de rechercher si ceux-ci sont équipés de fixations déclenchables ou non déclenchables en cas de chute ;-  de recueillir les conseils donnés au skieur par les loueurs, spontanément et sur demande ;-  de savoir dans quelles conditions les mini-skis sont loués à des enfants de moins de 1,50 mètre.

Recherche d'informations auprès des professionnels du ski



   L'objectif était de recueillir des informations sur les précautions à respecter lors de l'utilisation des mini-skis auprès des professionnels du ski : moniteurs, pisteurs-secouristes, services d'urgence des hôpitaux.

Etude technique sur les fixations de mini-skis



   L'objectif était d'analyser le comportement des fixations en fonction des chutes «classiques» : chute avant, chute arrière, torsion.

   Le matériel essayé consiste en deux modèles de mini-skis avec les fixations déjà montées :-  le snowblade «Buzz» de Salomon à fixations non déclenchables ;-  le mini-ski «Big Easy» de la société Head à fixations déclenchables.

 

III. - LA PRÉSENTATION ET LA PLACE DU MINI-SKI DANS LE MARCHÉ DES ENGINS DE GLISSE

 

1. A produit «innovant» nouveaux «profils» de skieurs

 

L'offre d'engins de glisse dans les massifs français est abondante et en perpétuelle évolution. La recherche constante de nouvelles innovations de matériels de glisse aurait pour conséquence, selon certains observateurs, de rendre les débutants plus vulnérables face aux risques : «Enfin, l'innovation très dynamique qui caractérise le secteur des sports de glisse, destinée à stimuler les ventes de matériel [ (note 2)  :

(2) Le volume annuel de vente de mini-skis à travers le monde est évalué à 600 000 paires par an pour 4 millions de vente de paires de skis alpins. Le marché français, qui a connu un pic de ventes en 1999, est actuellement en perte de vitesse (32 000 paires par an). Le prix de vente d'un snowblade est actuellement de 170 euros chez un détaillant de station, Salomon se situant dans le haut de gamme et sélectionnant ses revendeurs compte tenu de sa notoriété sur le marché. Le prix moyen d'un mini-ski dans les grandes surfaces sportives Decathlon, Go Sport, est d'environ 100 euros. Au plan international, les marchés les plus importants sont nord-américains et français. La pratique de la location de matériels de ski y est la plus forte. Dans les pays germaniques, la pratique est plutôt l'achat que la location.

, provoque un «zapping» sportif et des apprentissages répétés propices aux accidents. Le développement de nouvelles pratiques de glisse (snowboard, skis paraboliques, skwal, télémark, ou encore snowblade) génère un effectif important de débutants, lui-même producteur de chutes et de collisions.» ou encore «Les loueurs de matériels ont pour leur part identifié un autre trait émergeant chez une partie de leurs clients, pointé comme un fait générateur de danger : une demande de glisse facile, à l'apprentissage court, qui induit un «zapping» entre différentes activités pour repérer celle qui permet la progression la plus rapide et procure un plaisir immédiat. Cette frange de pratiquants n'accepterait plus de consentir aux efforts nécessaires à un apprentissage progressif. Ils développent une impression trompeuse de rapide autonomie. La gestion des situations de crise et des conditions de pratique non idéales n'en est que plus délicate.» [ (note 3)  :

(3) Extraits de l'ouvrage de Bastien Soule, Sports d'hiver et sécurité. De l'analyse des risques aux enjeux de leur gestion, éditions L'Harmattan 2004.

] .

 

   A la diversité des engins de glisse répond une grande diversité des types de fixation. On peut citer parmi les engins de glisse les plus répandus :-  le ski alpin, d'une longueur de plus de 1 m, qui dispose d'une fixation déclenchable ;-  le snowboard qui offre une position pieds attachés, la fixation étant soit «à étrier» [ (note 4)  :

(4) La chaussure est engagée dans deux étriers avant-arrière en forme de «cordes de piano» que l'on referme sur les extrémités de la chaussure.

]  pour recevoir des chaussures de ski soit «à coque» pour recevoir des bottes ;-  le ski de télémark d'une longueur d'environ 1,80 m et qui possède une fixation articulée non déclenchable ;-  le ski de fond, d'une longueur minimale d'environ 1,80 m, et qui possède également une fixation articulée non déclenchable ;-  les mini-skis, engins de glisse de petite taille (99 cm au maximum) et munis soit de fixations à étrier non déclenchables, soit de fixations déclenchables. Les appellations les plus répandues des mini-skis sont : «snowblade» [ (note 5)  :

(5) L'appellation «snowblade» est brevetée par la société Salomon, leader sur le marché français avec ce produit lancé en 1997.

] , «skiboard» «big foot».

