Association Nationale pour l’Étude de la Neige et des Avalanches

BOUTIQUE ANENA

adhésion - abonnement 2016

Soutenez les actions de l'Anena

ADHÉREZ !! par carte ou par chèque directement en ligne

faites un don à l'Anena

Où nous trouver ?

15, rue Ernest Calvat
38000 Grenoble

Accéder au plan

Tél : + 33 (0)4 76 51 39 39
Fax : + 33 (0)4 76 42 81 66 

Suivez nous

   

Avalanche en septembre

avalanche en septembre

Carte IGN ai 1:25 000e n°3335 ET. Le Bourg d'Oisans/L'Alpe d'Huez/Grandes Rousses/Sept Laux (© IGN Paris - Autorisation n°50-8587)

En ce samedi 29 septembre 2007, le beau temps est au rendez– vous, après trois jours de neige en montagne. L’envie d’aller retrouver les cimes enneigées est forte. Avec un collègue, nous décidons de faire une randonnée dans le massif de Belledonne, près de Grenoble. L’objectif est de réaliser un tour du Grand Pic de Belledonne.

Nous partons équipés comme pour une randonnée de fin d’été : pas de raquettes, pas de matériel de sécurité (ARVA, pelle, sonde), mais une paire de bâtons et de guêtres chacun. Le départ est situé sous le lac de Crop. Le départ matinal se fait au sec, mais rapidement nous trouvons la neige sur le sentier. Il y en a peu au début, puis, à l’arrivée au lac, la progression devient plus difficile : 20 à 30 centimètres de neige fraîche poudreuse recouvre les berges, sans sous-couche ; de ce fait, nous traversons toute la couche entre les gros rochers autour du lac. Nous rencontrons une personne qui descend d’un peu plus haut. Elle a fait demi-tour pour être à la maison tôt. Nous ne parlons à aucun moment des conditions de la montagne. Juste que c’est très beau. Nous profitons de la trace pour monter au-dessus du lac. Les crêtes des montagnes fument et les faces sont plâtrées. Le vent continue à souffler en altitude. Le décor est magnifique, hivernal, surtout pour une fin septembre. Mais, de ce fait, le but de notre randonnée n’est à ce momentlà plus très clair, avec néanmoins une certitude : nous devons abandonner le plan initial qui était le nôtre. Dans les pentes situées au-dessus du lac, nous brassons pratiquement jusqu’à micuisse.

avalanche en septembre

Début de la remontée du couloir dans lequel s'est produite l'avalanche.

avalanche en septembre

Le même couloir, 8 jours plus tard.

Sans raquettes, la progression est trop longue et trop fatigante. Nous décidons alors de rejoindre une sorte de col par l’intermédiaire d’un couloir qui se raidit de plus en plus. En milieu de couloir, nous brassons la neige poudreuse jusqu’à mi-corps ! Heureux de retrouver ce plaisir d’hiver, nous nous retrouvons, 200 mètres plus haut, sous le col. Le vent souffle fort. Nous ne le sentons pas encore, mais nous recevons en permanence de la neige issue de la crête. Le transport de neige est important, et de grosses accumulations sont en cours de formation. La pente doit avoisiner les 40°. Nous obliquons vers la gauche du couloir pour tenter une sortie sur la crête. La progression en biais est vraiment rendue difficile par le brassage de toute cette neige. Rien de bien grave à nos yeux, mais nous décidons, en cette fin de matinée, de redescendre d’une dizaine de mètres pour monter droit dans la pente, juste sous l’arête, pour éviter de couper la pente. Je passe en premier, les yeux face à la pente.

