Association Nationale pour l’Étude de la Neige et des Avalanches

BOUTIQUE ANENA

adhésion - abonnement 2016

Soutenez les actions de l'Anena

ADHÉREZ !! par carte ou par chèque directement en ligne

faites un don à l'Anena

Où nous trouver ?

15, rue Ernest Calvat
38000 Grenoble

Accéder au plan

Tél : + 33 (0)4 76 51 39 39
Fax : + 33 (0)4 76 42 81 66 

Suivez nous

   

Détermination de l’indice du risque d’avalanche dans le BRA

Déterminantion de l'indice

Gilles BRUNOT
Météo-France Chamonix

L’indice du risque d’avalanche qui figure dans les Bulletins d’estimation du Risque d’Avalanche (BRA), disponibles de la mi-décembre à la fin avril, est déterminé par les nivologues en charge de rédiger ces bulletins. Les remarques et commentaires que l’on entend parfois à son encontre, émanant de pratiquants de la montagne, amènent à penser qu’il n’est pas inutile d’expliquer comment est déterminé cet indice et de préciser les précautions qu’il est nécessaire de prendre lors de son utilisation.

Détermination de l’indice de risque d’avalanche

Les indices, qui peuvent aller de 1 (risque faible) à 5 (risque très fort) sont définis par l’échelle européenne du risque d’avalanche (*). Chaque niveau est accompagné d’un texte (*), qui décrit de manière succincte le niveau d’instabilité qui lui correspond. C’est ce texte qui sert de base au nivologue pour la détermination de l’indice. Concrètement, le prévisionniste s’intéresse d’une part au risque dû aux avalanches provoquées par le passage d’une ou plusieurs personnes, d’autre part au risque dû aux avalanches spontanées. C’est le plus élevé de ces deux risques qui est choisi et annoncé. L’analyse est faite à l’échelle d’un massif montagneux, on peut donc trouver localement une situation différente.

* Les (*) ci-dessus renvoient au texte de l’échelle européenne de risque d’avalanche. L’ensemble de ce texte figure à la fin de cet article.

 

Pour les avalanches provoquées, il faut s’intéresser :

>> d’une part au nombre de pentes potentiellement dangereuses. Le texte de l’échelle de risque utilise les termes suivants :

Indice de risque
 Nombre Très rares  quelques  Nombreuses possibles  Nombreuses probables 

 

>> d’autre part à la facilité de déclencher une avalanche. Le texte de l’échelle de risque utilise les termes suivants :

 

Indice de risque
 Facilité de déclenchement En général que par forte surcharge Surtout par forte surcharge  parfois par faible surcharge  par faible surcharge 

 

Remarque : dans l’échelle européenne, la taille des avalanches que peuvent provoquer les pratiquants ne constitue pas un critère. Néanmoins, dans la pratique, le nivologue aura quand même tendance à tenir compte du fait que ces avalanches puissent être de petit volume : d’une part il le signalera dans le texte de son bulletin, d’autre part, il pourra être amené, dans le cas où le risque se situe entre deux niveaux, à opter plutôt pour le niveau de risque inférieur.

Pour les avalanches spontanées, il faut s’intéresser :

>> d’une part au nombre d’avalanches prévues. Le texte de l’échelle de risque utilise les termes suivants :

 

Indice de risque 5
 Nombre Des Non spécifié  Quelques  Nombreuses  Nombreuses 

 

>> d’autre part à leur taille. Le texte de l’échelle de risque utilise les termes suivants :

 

Indice de risque 5
 Taille Coulées (*) ou petites Moyennes et petites  Moyennes parfois assez grosses  Moyennes parfois grosses  Grosses 

Définitions des termes de l'échelle européenne

 

Définitions des termes de l'échelle européenne
(consultables sur http://www.avalanches.org/basics/glossar-fr/)

 

Nombre d’avalanches spontanées attendues

 

Appellation  Définition
Rares avalanches  0 à 10 pour 100 km²
 Quelques avalanches  10 à 30 pour 100 km²
 Nombreuses avalanches  plus de 30 pour 100 km²