 

   La pratique du mini-ski diffère des autres pratiques de glisse sur les points suivants :-  une utilisation sans bâtons ;-  une position très basse pour conserver un bon équilibre ;-  un équilibre des deux pieds pour guider la courbe ;-  un virage et un pivotement sans effort offrant un rayon de courbe de 5 à 9 mètres ;-  une légèreté, une maniabilité et un encombrement faible ;-  une vitesse plus faible et un parcours plus ludique ;-  une utilisation préconisée sur une neige compacte, la pratique en neige profonde, notamment en hors-piste, étant déconseillée.

 

   L'enquête réalisée auprès des professionnels a permis de dégager deux profils de «mini-skieurs» :-  «les personnes qui ne savent pas skier et n'ont pas envie d'apprendre. Elles ont l'impression de savoir skier et ont la possibilité d'aller vite sans tomber. On trouve dans cette catégorie les adeptes du roller et des glisses urbaines, et beaucoup de jeunes citadins. Le comportement de ces pratiquants est souvent mis en cause : ils foncent, ne maîtrisent pas leur vitesse, ne connaissent pas les limites par rapport aux skieurs et surfeurs présents sur les pistes, ni les risques encourus ;-  «les skieurs qui ont envie d'essayer une autre forme de glisse sans apprentissage, soit pour faire des acrobaties, soit simplement pour changer. Ils conduisent ces mini-skis comme des skis classiques, alors que la stabilité, le déclenchement d'un virage, par exemple, sont très différents. Ils maîtrisent mieux leur vitesse que les précédents. Les victimes d'accidents sont en majorité issues de la première catégorie.»

 

2. Un défaut patent d'enseignement du mini-ski

 

L'enquête menée auprès des écoles de ski de La Plagne, de L'Alpe-d'Huez, et des Deux-Alpes a montré que, contrairement au ski alpin et au snowboard, aucune école de ski contactée ne propose de cours collectif de mini-ski, ce qui est surprenant compte tenu du nombre élevé de pratiquants à mini-ski [ (note 6)  :

(6) Il arrive qu'un cours collectif soit proposé dans le cadre d'une initiation aux différentes formes de glisse : ski, surf et mini-ski.

] . Des cours particuliers sont cependant possibles sur demande.

 

IV. - LES AUDITIONS DE FABRICANTS

 

Deux fabricants développent des technologies de fixations des mini-skis différentes. Un troisième se refuse à commercialiser un tel produit.

 

1. Société Salomon

 

Salomon a mené des études théoriques et des «essais de terrain» sur ce produit avant son lancement sur le marché. Des essais de comportement ont été effectués dans plusieurs stations, sur plusieurs types de neige et avec des pratiquants de différents niveaux.

 

   Ces tests ont été accompagnés d'essais de fiabilité réalisés dans les centres UCPA accompagnés de l'édition de fiches de suivi sur un centre permettant d'analyser la longévité du produit sur plusieurs années. Au total, 3 500 journées en snowblade auraient été nécessaires pour qualifier le produit.

 

   Les fixations du snowblade ne sont pas des fixations à déclenchement. Les chaussures ne sont donc pas «libérées» du ski en cas de chute. Selon la notice du produit, le réglage de la fixation «à étrier» à la chaussure (chaussures de ski alpin, chaussures de randonnée, chaussures de snowboard) doit être réalisé par un technicien agréé par Salomon. En l'absence de frein de ski, les fixations de snowblade disposent d'une lanière qui permet d'éviter de perdre les skis si on les enlève ou pour les transporter.

 

   Selon les représentants de Salomon, le montage d'une fixation de type ski alpin limiterait les zones de flexion du snowblade et irait à l'encontre de la maîtrise de l'engin (sécurité passive). La majorité des fabricants proposant des engins de moins de 1 mètre a suivi la même logique, à l'exception de la société Head Tyrolia [ (note 7)  :

(7) Salomon a recensé 23 fabricants dans le monde entier et analysé 56 modèles. Avant le lancement du snowblade, le produit «Bigfoot» de Kneissl et les «Skiboards» des sociétés Canon et Line utilisaient déjà la fixation à étrier.

] .

 

   Dans le cadre de sa mission de veille technologique, Salomon a analysé les fixations Head Tyrolia, première génération. Lors des essais, de nombreux «déchaussages intempestifs» ou de pertes des skis dans des situations inattendues (à partir d'un télésiège) se seraient produits. Selon la société Salomon, ces problèmes auraient été signalés, via internet, par des acquéreurs de ces skis.

 

   Head Tyrolia a mis au point une seconde génération de fixations déclenchables plus fiables que Salomon devait tester fin 2004.

 

   Entre 1998 et 2000 Salomon a tenté de perfectionner son produit en créant un ski permettant de dissocier le pied de la planche en cas de blocage. Ce projet a été abandonné en raison de son manque de fiabilité, de la non-remise en cause, selon Salomon, de la fixation à étrier par les experts internationaux et, surtout, toujours selon ce fabricant, du plus faible danger des mini-skis par rapport aux autres pratiques de glisse.

