Association Nationale pour l’Étude de la Neige et des Avalanches

Efficacité des airbags avalanche

Efficacité des airbags avalanche : un point de vue mis à jour

Pascal Haegeli, Markus Falk,
Frédéric Jarry, Emily Procter, Benjamin
Zweifel, Spencer Logan, Kalle Kronholm,
Marek Biskupič, Hermann Brugger.
skieur avec un airbag avalanche ouvert

Nous remercions l’ensemble des personnes qui ont contribué au recueil des informations d’accidents d’avalanche et qui ont rendu cette étude possible.

>> Pour la version intégrale de l’article en Français : (site ANENA)

>> Pour l’article scientifique dans sa totalité : http:// www.resuscitationjournal.com/article/S0300-9572- (14)00566-8/abstract.

Au cours des dernières années, l’utilisation des airbags avalanche s’est intensifiée à la fois chez les professionnels du ski et chez les pratiquants amateurs. Alors qu’il y a dix ans le marché ne proposait que quelques types d’airbags, aujourd’hui, les skieurs peuvent choisir parmi une large gamme de modèles, produits par quatre fabricants au moins.

Ces sacs ont un énorme potentiel pour sauver des vies. Ils constituent le seul matériel de sécurité qui permette d’éviter directement l’ensevelissement ou de réduire sa gravité, cause essentielle de la majorité des décès en avalanche. Alors que le mécanisme physique des airbags dans une avalanche a été validé de manière concluante*1 via des modèles mathématiques et des tests de terrain, les bénéfices réels de leur utilisation sur la mortalité en avalanche sont aujourd’hui encore discutés. Tandis que les fabricants aiment présenter les airbags comme l’équipement de sécurité le plus efficace vis à vis du risque d’avalanche (avec des slogans tels que « 97% de survie », « 8 fois plus en sécurité !»), certains instructeurs avalanche reconnus tentent de mettre en garde contre un marketing qui brandit l’illusion d’une « solution miracle » en soulignant que le nombre de vies sauvées pour 100 décès ne dépasserait pas la dizaine*2. Etant donné que les deux camps affirment que leurs analyses sont fondées sur des données solides et des statistiques rigoureuses, il est difficile pour le profane de distinguer le vrai du faux.

*La ségrégation inverse, aussi connue sous le nom d’effet « noix du Brésil », répartit naturellement les particules d’une avalanche selon leur taille, les plus grosses étant dirigées vers la surface de l’avalanche. Les airbags, une fois gonflés, font des victimes d’avalanche, qui représentent déjà de grosses particules, des particules d’encore plus grande taille, ce qui augmente leurs chances de finir à la surface du dépôt avant l’arrêt de l’avalanche. La flottabilité, utilisée par des équipements de flottaison, ne joue aucun rôle dans ce phénomène. https://www.abs-airbag.com/fr/abs-principes-de-survie.html 

*2 Dale Atkins, dans le numéro de novembre 2001 de Powder Magazine (http://www.powder.com/stories/know-boundaries-5/).

Pourtant, il apparaît essentiel de présenter de manière juste et facilement compréhensible l’efficacité réelle des airbags sur la mortalité en avalanche. En effet, selon une étude menée par Christie (2012) chez Backcountry Access, les statistiques relatives à la survie en avalanche constituent la première des raisons qui motivent l’achat d’un airbag. Le but de cet article est de fournir un point de vue à jour sur l’efficacité des airbags, basé sur une étude détaillée récemment publiée dans la revue Resuscitation (Haegeli et al., 2014). Nous espérons que ces informations aideront les pratiquants à être plus critiques face aux affirmations « marketing » et à effectuer des choix éclairés pour décider d’adopter ou non l’airbag dans leur kit de secours.

Mortalité : différence de mortalité et ratio de mortalité

À chaque fois que vous lisez des statistiques – sur les airbags ou quoique ce soit d’autre – vous devriez immédiatement vous posez les questions suivantes :

 A quelle question essaient-elles de répondre ?

 D’où provient l’ensemble des données ?

Les mesures statistiques utilisées pour répondre à ces deux questions sont la différence de mortalité pour la première et le ratio de mortalité pour la seconde. Ces deux mesures sont étroitement liées, mais elles offrent des perspectives différentes quant à l’efficacité des airbags. Il est important de comprendre clairement leurs différences. 