 

Taille des avalanches spontanées

 

Appellation Écoulement  Dégâts potentiels Taille
Coulée déplacement de neige sans risque d’enfouissement (risque de chute en pente raide)  Relativement sans danger pour les personnes, sauf en pente raide (chute)  longueur
< 50 m
volume
< 100 m3 cassure maxi
< 20cm 
 Petite avalanche S'arrête avant le bas de la pente Pourrait enfouir, blesser ou tuer une personne  longueur
< 100 m volume
< 1000 m3
20 cm <=cassure maxi
< 50 cm
Avalanche moyenne Atteint le bas de la pente Pourrait enfouir et détruire une voiture, endommager un camion, détruire un petit immeuble ou briser quelques arbres   longueur <1000 m volume < 10.000 m3
50 cm <=cassure maxi < 100 cm
Grosse avalanche  traverse des zones peu inclinées (nettement
< 30° ) sur des distances
> 50 m et peut atteindre les fonds de vallée
Pourrait enfouir, détruire des wagons, gros camions, plusieurs immeubles ou des zones boisées

longueur >= 1000 m 

volume >= 10.000 m3 

cassure maxi 

>= 100cm

 

Nombre de pentes dangereuses (définition suisse uniquement)

 

Appellation  Définition
Rares pentes moins de 10 % des pentes
 Quelques pentes  10 à 30 % des pentes
 Nombreuses pentes  plus de 30 % des pentes
La plupart des pentes plus des deux tiers des pentes

 

Toutes les situations nivologiques n’étant pas décrites par le texte de l’échelle européenne, Météo-France a synthétisé et complété la totalité des cas dans deux « matrices », l’une pour les avalanches provoquées, l’autre pour les avalanches spontanées.

 

Matrice des risques d'avalanches provoquées

matrice des risques d'avalanches provoquées

L’indice de risque pour les avalanches provoquées par le passage d’une ou plusieurs personnes est déterminé en fonction de la facilité de déclenchement (« Instabilité ») et du nombre de pentes potentiellement dangereuses (l’appellation « Quelques » doit se comprendre comme un intermédiaire entre « Rares » et « Nombreuses »). Les chiffres en gris correspondent à des cas rares.

 

 

Matrice des risques d'avalanches spontanées

matrice des risques d'avalanches spontanées

L’indice de risque pour les avalanches spontanées est déterminé en fonction de la taille et du nombre d’avalanches attendues (l’appellation « Quelques » doit se comprendre comme un intermédiaire entre « Rares » et
« Nombreuses » .

 

Cela fait plus de dix ans que Météo-France a introduit ces matrices destinées à aider le prévisionniste avalanches dans le choix du niveau de risque. Leur forme actuelle, présentée dans cet article, a fait l’objet d’une harmonisation européenne en 2003.

Différences d’interprétation de l’échelle européenne

L’échelle européenne a remplacé les différentes échelles des pays d’Europe à partir de l’hiver 1993-1994. Cette uniformisation permet aux pratiquants de la montagne d’avoir une information à peu près homogène sur tout l’arc alpin et les autres massifs montagneux européens. Toutefois, du fait de certaines imprécisions dans le texte de référence de l’échelle de risque, celle-ci peut parfois être interprétée de manière un peu différente dans certaines situations nivologiques d’un service de prévision du risque à un autre, voire d’un nivologue à un autre. C’est pour limiter cela qu’ont été mises en place au sein de Météo-France les deux matrices qui viennent d’être présentées. De fait, on observe de temps en temps un décalage d’indice de risque à la frontière entre deux pays ou deux régions d’un même pays.

Ces décalages peuvent avoir plusieurs causes :

=> Si certaines situations nivologiques sont clairement décrites par un indice de l’échelle européenne, de nombreuses situations sont « situées » entre deux indices. C’est le cas notamment dans les lentes baisses de risque (par exemple une baisse d’un risque marqué en risque limité en une semaine), où pendant plusieurs jours le nivologue a le choix entre deux indices. Le choix est parfois subordonné à l’expérience du nivologue ou à une information qui fait « pencher la balance » d’un côté ou de l’autre.