 

   Le fait que le snowblade ne dispose pas d'une fixation à déclenchement est clairement signalé à l'aide d'une étiquette orange collée sur le ski. Par ailleurs, l'usage du snowblade de 99 centimètres est déconseillé aux personnes de moins de 1,50 mètre, c'est-à-dire en majorité les enfants, ce qui est également mentionné sur cette étiquette. Salomon a par ailleurs conçu un ski de 64 centimètres de longueur destiné aux skieurs de petite taille notamment les enfants, modèle «Grom», avec une fixation à étrier non déclenchable. Mais la société Salomon a pris l'engagement d'interrompre la commercialisation de ce produit en 2005 pour éviter toute confusion avec les produits destinés aux adultes.

 

   Depuis 1994, Salomon travaille avec l'association «Médecins de montagne» (AMM) sur le suivi épidémiologique des différentes pratiques de sports de glisse sur neige. Depuis 1998, Salomon a mis en place avec l'AMM une mesure spécifique de l'accidentologie en mini-ski. La même démarche a été conduite avec un expert américain durant deux hivers.

 

   Selon les représentants de cette société, ces études épidémiologiques démontreraient que le mini-ski reste le sport alpin le moins dangereux en dépit du risque plus élevé de fractures de la jambe. On observerait ainsi moins d'accidents en mini-ski qu'en snowboard.

 

   On constaterait une forte proportion de niveau «débutants» et «débrouillés» selon la terminologie utilisée par l'association des médecins de montagne [ (note 8)  :

(8) Les «débrouillés» maîtrisent les mouvements fondamentaux de la glisse, les «débrouillés-confirmés» ayant un niveau encore supérieur.

]  ainsi que de pratiquants de moins de 16 ans [ (note 9)  :

(9) Malgré la mise en garde adressée aux personnes d'une taille inférieure à 1,50 m.

]  en mini-ski par rapport aux autres pratiques de glisse. 78,8 % des blessés en mini-ski sont des «débutants» et «débrouillés». En ski alpin, c'est le niveau supérieur «débrouillés-confirmés» qui totalise la majorité des accidents (78,5 %).

 

   Les débutants blessés, en particulier les moins de 16 ans, sont nombreux. On observe plus de fractures de jambe et de cheville mais moins d'entorses du genou que le ski alpin. Il n'existerait, contrairement au ski alpin, que très peu de blessures des membres supérieurs : thorax, abdomen, face, crâne.

 

   Sur la base de cette étude et de l'analyse du comportement des skieurs, Salomon en déduit qu'il existe ;-  une forte proportion de personnes inexpérimentées qui utilisent le mini-ski sans maîtriser les notions de glisse ou de maîtrise de la vitesse ;-  malgré les recommandations de Salomon, une utilisation très fréquente des mini-skis par des enfants de moins de 1,50 mètre.

 

   Les représentants de la société Salomon estiment qu'il est nécessaire d'insister sur l'interdiction du mini-ski pour les enfants d'une taille inférieure à 1,50 mètre. Chaque snowblade comporte une étiquette autocollante en plusieurs langues portant les mentions suivantes : «La fixation n'est pas une fixation à déclenchement. L'équipement snowblade ne convient pas aux personnes de moins de 1,50 mètre. Si vous louez ou prêtez votre matériel, n'oubliez pas de communiquer les informations ci-dessus !»

 

   La société Salomon a le projet de commercialiser à l'automne 2005, pour la cible «débutant», un produit capable de conserver les qualités de comportement du snowblade et proposant une fixation à déclenchement. Elle entend, par ailleurs, conserver sur le marché pour les «confirmés» un snowblade à fixation sans déclenchement.

 

2. Société Head Tyrolia

 

La société Head Tyrolia Sports, dont M. B., auditionné par la CSC, est le chef de produit «hiver», a été créée en 1976. Elle est une filiale du groupe autrichien Head Tyrolia Mares. Les activités de Head Tyrolia se répartissent en trois domaines :-  le tennis, qui génère le chiffre d'affaires le plus important, les ventes de raquettes de tennis Head se situant au deuxième rang mondial derrière celles de la marque Wilson ;-  les équipements de plongée sous-marine ;-  les équipements de sports d'hiver : chaussures, skis, fixations, snowboards.

 

   Head Tyrolia vend chaque année 42 000 paires de skis sur un total de 480 000 paires vendues sur le marché français.

 

   La société a vendu 1 700 paires de mini-skis en 2003 et envisageait d'en vendre 5 000 en 2004. Il est à ce jour le seul fabricant à commercialiser en France un mini-ski de moins de 1 mètre à fixations déclenchables de type ski alpin.

 

   Le prix de vente public de ce mini-ski est de 300 Euro, ce qui en fait un produit haut de gamme sur le marché français.