Nous utilisons les résultats de l’étude de Brugger et al. (2007) pour expliquer en détail la signification de ces deux mesures statistiques. L’ensemble des données utilisées par Brugger et ses collègues se composait de cas d’accident concernant 1504 victimes emportées en dehors des domaines sécurisés, en Suisse et en Autriche, entre 1990 et 2005. 35 des victimes comprises dans cet ensemble de données étaient équipées d’un airbag avalanche lorsqu’elles ont été emportées. Sur 100 victimes sans airbags emportées dans une avalanche (groupe témoin), 81 on survécu parce qu’elles n’avaient pas été ensevelies et n’avaient subi aucune blessure mortelle ou avaient été retrouvées et dégagées dans les temps (tableau 1).Cela équivaut à un taux de mortalité de 19%. Sur 100 victimes équipées d’airbags avalanche (groupe cible), 97 avaient survécu, ce qui correspond à une mortalité de 3%.

* tableau 1 : Ensemble des données de Brugger et al. (2007)

Sur la base des données présentées dans le tableau 1, Brugger et al. (2007) ont montré que l’utilisation des airbags avalanche contribue à réduire significativement la mortalité de 16 points, la faisant passer de 19% à 3% (*Fig. 1, axe de gauche). Il s’agit de ce que l’on nomme la différence de mortalité entre les deux groupes étudiés. Le ratio de mortalité ajuste la mortalité des victimes équipées d’airbags avec la mortalité originelle des victimes non équipées. Dans cette étude, le ratio de mortalité est de 15% (Fig. 1). Ceci signifie que sur 100 victimes sans airbags décédées, 15 décéderaient de toute façon même si elles étaient équipées d’un airbag. En d’autres termes, sur 100 décès, 85 auraient pu être évités en utilisant un airbag avalanche.

*Fig. 1 : Différence de mortalité et ratio de mortalité illustrés par les résultats de Brugger et al. (2007).

efficacité des airbags - anena

Uniquement les cas pertinents

À ce jour, la majorité des analyses portant sur l’efficacité des airbags est basée sur un jeu de données de cas d’utilisations d’airbags collectés conjointement par le fabricant d’airbags ABS et le SLF. Cet ensemble de données inclut une large gamme d’accidents, allant de la très grosse avalanche avec multi-ensevelissement à la petite coulée impliquant une unique victime ayant parfois échappé à l’ensevelissement. Bien que tous ces cas fournissent de précieuses informations sur les performances des airbags, tous ne sont pas adaptés pour une analyse statistique portant sur les effets des airbags sur la mortalité.

Une description détaillée des critères utilisés pour assembler le jeu des données de l’analyse est d’une importance capitale pour l’interprétation des résultats statistiques (est-ce que tous les incidents connus impliquant un airbag sont inclus dans l’analyse ou est-ce qu’elle ne se concentre pas uniquement sur un sous-ensemble spécifique ?).

L’un des objectifs de notre étude était de recueillir un ensemble de données plus vaste et bien adapté pour estimer avec justesse l’efficacité des airbags. Les rapports existants d’accidents d’avalanche bien documentés impliquant au moins un utilisateur d’airbag ont été collectés à partir de sources de données canadienne (Association Canadienne des Avalanches), française (ANENA), slovaque (Centre de Prévention des Avalanches), norvégienne (Norwegian Geotechnical Insitute, Croix Rouge Norvégienne), suisse (Institut Fédérale pour l’Etude de la Neige et des Avalanche) et américaine (Centre d’Information sur les Avalanche du Colorado).

Puisque les airbags avalanche sont conçus pour éviter l’ensevelissement ou réduire sa gravité, nous nous sommes concentrés sur les avalanches ayant le potentiel pour ensevelir totalement une victime. Ceci a été réalisé en incluant uniquement les avalanches accidentelles de classe 2 ou plus, selon la classification canadienne des avalanches (tableau 2) et en incluant uniquement les victimes qui avaient été sérieusement impliquées dans l’avalanche. Ce qui signifie qu’ils avaient été sérieusement emportés par l’écoulement de l’avalanche ou avaient été atteint par une avalanche puis partiellement ou complètement ensevelis. Les victimes qui n’avaient été que légèrement bousculées au bord de l’avalanche, avaient réussi à rester debout tout au long de l’écoulement ou avaient même réussi à s’échapper de l’écoulement ont été exclues du jeu de données, les airbags n’ayant aucune incidence sur les résultats de ce type d’incident. Le jeu de données en résultant est constitué de 245 accidents totalisant 424 pratiquants sérieusement emportés. 246 d’entre eux (58%) avaient un airbag gonflé, 61 (14%) avaient un airbag non gonflé pendant l’incident et 117 (28%) n’étaient pas équipés d’airbags.