Je fais quelques mètres dans cette neige profonde et poudreuse, puis soudain, je vois la pente se fendre littéralement tout autour de moi, comme une vitre sous un coup de marteau. Je pense immédiatement à une plaque à vent qui vient de céder sous moi. Je suis tout de suite embarqué sur ce tapis roulant, sans moyen de m’échapper dans ce couloir. La vitesse de descente dans cet entonnoir est vertigineuse. Je me retrouve presque instantanément sur le dos, les pieds en avant. Mon premier réflexe est de tout faire pour rester en surface. Je me souviens alors que nous avons passé deux ressauts rocheux. Le premier me fait décoller de la pente comme d’un tremplin, avec un choc sourd au niveau du bas de la colonne vertébrale. Je me dis que notre dernière heure est venue. Nous heurtons plusieurs fois des roches sur le bas du couloir et j’attends vraiment qu’une pierre me donne le coup de grâce final... Enfin, tout s’arrête. Je me retrouve assis dans la coulée de neige transformée en une multitude de boulettes. Je suis complètement hébété, heureux d’être là. Je cherche aussitôt mon collègue. Il se trouve à une dizaine de mètres au-dessus de moi, assis lui aussi dans la coulée. Je peux me lever et marcher. Je remonte à son niveau pour lui demander comment il se porte. « Ça va » me répond-il.

Nous avons compris tous les deux à cet instant que nous avons eu beaucoup de chance. Impossible d’évaluer le temps qu’a duré la chute. Mon collègue se relève un peu difficilement. Nous sommes tous les deux choqués. Je vois trouble, comme si j’avais du sable dans les yeux. Cela m’inquiète un peu, ainsi que le choc que j’ai reçu en bas du dos. Par chance, deux autres randonneurs se trouvaient tout en bas de la coulée. Nous les rejoignons. Ils nous disent avoir entendu comme un « coup de fusil » dans la montagne. Mon collègue a du mal à progresser dans la neige profonde. Il me signale que je perds un peu de sang, ce que je constate sur la neige. Je ne sais pas où je suis blessé, mais je pense aussitôt au bas du dos. C’est en fait un genou, et le sang imbibe le tissu du pantalon. Nous tremblons tous les deux très fort. En voyant notre état, nous pensons ne pas pouvoir redescendre par nos propres moyens et décidons d’appeler le PGHM à l’aide d’un téléphone portable. Nous donnons notre position et nous nous dirigeons vers un endroit dégagé et relativement plat au-dessus du lac de Crop, pour que l’hélicoptère puisse se poser et nous récupérer dans les meilleures conditions. Le sauveteur avec qui nous sommes entrés en contact nous dit que l’hélico est déjà engagé sur un autre secours et que nous devons attendre. Les deux randonneurs nous aident alors à nous habiller chaudement pour l’attente. Nous mangeons un peu. L’hélico arrive, un gendarme et un médecin débarquent. Direction le service des urgences du CHU de Grenoble. Après quelques radios, quelques points de suture, nous en sortons le soir même.

Tout le monde est très surpris d’un récit d’avalanche en cette saison…

A posteriori, étant skieurs de randonnée tous les deux, nous pouvons dire que nous n’avions pas « enclenché le mode sécurité neige » ce jour-là. En premier lieu, nous avons été surpris par la quantité de neige présente ; ensuite, nous n’avions pas, fin septembre, pensé à une avalanche, encore moins à une plaque à vent. Aucun bulletin de risque d’avalanche (BRA) n’est publié en cette saison. Pourtant, le vent qui soulevait des bourrasques de neige sous le col aurait dû nous alerter sur le fait que la pente sous le vent était plaquée. La raideur de la pente, combinée à l’effet éolien, aurait dû être un signe de ne pas s’engager là. A noter qu’aucun « woouf » caractéristique des plaques à vent n’est venu perturber notre montée. Tout le haut du couloir s’est décroché en un instant, mobilisant ensuite la grande quantité de neige poudreuse accumulée dans « l’étroiture, » pour une glissade de 200 mètres.

Analyse météorologique, nivologique et comportementale de l’accident

Une importante chute de neige sur Belledonne fin septembre, avec, à la clé, des conditions avalancheuses. Difficile à croire. Et pourtant, c’est ce qui s’est produit dans les derniers jours du mois de septembre 2007, comme en témoigne ce récit d’un accident d’avalanche, riche d’enseignements, et qui s’est heureusement bien terminé.