 

   Les mini-skis Head Tyrolia sont vendus dans des magasins de sports tels que le Vieux Campeur. On ne les trouve donc pas dans le circuit de la grande distribution et, rarement, dans les magasins de location.

 

   Head Tyrolia détient un grand nombre de fixations de ski brevetées, notamment celles qui équipent son mini-ski et qui offrent une possibilité de déclenchement du pied en diagonale. Les ventes de fixations étaient importantes il y a quelques années car les fixations Head Tyrolia équipaient des skis de marques concurrentes. Elles le sont moins aujourd'hui car les fabricants de skis équipent leurs skis de fixations sous marque propre.

 

   M. B. pense que le mini-ski répond à un phénomène de mode et qu'il s'adresse principalement aux adolescents. Beaucoup d'adultes trouvent «dévalorisant» pour leur image le fait de chausser des mini-skis. Ainsi, le mini-ski n'arrivera-t-il pas selon lui à détrôner le ski alpin qui, avec le ski parabolique, assure aux skieurs des manoeuvres sans gros efforts dans tout type de neige. La tendance est à la diminution de la taille des skis alpins d'apprentissage destinés aux adultes (1,20 mètre, 1,30 mètre). Il y a une vingtaine d'années, on pratiquait le dérapage et l'on skiait pieds serrés. Avec le ski parabolique, on écarte plus les pieds et on sollicite plus les genoux. Ceci explique qu'aujourd'hui les accidents de ski alpin provoquent davantage de ruptures de ligament croisé antérieur du genou (LCA). En mini-ski, les accidents entraînent des fractures «franches» des membres inférieurs identiques à l'ancienne pratique du ski alpin.

 

   Ce sont des impératifs de sécurité qui ont guidé Head Tyrolia dans le choix d'une fixation déclenchable sur ses mini-skis. Contrairement aux affirmations des représentants de la société Salomon, il n'y a pas eu, selon M. B., de période de «tâtonnement». Le choix de la fixation déclenchable a été fait dès l'origine et n'a pas subi de changement. Si aucun test portant sur la fiabilité de l'adéquation entre le ski et la fixation n'a été effectué in situ avec des skieurs, aucune anomalie de décrochage intempestif de la fixation n'a été observée en utilisation normale. M. B. assure n'avoir eu connaissance d'aucun cas d'accident avec les mini-skis de la marque Head. Selon lui, les loueurs de matériels peuvent également donner des indications intéressantes. Aux Etats-Unis, les loueurs font signer une décharge de responsabilité à leur client pour éviter tout contentieux en cas d'accident.

 

   Les mini-skis Head Tyrolia ne peuvent s'utiliser qu'avec des chaussures de ski alpin. La fixation elle-même est conforme aux normes allemandes Tüv. Elle est réglable de telle sorte que le pied du skieur se trouve toujours au milieu du ski, ce qui présente un intérêt indéniable pour les personnes qui ont une grande pointure dès lors que, sur des fixations traditionnelles, la chaussure est placée très en arrière.

 

   Il existe des normes sur le bon réglage des fixations mais rien ne garantit que ces normes soient appliquées par les loueurs [ (note 10)  :

(10) Pour le ski alpin, un réglage trop faible, donc «pas assez serré» peut provoquer un déchaussement intempestif de la chaussure et donc la chute du skieur. Un réglage trop fort, «trop serré», entraîne un non-déchaussement en cas de chute (aux effets identiques à celui du cas des fixations à étrier des mini-skis). Le réglage d'une fixation se fait grâce à un index qui se visualise sur les butées avant et la talonnière arrière. Cet index est normalisé à l'ensemble des fabricants. Les normes de réglage des fixations prennent en compte le sexe, le poids et la taille de la chaussure du skieur. Pour un réglage personnalisé, il revient au skieur de fournir au professionnel son profil de skieur (âge, condition physique, manière de skier).

] . M. B. pense que, comme en Autriche, celles-ci devraient être rendues obligatoires.

 

   Le mini-ski Head Tyrolia est exclusivement réservé aux adolescents et aux adultes. La fixation utilisée n'est pas adaptée à un skieur d'un poids inférieur à 35 kg. Sur le ski lui-même figure en langue anglaise la mention ; «Warning : for adult», consigne également mentionnée dans la notice d'utilisation du produit.

 

3. Société Rossignol

 

La société Rossignol ne fabrique et ne commercialise pas de mini-skis [ (note 11)  :

(11) Ayant estimé à l'époque que les mini-skis ne trouveraient pas leur place dans le marché du ski dans lequel évolue la société Rossignol.

] .