 

Tableau 2 : Classification canadienne des tailles d'avalanche (CAA, 2007).

Taille et code* Potentiel Destructeur de l'Avalanche  Masse Typique Longueur Typique de l‘Écoulement 
1 Relativement inoffensive pour les personnes   <10 t 10 m
2 Peut ensevelir, blesser ou tuer une personne   10 t 100 m
3 Peut ensevelir et détruire une voiture, endommager un camion,
détruire une maison en bois ou briser quelques arbres

1 000 t

1.000 m
4  Peut détruire un wagon, un gros camion, plusieurs habitations
et jusqu’à 4 ha de forêt
10 000 t 2.000 m
5 Plus grandes avalanche connue : peut détruire un village ou 40 ha de forêt. 100 000 t 3.000 m

*Des demi-tailles peuvent être utilisées pour des avalanches situées entre deux classes.

 

Groupe témoin non biaisé

 

L'évaluation précise de l'efficacité des airbags nécessite un groupe témoin fiable constitué de victimes sans airbags. La difficulté est que de nombreux incidents d'avalanche aux conséquences heureuses (par exemple sans décès ou dans blessures majeures) ne sont tout simplement jamais déclarés. Cela nous empêche de calculer un taux de mortalité fiable des accidents d'avalanche. Etant donné que les fabricants d'airbags et les personnes effectuant des recherches sur la sécurité en avalanche sont très actifs pour chercher des informations sur les accidents impliquant des airbags, il est fort probable que le taux de déclaration d'accidents avec airbags sans conséquences fatales soit beaucoup plus élevé. Cette différence dans les taux de déclaration peut, involontairement, fausser les résultats des analyses statistiques sur l'efficacité des airbags.


Afin d'obtenir un groupe témoin qui soit le plus possible comparable à nos cas avec airbags, nous avons limité notre analyse aux seuls accidents inclus qui impliquaient à la fois des utilisateurs et des non-utilisateurs d'airbags. Ceci nous à permis d'extraire à la fois le groupe cible et le groupe témoin des mêmes accidents, et donc d'éviter tout biais. Cependant, le prix à payer pour avoir ce groupe témoin sans biais est l'obtention d'un jeu de données considérablement réduit qui n'inclut que 35% (106 sur 207) des rapports disponibles.

 

Contrôler d'autres facteurs influant sur la mortalité : le taux de mortalité ajusté

 


Les airbags ne sont pas les seuls éléments qui affectent nos chances de survie dans une avalanche. La taille de l'avalanche, notre position lorsque l'avalanche se déclenche, les caractéristiques de la zone de dépôt, le fait d'être blessé ou non, et le fait de porter ou non un DVA peuvent potentiellement affecter le résultat de notre implication dans l'avalanche. Tous ces facteurs étant simultanés, un simple tableau croisé, tel que celui présenté dans le Tableau 1, n'est pas suffisant pour séparer correctement l'effet des airbags de celui des autres facteurs contributifs.
Pour rendre compte des autres facteurs dans notre analyse, nous avons recueilli des informations sur un grand nombre de paramètres décrivant les caractéristiques de l'accident, de l'avalanche et des victimes. Nous avons ensuite examiné l'influence de tous ces facteurs sur la mortalité en utilisant simultanément une technique statistique appelée « analyse de régression logistique binomiale ».

 

Qu'avons nous trouvé ?

Les résultats de notre analyse concluent que les airbags réduisent significativement la mortalité dans des accidents d'avalanche grave, mais que l'effet est plus faible que ce qui avait été rapporté jusqu'à présent.