Du 26 au 28 septembre 2007, les Alpes subissent un temps très maussade, et surtout très frais. En conséquence, la neige fait son apparition dès 1 200 à 1 300 m d’altitude. Les massifs les plus touchés se situent autour de Grenoble : Chartreuse, Vercors et Belledonne. Dans ce dernier, la couche atteint une bonne vingtaine de centimètres à 2 000 m d’altitude, quarante à cinquante centimètres plus haut (43 cm à la station automatique Nivôse de l’Aigleton à 2 240 m). Il s’agit là d’une situation assez exceptionnelle, ne survenant que tous les dix ou vingt ans dans un massif donné. A cette époque de l’année, il n’y a pas de bulletin d’estimation du risque d’avalanche (BRA), ni de bulletin d’information neige et avalanche (INA). Les pratiquants de la montagne sont toutefois avertis de telles situations dans le bulletin météo montagne. C’est ainsi que celui du vendredi 28 septembre, veille de l’accident, contenait exceptionnellement une « info neige » relatant la situation nivologique remarquable en cours (voir l’extrait du bulletin météo montagne rédigé à cette date).

Le déclenchement d’une avalanche de plaque dans un manteau neigeux qui n’existait pas quatre jours auparavant a de quoi surprendre. Que s’est-il donc passé ?

Différents passages du témoignage nous permettent de comprendre : « les crêtes fument et les faces sont plâtrées » : une chute de neige importante vient d’avoir lieu, et le vent est en train de la transporter. En ce qui concerne l’avalanche elle-même : « je fais quelques mètres dans cette neige poudreuse, puis je vois sous mes yeux la pente se fendre littéralement ». C’est le récit du déclenchement d’une plaque friable, confirmé par la description du dépôt : « je me retrouve assis dans la coulée de neige transformée en une multitude de boulettes ». Les blocs de la plaque, très peu solides, ont été complètement réduits en miettes lors de l’écoulement de l’avalanche. Comment cette plaque friable a-t-elle pu se former en si peu de temps ? Rappelons d’abord brièvement qu’une pente neigeuse est susceptible de « partir » en avalanche de plaque lorsqu’une couche de neige sèche présentant une certaine cohésion de frittage (pas forcément très élevée) repose sur une couche de neige, sèche également, nettement plus fragile. Sous nos climats, la cohésion de frittage d’une couche située dans la partie supérieure du manteau neigeux est le plus souvent le résultat du transport de la neige par le vent. Quant à la couche fragile, l’idée courante est qu’elle est constituée de grains de neige anguleux de type faces planes ou gobelets. Cela est vrai dans la très grande majorité des cas, mais il peut néanmoins s’agir d’autres types de grains. Parmi ceux-ci, il y a la neige fraîche ou récente, quand elle est froide, légère et non ventée. C’était le cas dans le massif de Belledonne en ce 29 septembre, où, après une bonne chute de neige froide et peu ventée sur sa fin, un vent de sud-ouest assez fort s’est levé.

Il faut savoir que l’instabilité de telles plaques, très souvent friables, évolue en général rapidement : d’une part la prise de cohésion de la couche supérieure par le vent se fait en quelques heures seulement, d’autre part la couche inférieure fragile, lorsqu’elle est constituée de neige récente, perd le plus souvent ce caractère de fragilité dansles 24 à 48 heures. Ainsi, l’instabilité de ces plaques va être maximale pendant leur formation, c’est-à-dire quand le vent transporte la neige, puis va progressivement diminuer avec le temps. Par conséquent, si, d’une manière générale, il faut se méfier des pentes qui présentent d’importantes accumulations bien visibles, il faut absolument éviter celles qui sont en train d’être chargées de neige par le vent.

En ce qui concerne l’absence de woouf caractéristique qui aurait alerté les randonneurs, il est bon de rappeler que ce bruit est certes un indicateur de grande instabilité, mais que ce n’est pas une condition nécessaire. à l’inverse, dans certains cas, des wooufs peuvent avoir été entendus sans qu’une avalanche de plaque ne se soit ensuite décrochée. Cela peut venir du fait que, par exemple, ils se sont produits dans une pente de faible inclinaison.

D’autre part, il n’existe pas vraiment d’étude sur les bruits au déclenchement d’une avalanche de plaque. Les témoignages à ce sujet font état de bruits très différents, en particulier selon les positions respectives des personnes sur le terrain, ce témoignage en est un exemple.