 

   Selon M. P., à l'origine, ces engins de glisse étaient plutôt considérés comme des jouets, conditionnés dans un carton et prêts à l'usage. Etant d'une longueur inférieure à 1 mètre, ils ne sont pas soumis aux prescriptions de normes de sécurité qui obligent les engins de glisse comme les skis alpins à être équipés de fixations à déclenchement [ (note 12)  :

(12) C'est la raison pour laquelle Rossignol commercialise depuis peu un mini-ski de 1,18 m à fixations déclenchables.

] .

 

   Pour M. P., l'intérêt d'équiper les engins de glisse de fixations déclenchables en cas de chute doit s'apprécier au cas par cas. Ainsi, les snowboards ne disposent-ils pas de fixations déclenchables. En effet, les deux pieds étant fixés sur un même support, il a été jugé que le skieur courrait moins de risque traumatique en cas de chute les deux pieds pris dans des fixations non déclenchables. Avec des fixations déclenchables, si l'une des deux fixations venait à se décrocher, le pied alors libéré provoquerait un déséquilibre aux conséquences traumatiques plus graves pour le skieur.

 

V. - L'ENQUÊTE AUPRÈS DES LOUEURS

 

Il était intéressant de confronter les arguments des fabricants avec l'opinion et les pratiques de ceux qui mettent leur matériel à la disposition de la clientèle et qui ont donc vis-à-vis de celle-ci une obligation de conseil.

 

   L'enquête a été menée auprès de loueurs installés dans les grandes villes comme dans les stations.

 

1. Compte rendu de l'enquête chez les loueurs de villes

 

Caractéristiques de l'offre de location

 

Les villes visitées ont été Grenoble, Chambéry, Lyon et Voiron.

 

   Les enseignes sont de deux types : soit des indépendants, soit des «chaînes» de magasins de sport. L'enquête sur les loueurs en ville a porté sur 17 enseignes. 15 d'entre elles louaient des skis courts. 2 se refusaient à en louer pour les motifs suivants :-  ce ne sont pas des vrais skis et ils ne correspondent pas à la demande de nos clients qui sont de vrais skieurs - «La Glisse», Meylan ;-  ils sont trop chers à la location et on n'a pas un parc de skis assez grand pour se permettre de louer à quelques personnes dans la saison - «Eco Sports», Chambéry.

 

   Tous les loueurs louent les «snowblade» de Salomon à fixations non déclenchables. Quelques magasins louent d'autres marques (Fisher, Quechua, etc.) qui ne disposent pas non plus de fixations de sécurité.

 

   Les arguments qui reviennent le plus souvent pour expliquer quel est le type de modèle proposé à la location sont : la prédominance de la société Salomon sur le marché du ski court, le retour sur investissement impossible pour louer des skis courts Head Tyriolia (deux fois plus chers à l'achat et usés en un an car les «clients mini-ski ne font pas attention»), la méconnaissance des risques potentiels liés au skis courts, la méconnaissance de l'existence des skis courts Head. Cependant quelques magasins proposent des skis Head à la vente. Certains magasins ont aussi en location des skis Rossignol, nommés «Scratch», qui font 1,18 m et que certains loueurs proposent en remplacement de skis courts.

 

   Les prix de location varient de 8 à 12 pour la location des skis seuls, ce qui correspond souvent à un ou deux euros près au prix de location de skis bas de gamme [ (note 13)  :

(13) Alors que le prix d'achat est deux fois moins élevé.

] .

 

   Les conseils des loueurs (spontanés et demandés).

 

   Les loueurs se partagent en deux groupes :

 

Les loueurs «commerciaux»



   Ceux-ci ne donnent pas spontanément de conseils, souvent parce qu'ils ne semblent pas véritablement connaître ces skis. Parfois, ils ne sont pas eux-mêmes skieurs et n'ont donc pas un regard de pratiquant du ski sur les mini-skis. Pour les professionnels du ski, le mini-ski est «un moyen de bien s'éclater et d'apprendre le ski. On peut aller assez vite et partout sans problème». C'est selon eux ce que recherchent les skieurs débutants : «savoir skier vite sans trop de problèmes».

   Quand on questionne ces loueurs plus précisément sur la question des fixations, ils ne savent pas toujours que les skis Head existent. A la question : «A votre avis, les skis courts sont-ils plus ou moins dangereux que les skis classiques ?», la réponse de ces loueurs est souvent soit : «je ne sais pas», ou bien ; «non, pas plus dangereux». Ils ajoutent souvent ; «qu'il n'y a pas de danger car le ski est plus court, ils sont comme des pieds» ou encore : «cela fait 5 ans que ça existe et il n'y a jamais eu de problèmes avec». Ces loueurs n'ont pas eu de retour client sur d'éventuels accidents ou, du moins, pas plus que pour des skis classiques.