L'analyse révèle que les airbags n'affectent la mortalité que de manière indirecte via leur influence sur le degré d'ensevelissement des victimes 4*. Les autres facteurs influençant le degré d'ensevelissement sont la taille de l'avalanche (plus l'avalanche est importante, plus la probabilité d'être profondément enseveli est grande) et le fait que les victimes aient subit ou non une blessure sérieuse pendant l'écoulement (plus grande probabilité d'ensevelissement critique si blessures graves 5*). Le risque ajusté d'ensevelissement critique est de 47,0% pour les victimes sans airbags ou avec des airbags non gonflés, et de 20,1% pour les utilisateurs avec airbags gonflés.


La mortalité est ensuite déterminée par le degré d'ensevelissement, la taille de l'avalanche et la gravité des blessures. La mortalité ajustée est de 43,8% pour les victimes ensevelies de manière critique et 2,9% pour celles ensevelies de manière non-critique. La mortalité ajustée, avec et sans airbags gonflés, peut être calculée (Fig. 2) : alors que la mortalité sans airbags gonflés est de 22,2%, la mortalité avec un airbag gonflé est de 11,1%. Il en résulte une différence de mortalité ajustée de 11 points (l'intervalle de confidence à 95% est de -4 à -18 points) et un ratio de mortalité ajustée de 0,5 (l'intervalle de confidence à 95% est de 0,3 à 0,7).

*4 Le degré d'ensevelissement a été défini comme soit « enseveli de manière critique » (c'est-à-dire tête de la victime sous la neige et respiration altérée) ou « enseveli de manière non critique » (c'est-à-dire voies respiratoires non altérés).
*5 Les blessures traumatiques sont considérées comme graves si elles requièrent une hospitalisation.

 

 

Fig. 2: Calcul de mortalité ajustée en considérant l'utilisation de l'airbag

efficacité des airbags - anena

 

Cela signifie que :


- sur 100 victimes non équipées d'airbags, sérieusement impliquées dans des avalanches similaires à celles inclues dans le jeu de données de l'analyse, 22 décèdent et 78 survivent parce qu'ils n'ont pas subi de blessures mortelles, n'ont pas été ensevelis suite à l'écoulement ou ont été retrouvés et dégagés à temps.

- Sur 100 victimes équipées d'un airbag gonflé, 11 seulement décèdent.

En d'autres termes, 11 victimes supplémentaires auraient survécu grâce à l'airbag : la moitié des décès aurait pu être évitée. Ces effets sont significatifs, mais ils ne sont pas aussi importants qu'on le pensait (-11 points, contre 16 points dans l'étude de Brugger et al., 2007).
De plus, la mortalité parmi les utilisateurs d'airbags est significativement plus importante que précédemment rapporté (11% contre les 3% de l'étude de Brugger et al., 2007). Bien que la différence soit partiellement due au fait que notre analyse se concentre sur des accidents d'avalanches plus importants impliquant plusieurs victimes, cela démontre clairement que les airbags ne sont pas une garantie de survie en toutes circonstances. Même si toutes les victimes, dans l'ensemble des données présenté, avaient eu un airbag gonflé, 1 victime sur 9 serait décédée.

 

Qu'en est-il des cas de non-gonflage ?

Jusqu'à présent, nous n'avons examiné que les bénéfices d'airbags gonflés. En d'autres termes, la baisse de 11 points de pourcentage de la mortalité représente le meilleur scénario, lorsque les airbags sont correctement déployés et gonflés, comme prévus. Toutefois, des études antérieures ont régulièrement souligné le non-gonflage comme un sérieux problème pour la performance des airbags.

 

Pour examiner les cas de déficience du gonflage (qu'elle soit d'origine humaine ou technique), nous avons utilisé tous les rapports d'utilisation d'airbags, en incluant ceux provenant d'accidents n'impliquant qu'un seul utilisateur. Le jeu de données résultant comprend 307 rapports. Le taux global de déficience de gonflage est de 20% (61 sur 307), très proche du taux rapporté par l'étude de Brugger et al. (2007). Ce taux de non-gonflage réduit la baisse de la mortalité de 11 points (obtenue précédemment avec des airbags nécessairement gonflés) à environ 9 points (c'est-à-dire 80% de 11 points de pourcentage). Ce résultat souligne clairement que l'absence de gonflage représente toujours une menace importante sur les performances des airbags.

Quelles sont les causes de non-gonflage ? (52 cas permettent de les analyser) :

> 60% d'échecs de déclenchement par l'utilisateur,
> 12% d'erreurs de maintenance (par exemple, cartouche mal fixée),
> 17% de pannes de l'équipement (par exemple, problèmes de performance nécessitant une révision de la conception et/ou de la production),
> 12% de destructions de l'airbag au cours de l'écoulement.