=> L’interprétation des termes de l’échelle suivis d’un ou plusieurs astérisques et qui décrivent la taille et le nombre d’avalanches spontanées ainsi que le nombre de pentes à risque d’avalanche provoquée. Tous ces termes sont soit définis de manière très succincte, donc avec possibilité d’interprétation, soit définis seulement dans certains pays (cas du nombre de pentes à risque d’avalanche provoquée : pentes rares, nombreuses, etc.). L’interprétation de l’échelle européenne comporte donc un côté subjectif. Par exemple, à situation nivologique égale, un nivologue habitué à connaître de nombreuses situations avalancheuses aura donc tendance à utiliser l’échelle de risque à un niveau légèrement plus bas que son homologue gérant une région au manteau neigeux généralement plus stable.

=> Dans certains pays ou régions (en Suisse, par exemple), le niveau de risque fort (niveau 4) est indissociable d’une activité avalancheuse spontanée. Dans des situations à fort risque purement accidentel (sans avalanche spontanée), le niveau 4 n’est donc pas utilisé, contrairement à la pratique française.

baisse du risque d'avalanche

Lors d’une lente baisse du risque d’avalanche, symbolisé par le trait bleu, celui-ci se trouve par moments entre deux niveaux de risque définis par l’échelle européenne. Le nivologue hésite alors entre le niveau de risque inférieur et le niveau de risque supérieur.

Le cas du risque très fort (niveau 5)

Si le risque d’avalanche minimal est facile à imaginer par manque total de neige (!), le risque maximal n’existe pas en théorie. En effet, on peut toujours imaginer des chutes de neige encore plus fortes, des avalanches encore plus nombreuses et encore plus grosses. L’indice de risque très fort peut donc englober des situations pour lesquelles les niveaux de danger diffèrent. La carte de Vigilance de Météo-France permet d’y voir plus clair : les situations à Vigilance orange correspondent à un niveau de risque très fort mais relativement habituel. Les situations à Vigilance Rouge seront liés à des situations avalancheuses vraiment exceptionnelles (aucune à ce jour pour le risque d’avalanche depuis la création de la procédure Vigilance en octobre 2001).

vigilance rouge - anena

Conclusion

L’indice de risque est un des éléments, important, de la prévision du risque d’avalanche. C’est une synthèse du texte du Bulletin d’estimation du Risque d’Avalanche (BRA), qui lui-même résume l’analyse de la situation nivologique. La lecture de la partie stabilité du manteau neigeux des BRA apporte une information bien plus riche. C’est un complément indispensable à la prise de connaissance de l’indice de risque.

Le choix de l’indice de risque d’avalanche est un peu subjectif. Il doit donc être utilisé avec discernement. 

Le nombre de victimes potentielles par avalanche n’est pas un critère dans le choix de l’indice, c’est la probabilité de départs spontanés ou de déclenchements provoqués qui est déterminante. Ainsi, la survenue d’une avalanche accidentelle isolée très meurtrière est donc tout à fait compatible avec un niveau de risque limité (niveau 2), voire faible (niveau 1). De même, une seule grosse avalanche est possible par risque seulement marqué (niveau 3). A contrario, l’échelle européenne s’adressant avant tout au randonneur hivernal, des situations à risque fort (niveau 4) sans la moindre avalanche spontanée sont possibles.

Il n’est pas inutile de le rappeler : le risque faible (niveau 1) n’est pas un risque nul ! Des accidents se sont déjà produits par ce niveau de risque, ce qui est cohérent avec la définition de ce niveau de risque donnée dans l’échelle européenne. Le risque limité (niveau 2) est donc d’autant moins sûr… comme l’oublient souvent un grand nombre de pratiquants !