 

   La plupart du temps, ces loueurs indiquent que l'on peut aller partout avec ces skis (hors zone de neige poudreuse), que l'on peut aller relativement vite et qu'il est très facile de régler la fixation. En revanche, une faible proportion (1/3) sait qu'il ne faut pas les louer à un enfant de moins de 1,50 m quand bien même l'indication inscrite sur les skis figure sous leurs yeux ! 2 ou 3 loueurs de ce «groupe» ont toutefois bien signalé qu'il ne fallait pas prêter ces skis aux enfants. Ils proposent souvent de louer des skis de 64 cm adaptés aux enfants. Ils ne signalent toutefois pas de précautions particulières à prendre non plus, «ces skis étant avant tout ludiques pour se faire plaisir».

 

Les loueurs «expérimentés»



   Ce sont souvent des skieurs confirmés. Certains ont déjà skié avec des mini-skis et leur diagnostic est clair : «Ce ne sont pas des skis, tout au plus pour s'amuser à la fin de la journée, comme on fait de la luge». Ces loueurs recommandent spontanément la plus grande prudence quant à l'utilisation de ces skis à fixation non déclenchables. Ils soutiennent (avec preuve à l'appui - «retour client, expériences en stations») que ces skis sont plus dangereux que des skis classiques. L'un deux a résumé ceci en ces termes : «à chute équivalente, les skis courts provoquent des lésions et séquelles beaucoup plus importantes». Quelques loueurs, qui ont l'expérience de pisteur ou qui sont au courant de l'accidentologie en ski, signalent le retour des fractures ouvertes à cause des skis courts ou de grosses entorses des genoux. L'inconvénient majeur selon eux est que le ski «plante», est instable et, comme il ne décroche pas, le risque de se faire mal est accentué.

   D'autre part, les loueurs soulignent qu'il est très difficile de s'arrêter avec de tels skis car, comme ils sont courts, il y a moins de frottement pour s'arrêter.

 

   Mais le danger majeur provient, selon eux, des utilisateurs de skis courts. Ceux-ci sont très souvent des débutants dont la pratique du ski n'est qu'occasionnelle. Avec des mini-skis, ils se sentent vite à l'aise et ont tendance à faire «n'importe quoi» (couper les trajectoires, changer de direction brusquement, etc.). Ils sont souvent à l'origine de collisions sur les pistes, car il est très dur de prévoir ce qu'un «mini-skieur» va faire.

 

   Un loueur (Adrénaline, Grenoble) qui a des snowblade en location, ne les loue vraiment qu'en dernier recours lorsque le client les exige. Sinon, il les déconseille très vivement : «ça ne devrait pas exister».

 

   Tous les loueurs signalent que ce ski ne s'utilise pas en neige poudreuse, qu'on ne peut pas aller vite avec (c'est même dangereux d'aller vite car les skis vibrent dangereusement à haute vitesse), qu'il est facile de régler la fixation et qu'ils ne conviennent pas aux enfants (tous ne connaissent cependant pas la taille limite, mais préfèrent ajuster en fonction du client). Quant aux précautions à prendre, c'est avant tout la prudence, toujours contrôler sa vitesse et ne pas s'aventurer dans des pistes trop dures. Mieux vaut louer des skis paraboliques de 1,50 m pour avoir le même genre de sensations en toute sécurité.

 

   Quelques-uns de ces loueurs proposent en remplacement des petits skis classiques. Les «Scratch» de Rossignol qui font 1,18 m et les «Twin Board» de Dynastar qui font 1,40 m.

 

2. Compte rendu de l'enquête auprès des loueurs de stations

 

Caractéristiques de l'offre de location

 

Les stations visitées ont été : Val d'Isère, Tigne, Aime-La Plagne, Les Angles, Font Romeu. Il existe deux types d'enseignes : les indépendants et les «chaînes» de magasins de sport (telles que Twinner).

 

   Toutes les enseignes proposent des skis courts à la location. La plus grande partie du marché est dominée par les snowblade (89 cm) et Minimax (99,9 cm) de Salomon, qui ne possèdent pas de fixation de sécurité. 5 magasins sur 26 proposent à la location les «Big Easy» (94 cm) de Head Tyrolia, avec fixation de sécurité.

 

   Les prix de location varient de 9/jour à 16/jour pour la location de mini-skis sans fixations de sécurité. Un des magasins qui louent des Head Tyrolia ne les loue pas au même prix mais 4 plus cher (soit 20/jour au lieu de 16/jour). Il se justifie en évoquant le prix d'achat du «Big Easy», deux fois plus cher que le «snowblade».

 

   Ce prix de location correspond à un ou deux euros près au prix de location de skis bas de gamme. A l'instar des pratiques des loueurs des villes, la location de mini-skis est donc économiquement intéressante pour les loueurs, le mini-ski étant considéré comme un «vrai ski» qui justifie un coût de location relativement élevé.

 

   Il est à souligner qu'environ 50 % des loueurs proposent des mini-skis pour enfants (60 cm).

 

Conseils des loueurs de station



   Comme pour l'enquête chez les loueurs des villes, on peut distinguer deux «profils» de loueurs en station.