Par rapport au nombre total d'utilisateurs, le taux d'airbags détruits lors de l'écoulement était de 2% (6 sur 307) et le taux de panne de l'équipement était de 3% (9 sur 307).

Nous avons voulu comprendre les raisons empêchant les pratiquants de déployer leurs airbags. Nous n'avons pas détecté de lien significatif entre le taux de déploiement et la taille des avalanches. Le non-déploiement ne semble donc pas être le résultat d'une implication plus violente dans l'écoulement. Nous avons par contre découvert que le taux de non-déploiement est significativement plus faible parmi les professionnels (par exemple, guides, pisteurs-secouristes, techniciens avalanche) que parmi les pratiquants (respectivement 5% contre 14%). Ceci suggère que la connaissance du matériel et de la procédure de déclenchement doit améliorer de manière significative l'efficacité de ces matériels.

 

Qu'en est-il de la compensation du risque ?

La compensation du risque est une préoccupation courante lorsque l'on pèse les avantages et inconvénients des airbags avalanche. Est-ce que les utilisateurs vont se sentir moins vulnérables en portant un airbag et, de là, s'exposer à un niveau plus élevé de danger d'avalanche ? Bien qu'à ce jour il n'y ait aucune preuve d'un comportement de compensation du risque relatif à l'utilisation des airbags, il s'agit d'un phénomène bien étudié dans d'autres domaines.
Hedlund (2000) propose une synthèse des preuves existantes de la compensation des risques en ce qui concerne les initiatives de sécurité routière. Il établit qu'alors que la compensation des risques se rencontre - quoique de manière irrégulière - elle n'élimine généralement pas les gains de sécurité issus des programmes de prévention, mais réduit seulement la portée des effets escomptés.
Il serait extrêmement difficile de recueillir les données nécessaires à la quantification correcte des effets de compensation du risque sur l'efficacité des airbags. Toutefois, Hedlund (2000) fournit une liste personnelle intéressante de quatre caractéristiques des équipements ou des initiatives de sécurité qui rendent la compensation du risque plus susceptible d'apparaître :

1) Est-ce que l'équipement de sécurité est évident ? Est-ce que je sais au moins qu'il est présent ?
2) Est-ce que l'équipement de sécurité m'affecte de manière négative, physiquement et/ou mentalement ?
3) Est-ce que l'effet de l'équipement de sécurité est directement lié à la motivation et à l'objectif de mon activité ?
4) Quel contrôle ai-je sur mes actions ? Puis-je encore modifier mes actions si je le souhaite ?


Les airbags semblent répondre très fortement à l'ensemble de ces caractéristiques :


1) Il est difficile d'oublier le fait que vous porter un airbag, car ils demandent une attention régulière.
2) Les airbags sont couteux et lourds, et les manipuler pendant une sortie peut se relever difficile.
3) Si la raison première pour sortir hors des domaines sécurisés est de skier des terrains difficiles, les bénéfices des airbags sont parfaitement en accord avec votre objectif ; si vous allez seulement hors des domaines sécurisés pour profiter de la nature et du calme, les effets des airbags sont beaucoup moins liés à vos objectifs.
4) Alors que les pratiquants amateurs bénéficient d'une liberté et d'un contrôle de leurs actions total, les professionnels sont probablement plus limités du fait des procédures et règlements et des règles professionnelles de bonne pratique.


Sur la base de cette liste de caractéristiques, on peut supposer que ce comportement de compensation du risque est probablement présent parmi les utilisateurs d'airbags, notamment chez les pratiquants qui aiment pousser leurs limites physiques et athlétiques.
Bien que notre étude ne fournisse aucune information concernant la présence de comportement de compensation du risque avec les airbags, les résultats de notre analyse offre un aperçu des conséquences possibles de ce type de comportement. Les estimations des paramètres de l'analyse de régression logistique binomiale sur l'ensevelissement critique indiquent que la réduction du risque, acquise grâce à l'utilisation d'un airbag, est à peu près équivalente à l'augmentation du risque d'être impliqué dans une avalanche d'une taille de classe plus grande. Cela signifie que les bénéfices personnels de sécurité issus des airbags sont rapidement annulés si la personne les utilise pour justifier une exposition accrue dans des terrains où de plus grosses avalanches sont probables.