L’analyse des motivations des deux protagonistes met en relief des mécanismes psychologiques courants chez le pratiquant de la montagne : l’impatience de faire une sortie après plusieurs jours de mauvais temps, l’envie d’aller fouler ces premières neiges, le sentiment de vivre des conditions en montagne exceptionnelles. Ces montagnards apparemment expérimentés n’ont pas les yeux dans leurs poches et ils regardent, s’émerveillent, voient beaucoup de choses. Pourtant, l’accumulation de toutes ces observations n’a pas provoqué le déclic qui les aurait fait renoncer. Et ce n’est qu’après coup que le narrateur donne, avec une parfaite lucidité et en toute humilité, l’explication : lui et son compagnon n’avaient pas « enclenché le mode sécurité neige ». Ils ne s’étaient donc pas équipés du matériel de sécurité avalanche, car « nous n’avions pas, fin septembre, pensé à une avalanche ». Les deux mêmes acteurs, confrontés à la même situation et à des indices sur le terrain analogues mais deux ou trois mois plus tard, auraient sans doute adopté un comportement radicalement différent. Ce n’est donc pas la date, mais bien sûr les conditions nivologiques du moment qui doivent nous faire enclencher ces automatismes : dès qu’il neige, la vigilance s’impose et toutes les précautions de sécurité doivent être mises en oeuvre (on peut utilement renvoyer le lecteur au dossier sur les avalanches hors saison publié dans ce même numéro, en particulier à sa conclusion).

Bulletin pour les massifs de l'Isère

Bulletin pour les massifs de l'Isère du vendredi 28 septembre 2007 à 18 h

INFO NEIGE :
Chutes de neige conséquentes depuis 36 heures sur les hauteurs des Préalpes et Belledonne, blanchies dès 1400 m. Vers
1 700 m, on estime la couche à 20/30 cm sur la Chartreuse/Vercors et Belledonne, 2/3 cm seulement en Oisans. Au refuge de
la Pra (2 100 m) : 45 cm en moyenne et des congères supérieures à 1 m, fait rare en septembre.
La station Nivôse de l'Aigleton (2 200 m) mesure 50 cm !
SITUATION ET ÉV OLUTION :
La perturbation perd de son activité ce vendredi soir... Le courant s'oriente au sud-ouest demain samedi et nous retrouverons
peu à peu des températures de saison pour le week-end.
PRÉVI SIONS POUR LA NUIT PROCHAINE:
Les dernières précipitations cessent, puis le ciel va s'éclaircir, propice au refroidissement en fin de nuit. Des gelées vont se
produire dès 800/1 000 m (0/-3 degrés).
DEMAIN SAMEDI 29 SEPTEMBRE :
BELES ÉCLAIRCIES MATINALES, PLUS DE NUAGES ENSUITE...
Assez belle matinée. Mais au fil des heures des cumulus coiffent la moyenne montagne. L'après-midi est moins agréable, des
voiles de haute altitude viennent s'ajouter, masquant souvent le soleil... Redoux sensible en journée, la neige s'humidifie, gare
aux coulées/petites avalanches dans les pentes raides d'altitude sur Préalpes et Belledonne.
Températures maximales en hausse très sensible:
- Villard-de-Lans (1 000 m) : 15 degrés (contre 7 degrés vendredi)
- Chamrousse (1 700 m) : 7 degrés
- à 3 000 m d'altitude : -2 degrés
Isotherme 0 degré : vers 2 300 m le matin, 2 800 m l'après-midi.
Vent à 1 500 m : sud 20 puis 30 km/h, pointes 40 km/h l'après-midi sur les Préalpes.
Vent à 3 000 m : sud-ouest 30 puis 40 km/h.

Le lac de Crop et, au loin (en pointillés noirs), le couloir remonté, situé dans la face Nord Est du Grand Replomb (2506 m).

lac de crop - avalanche en septembre - anena

Dossiers de presse | Coordonnées Anena | E-mails équipe | Plan d'accès | Plan du site | Mentions légales