Les loueurs peu sensibilisés aux problèmes de sécurité



   Ces loueurs, qui représentent environ 50 % de l'échantillon, ne semblent pas connaître les problèmes liés aux mini-skis sans fixations de sécurité, ni même dans certains cas connaître l'existence de mini-skis avec fixations de sécurité. En général, ce sont des loueurs qui travaillent à la saison dans des chaînes de magasins de sport appartenant à des enseignes nationales.

   Conseils spontanés et demandés :

 

   A cause de leur manque d'information, ils ne donnent aucun conseil spontané. Lorsque leur sont posées des questions plus précises, ils donnent en général les réponses classiques suivantes :

 

   Question : «Puis-je aller partout avec ?» Réponse : «On peut aller partout sur les pistes damées avec ces skis.»

 

   Question : «Puis-je aller vite ?» Réponse : «On peut aller relativement vite, mais au-delà d'une certaine vitesse les skis ont tendance à vibrer, ce qui les rend très instables.»

 

   Question : «Comment régler la fixation ?» Réponse : «Pas de problème, un simple coup de tournevis suffit.»

 

   A la question : «Y a-t-il des précautions particulières à prendre ?», certains loueurs interrogent le skieur sur son niveau (débutant ou non), mais ils sont rares. Face à des débutants, ils disent que c'est facile et qu'il n'y a pas de craintes à avoir. Les autres loueurs ne signalent rien.

 

   A la question : «Puis-je les louer pour mon petit frère qui a dix ans ?», la plupart des loueurs savent que, pour les enfants de moins de 1,50 mètre, il existe des mini-skis de 64 cm. Deux loueurs sont cependant prêts à les louer à un enfant.

 

   Question : «Ces skis sont-ils plus ou moins dangereux que les skis classiques ?», la réponse négative est catégorique. La plupart des loueurs répondent qu'à partir du moment où l'on fait du ski il y a un risque, et que selon eux les mini-skis sans fixations de sécurité ne sont pas dangereux, même s'ils ne nient pas qu'il y ait des accidents avec. Leur argument principal est que, le ski étant petit, le skieur pourra toujours se débrouiller pour ne pas coincer un ski, «rouler-bouler» et s'en sortir sans mal. Certains signalent que c'est «étudié pour» ou que comme ça «tant mieux, on ne perd pas son ski». Un loueur a même affirmé qu'«il est interdit de mettre des fixations de sécurité sur des skis de moins de 1 mètre, car de toute façon il y a une lanière qui se fixe à la chaussure et qui enlève le risque de blessure».

 

   Ces loueurs n'ont pas de retour client sur un éventuel accident. Ils n'ont pas non plus connaissance des statistiques de médecins de montagne ou de pisteurs. Les «snowblade» et équivalents sont pour eux un moyen ludique pour apprendre à skier ou se faire plaisir. La plupart de leurs clients sont des groupes de jeunes.

 

Les loueurs «sensibles» à la sécurité



   Il s'agit souvent de très bons skieurs qui ne considèrent pas les mini-skis comme des skis. Ils conseillent spontanément : «Il ne faut pas faire n'importe quoi avec.» Par conséquent ils soulignent qu'ils ne sont pas faits pour la même utilisation, ce qui signifie : pas de «schuss» avec (c'est instable), pas de prise de risque sur de mauvaises pistes, il faut faire des virages, etc.

   Presque tous signalent le fait que la fixation à étrier n'est pas de sécurité et quelques-uns proposent spontanément un Big Easy de Head.

 

   Quant aux conseils demandés, ils sont les conseils «habituels». A la question : «Y a-t-il des précautions particulières à prendre ?», les loueurs mettent en garde contre l'utilisation de skis sans fixations de sécurité. De plus certains signalent qu'il est plus difficile de s'arrêter car il y a moins de carres que sur les skis alpins.

 

   Les loueurs veulent connaître le niveau de ski du client, et proposent bien souvent, s'ils ont affaire à des débutants, de vrais skis de petite taille. Cependant, aucun d'entre eux ne dissuade un client de louer des mini-skis.

 

   Ces loueurs donnent plusieurs explications aux accidents de mini-skis :-  la fixation qui ne déclenche pas provoque en cas de chute des accidents graves (grosses entorses du genoux, fractures du tibia, etc.) ;-  les clients qui louent des mini-skis en font un usage «incontrôlé» qui crée le danger. En effet, quasiment tous ces loueurs indiquent un même profil de «clients mini-skis», soit des groupes de jeunes, débutants, qui n'ont pas envie ou pas les moyens d'apprendre à skier. A l'inverse, si l'on a une pratique raisonnée du mini-ski, il n'y a pas de danger.

 

3. Conclusion des deux enquêtes

 

Que ce soit en ville ou en station, on retrouve deux types de loueurs. Ceux qui sont informés et ceux qui ne savent pas réellement ce que sont ces mini-skis et qui les louent sans aucune précaution.