Limites

 

Établir clairement les limites d'une analyse est important lorsque l'on présente des résultats statistiques. Dans notre analyse de l'efficacité, l'échantillon était considérablement plus petit que le jeu de données complet (201 rapports ont été exclus sur un total de 301), ceci afin d'assurer un groupe témoin non biaisé. Le jeu de données en résultant était dès lors faussé, en faveur de grosses avalanches impliquant plusieurs victimes. En outre, le jeu de données montrait un pourcentage d'avalanche impliquant des professionnels plus faible et un pourcentage plus élevé de victimes situées dans la zone d'écoulement ou de dépôt, lors du départ de l'avalanche. Il faut avoir en tête ces limitations lorsque l'on interprète les statistiques de mortalité présentées dans cet article. Alors que, dans les rapports exclus (c'est-à-dire les avalanches plus petites, les victimes uniques) la mortalité parmi les utilisateurs d'airbags est plus petite que dans le jeu de données de l'analyse, il est difficile de savoir dans quelle mesure l'effet des airbags, démontré dans la présente analyse, est transféré et contribue à la mortalité réduite des avalanches plus petites et à d'autres différences.

 

Messages à diffuser

 

Quels sont les messages les plus importants à diffuser qui ressortent de notre étude ?


Les airbags sont un équipement de sécurité important, mais leur impact sur la mortalité est plus faible que précédemment rapporté et la survie n'est pas garantie.

Pour les personnes sérieusement impliquées dans des avalanches de taille 2 ou plus grosses, l'utilisation d'un airbag, si son gonflage a fonctionné, réduit le risque de mourir de moitié (de 22 % à 11 % (Fig. 3).

Le non-gonflage demeure la limite la plus importante à l'efficacité des airbags. Le taux global observé de non-gonflage, toutes causes confondues, est de 20%.

Si les cas de non-gonflage sont pris en compte, les airbags réduisent le risque de décéder de 22% à 13% (Fig. 3) et la proportion de victimes sauvées n'est que de 41%.

60% de tous les cas de non-gonflage sont dus à un échec de déploiement du fait de l'utilisateur. Se familiariser avec les procédures de déclenchement et une maintenance adéquate sont essentiels pour s'assurer que l'airbag fonctionne correctement.

Les bénéfices de sécurité personnelle issus des airbags sont rapidement annulés si les utilisateurs s'en servent pour justifier une exposition accrue dans des terrains où de plus grosses avalanches sont possibles.

Fig. 3 : Effets des airbags sur la mortalité des victimes sérieusement impliquées dans des avalanches.

efficacité des airbags avalanche - anena

Quelles suites donner ? 

Alors que nos résultats montrent que les airbags peuvent généralement réduire la mortalité dans des accidents sérieux, l'analyse ne fournit aucune idée sur le bénéfice des airbags sous certaines conditions. Par exemple, il serait utile d'estimer et de comparer l'efficacité des airbags dans des avalanches ayant une zone de dépôt sans obstacles par rapport à des avalanches comportant des pièges de terrain.

Une autre question intéressante serait d'examiner l'efficacité des airbags en fonction de la position de la victime lorsque l'avalanche a été déclenchée (zone de départ, zone d'écoulement, dépôt). Toutefois, le recueil de données fiables d'accidents d'avalanche est difficile et les rapports sont souvent incomplets. Nous souhaiterions encourager les agences nationales de prévention des avalanches, les associations de secours internationales, les fabricants d'airbags et les chercheurs, à travailler ensemble au développement de protocoles standardisés de recueil de données afin de faciliter les études futures. 

En outre, nous voudrions encourager les pratiquants à rapporter rapidement tout type d'implication dans une avalanche aux services locaux de prévention d'avalanche. Les jeux de données plus riches en résultant faciliteraient des études plus détaillées qui permettraient d'améliorer notre compréhension des bénéfices et limites des airbags et des autres équipements de sécurité en avalanche, d'éviter des affirmations trompeuses sur l'impact de ces équipements et d'aider les utilisateurs à faire des choix plus éclairés. 

Remerciements 

Nous remercions l'ensemble des personnes qui ont contribué au recueil des informations d'accidents d'avalanche et qui ont rendu cette étude possible. 

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