En expliquant comment est déterminé l’indice de risque d’avalanche dans les BRA, cet article devrait aider l’utilisateur à mieux comprendre ce qui se cache derrière un niveau de risque donné, à en connaître les limites, et donc à ne pas lui faire dire plus qu’il ne peut le faire. Il aura aussi réalisé que cet indice étant une synthèse très réductrice de la situation nivologique, la lecture de l’ensemble du bulletin (et tout particulièrement de la partie « stabilité du manteau neigeux ») est une étape indispensable dans sa prise de connaissance de la situation nivologique qu’il doit faire avant toute sortie sur terrain enneigé.

Échelle européenne du risque d'avalanche…

…à l’intention du public pratiquant la montagne hors des pistes balisées et ouvertes.

echelle europeenne du risque d'avalanche

Précisions du C.E.N.

Le Chef du Centre d’études de la Neige de Météo-France 
Pierre Etchevers

Précisions du Centre d’Études de la Neige sur la nature et le contenu du BRA

En complément au dossier sur le B.R.A paru dans le numéro 130 de cette revue et de l’article « Point de vue sur le B.R.A. » dans le numéro 131, le Centre d’Études de la Neige souhaite apporter un certain nombre de précisions concernant ce bulletin.

Dans un premier temps, il peut être bon de rappeler que le BRA ne donne pas la réponse à la question que doit se poser toute personne qui sort en terrain enneigé : puis-je y aller ou non ? Il permet en revanche, grâce à toute l’information qu’il fournit (notamment dans la partie « stabilité du manteau neigeux ») d’adapter son itinéraire aux conditions nivologiques du moment, et ainsi de minimiser sa prise de risque face au risque d’avalanche. Il constitue ainsi un outil d’aide à la décision, dont les limites sont connues, mais qui est apprécié et utilisé par une large communauté de professionnels et de pratiquants de la montagne (comme l’attestent les avis publiés dans le dossier sur le B.R.A.).

Concernant l’article du numéro 131 de la revue, il nous semble utile d’apporter quelques précisions techniques :

• Indice chiffré du risque : rappelons qu’il ne faut en aucun cas se limiter à l’indice chiffré du risque, qui, comme le souligne l’article, peut recouvrir des situations nivologiques très différentes. Les informations sur les conditions d’enneigement, la stabilité du manteau neigeux et l’aperçu météorologique permettent à l’utilisateur de se faire une idée plus précise de la nature des risques à attendre sur le terrain. La référence unique au niveau de risque sans autre information est un travers malheureusement très répandu dans les médias.

• Risque spontané/risque provoqué ; l’échelle européenne étant une échelle double - une pour le risque spontané et une pour le risque provoqué (voir l’article « Détermination de l’indice de risque dans les BRA » dans ce même numéro) - c’est le niveau maximal des deux risques qui est annoncé. Ainsi, lorsqu’il est de 3, celui concernant le risque d’avalanche spontanée peut très bien se situer à un niveau inférieur, par exemple de 1, le niveau de risque annoncé de 3 correspondant alors à celui d’avalanche provoquée. Seule la consultation de l’ensemble du BRA permet de savoir ce qu’il en est.

• Domaine de validité et précision spatiale : l’échelle spatiale du BRA est le massif, ce qui en fait une information d’assez grande échelle. Il est conçu pour couvrir toutes les altitudes du massif, même si sa précision est moindre à très haute altitude où les informations issues du terrain (observations humaines ou automatiques) sont plus rares. Par ailleurs, il arrive qu’il contienne des précisions à une échelle spatiale plus fine que le massif (par exemple si le risque varie avec l’altitude ou est localisé sur une partie du massif). Il mentionne également lorsque des routes ou des habitations peuvent être touchées par des avalanches.

En conclusion, le B.R.A. est un outil d’aide à la décision qui résulte d’un compromis entre plusieurs contraintes fortes (complexité d’estimation d’un risque, forme et nature de la communication, besoins d’utilisateurs très variés). De nombreuses pistes d’améliorations existent et le dialogue qu’entretient Météo-France avec la communauté des utilisateurs du B.R.A permettra de continuer à améliorer cet outil.

Dossiers de presse | Coordonnées Anena | E-mails équipe | Plan d'accès | Plan du site | Mentions légales