 

   Pour ces derniers, les mini-skis sont un moyen ludique d'apprendre à skier sans trop d'effort, et il suffit d'une descente pour le maîtriser. Ces loueurs n'ont pas conscience des dangers relatifs à ce type de ski, ou alors ils les pensent équivalents à ceux du ski classique. Ils ne donneront pas plus de conseils que pour la location d'un ski normal, et certains iront même jusqu'à affirmer au client qu'il n'y a absolument aucun risque du fait de la très petite taille des skis.

 

   D'autres loueurs savent (par des canaux divers : pisteurs, médecins de montagne, journaux, magazines, etc.) que la pratique du mini-ski n'est pas sans danger et s'accompagne non pas d'une augmentation des accidents, mais plutôt de l'aggravation des séquelles.

 

   D'autres loueurs il y a ceux qui refusent totalement de considérer le mini-ski comme un sport de glisse et tiennent des propos très critiques. Ceux-ci font tout pour dissuader le client de louer des mini-skis. Mais ils sont peu nombreux (3 sur les 41 loueurs questionnés).

 

   Dans cette catégorie figurent ainsi les loueurs qui ne considèrent pas le mini-ski comme un vrai ski mais qui comprennent qu'il puisse être ludique et agréable pour des débutants. Ils sont conscients du problème de la fixation et en avertissent clairement le client. Cependant, surtout en station, ils ne refusent pas un client potentiel. Ou alors ils proposent les Big Easy de Head qui possèdent une fixation de sécurité et qui sont donc, apparemment, les plus sûrs.

 

   Mais les loueurs les mieux informés soulignent que la dangerosité des mini-skis est la combinaison inhérente au système de trois facteurs :1.  Les mini-skis n'ont pas de fixations de sécurité et n'ont pas le même «comportement» qu'un ski classique du fait de leur petite taille («ils vibrent à grande vitesse, le skieur met davantage de temps pour s'arrêter», etc.).2.  La clientèle est plutôt jeune et inexpérimentée (typiquement des groupes de jeunes qui skient une semaine par an et qui préfèrent s'amuser avec des mini-skis plutôt que de se faire moins plaisir à ski).3.  Le comportement à risque de ces clients qui se sentent tout de suite à l'aise et qui essaient ces mini-skis comme des skis classiques, d'où, par exemple, des collisions sur piste.

 

   Certains loueurs demandent donc le niveau de ski du client afin de mieux pouvoir les conseiller. Ils insistent sur l'utilisation rationnelle et adaptée de ces mini-skis. Bien utilisés, ils ne présentent potentiellement pas plus de risques que la pratique du ski alpin.

 

   En conclusion, si, sur la base de l'échantillon de l'enquête, environ 60 % de la population de loueurs est sensible au problème de sécurité des mini-skis, 90 % loueront en tout état de cause des mini-skis à leurs clients. Parmi ces 90 %, la moitié à peine aura expliqué clairement les précautions à prendre.

 

VI. - BILAN ET ANALYSE DE L'ÉTUDE TECHNIQUE SUR LES MINI-SKIS

 

Un fois décrit le contexte de la pratique du mini-ski, qu'en est-il de la sécurité des produits eux-mêmes ? Voici, résumées, les conclusions de l'enquête technique sur deux produits de marque Salomon et Head Tyrolia.

 

Vue aérienne d'un «snowblade» et d'un Big Easy.



   Cliquez pour consulter l'illustration

1. Les «faiblesses» techniques intrinsèques des mini-skis

 

Les mini-skis présentent des faiblesses indéniables si on les compare au ski alpin traditionnel :-  une portance beaucoup plus faible avec une spatule beaucoup plus rigide que celle du ski alpin, ce qui facilite les «enfoncements» : spatule «plantée» dans une bosse et enfoncement brutal lors d'une courbe au moment du changement de pied ;-  une instabilité importante à grande vitesse facilitant les chutes ;-  très peu d'amortissement vertical, la semelle de la chaussure étant quasiment en appui permanent sur la neige ;-  un effet directif assez grand qui peut faciliter les chutes sur neige irrégulière ;-  un appui avant arrière très faible nécessitant un très bon équilibre ;-  un rapport poids, taille par rapport à la longueur du ski inapproprié : longueur du mini-ski de moins de 1 mètre pour une taille de chaussure qui peut varier de 32 à 50 cm ;-  pas de fixations déclenchables sur le snowblade de Salomon ;-  des fixations de sécurité de type ski classique sur le Big Easy de Head Tyrolia nécessitant des réglages différents de ceux à pratiquer sur le ski alpin.

 

   On trouvera ci-joint, en annexe n° 1, une typologie des cas de chutes à l'occasion desquelles les membres inférieurs peuvent être touchés. On observe